(Corée du Nord, 2004, 1h28)
Avec Yoo Jitae, Sung Hyunah, Kim Taewoo
Sélection Officielle – Compétition
Critique : Si les films de Hong Sangsoo creusent un même sillon, celui des rapports contrariés entre hommes et femmes vus sous l’angle de la fable nourrie de bière et de nuits blanches, ils sont de plus en plus stylisés. Alors que « Turning Gate », son précédent film et peut-être son meilleur (et curieusement, le seul à n’avoir pas été présenté à Cannes) visait à étendre les scènes sur la durée et l’espace, « La Femme est l’avenir de l’homme » privilégie l’atrophie ou le sectionnement. Par des scènes courtes ou abrégées avec une radicalité aussi manifeste que les échanges verbaux rythmant les conversations délicates du trio composé par Munho, Hunjoon et Sunhwa, Hong Sangsoo malmène singulièrement la nature rohmérienne de son cinéma. Il chemine vers une violence plus visible et un humour où la trivialité tend à l’emporter sur cette poésie cruelle qui nous avait tant touché, il y a peu, dans « Turning Gate ».
Autrement dit, ce nouvel opus est beaucoup masculin, mais si, comme dans tous les films de Hong Sangsoo, les deux sexes restent sur un même niveau d’aporie, et que personne ne sort grandi ou favorisé du labyrinthe affectif échafaudé par le cinéaste, selon un principe toujours plus secret (l’agencement des flash-back relève, dans « La Femme est l’avenir de l’homme », d’une véritable géométrie variable). Si la radicalisation de ce cinéma ne manquera pas d’être saluée, on ne peut s’empêcher de penser que Hong Sangsoo avait trouvé avec « Turning Gate » un rythme de croisière idéal, bien plus convainquant que la structure en diptyque de « La Vierge déshabillée par ses prétendants » (2000) ou le morcellement et la satire violente de « La Femme est l’avenir de l’homme ». Au moins, on se satisfait à penser que cet auteur important n’est pas décidé à se reposer sur ses lauriers.
Julien Welter






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