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Actualité Cinéma

Pour ceux qui aiment les macarons… (ou les costumes ou Michelle Pfeiffer)

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Sortie du 12 décembre 2007 - 13/12/07

La Graine et le mulet

Quand l’auteur de « L’Esquive » opte pour le marathon.

Le Prix Louis Delluc a été attribué au film "La Graine et le mulet" ce mercredi 12 décembre, il s'agit de l'un des prix les plus prestigieux décerné par la critique française.








D’Abdellatif Kechiche
(2007, France, 2h31)
Avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache, Abdelhamid Aktouche…
Prix Louis Delluc 2007






En exclusivité : interviews de l'équipe du film
Interviews menées par Olivier Bombarda




L'interview d'Abdellatif Kechiche












L'interview des acteurs du film








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Synopsis : Ouvrier sur un chantier naval, Slimane Beiji a soixante ans, un corps usé par le travail, une situation sociale toujours précaire et une position professionnelle chancelante en raison de son âge. Il décide de changer de voie avec le projet d’ouvrir un restaurant dont le met de choix sera le couscous au poisson (de la graine et du mulet). Sa position ne lui facilite guère la tâche auprès des administrations et des décisionnaires, d’autant que son attachement à sa famille est lui aussi source de tension, notamment en raison de son divorce. Mais Slimane est déterminé et semble parvenir, pas à pas, à éradiquer le scepticisme et la dispersion autour de lui…

Critique : Auteur déjà salué par les institutions les plus conservatrices de son pays (les Césars), malgré puis en raison de la personnalité de son œuvre (« L’Esquive », 2003), Abdellatif Kechiche choisit de voir encore plus haut avec son troisième long métrage qui signe enfin le retour de l’ambition dans le cinéma français, sous un jour qui ne serait pas uniquement financier ou médiatique. Le périple dans lequel s’engage son personnage principal, Slimane, est figuré par un petit commerce comme objet de toutes les attentions et par la réunion familiale pour le repas comme point d’orgue. Un récit on ne peut plus français, caractérisé par les origines maghrébines de ses protagonistes. Par-delà le courant néo-réaliste italien qu’admire et invoque le cinéaste, celui-ci continue donc de travailler avec vigueur, fulgurance et une ampleur dont l’aspect déraisonnable se révèle jouissif, l’association de son parcours, de sa culture et de ce cinéma où il a choisi de laisser sa trace en l’empoignant à belles dents. Il reconnaît lui-même « faire en sorte que le discours ne prenne pas le pas sur le plaisir cinématographique ». Et son envie relève assurément d’une salutaire gourmandise. Elle ne contraste pas tant avec les traits anguleux de Habib Boufares, qui incarne un Slimane silencieux mais de moins en moins seul, malgré puis en raison de sa stature fière et raide propice à lui donner la hauteur de l’aigle. Slimane veut planer sur le petit monde du port de Sète, où le film s’est tourné, sur ses cafés et ses résidences HLM, avec ce goût de la fierté retrouvée et de l’obstination ravivée par la condescendance observée autour de sa personne. La dépréciation lui a donné des ailes, et Abdellatif Kechiche le suit au plus près, ce qui décuple également ses forces.

Le cinéaste prend ainsi le risque d’un double suspens. A celui de voir Slimane réussir ou non son entreprise se joint le pari de réaliser un film où s’additionnent sans aucun temps mort les morceaux de bravoure (dont l’inénarrable danse du ventre, littéralement jetée à la face des convives qui n’en tiennent justement plus d’attendre avant de dîner) : le risque d’une chute de tension est manifeste et ne quitte pas l’esprit du spectateur. Ce défi est heureusement totalement incarné. En effet « La Graine et le mulet » désigne également la jeunesse autour du vieil homme (des jeunes que le réalisateur a voulu « beaux et porteurs d’espoir »), quand le mulet renvoie au nom de ce poisson doué d’une grande capacité d’adaptation et connu des pêcheurs pour sa difficulté à se laisser attraper.

C’est même peu dire de la force du film qu’elle repose sur toute l’étendue du travail effectué avec les comédiens. Celui-ci constitue l’ossature du film et se trouve légitimé par un montage d’une confection visiblement titanesque. De ce labeur naît d’une part la minutie de l’action, lorsque l’acheminement hasardeux d’une couscoussière relève du climax du film noir, sans que les épreuves subies par les protagonistes n’incitent au sentimentalisme. A la différence de Ken Loach, Abdellatif Kechiche est plus vif dans son portrait de société, plus enflammé et proche de John Cassavetes. D’autre part, il a été consenti à un abrègement du film d’une durée de 3h à 2h30. De ces coupes franches naissent une série d’ellipses qui suggèrent combien l’affaire de Slimane est fragile, toujours à deux doigts de s’effondrer. Entre la détermination du sexagénaire et son rêve peut s’interposer la moindre anicroche, soudain tout aussi considérable. L’ironie est certainement partie prenante du film. Car, de la même manière que la gourmandise de Kechiche sera aussi bien pris pour de la voracité (lors des scènes où circule avidement la nourriture et où s’entredévorent les nombreux personnages attablés dans un espace domestique exiguë), « La Graine et le mulet » passera soit pour une tragédie, soit pour une fable, selon le degré d’optimisme de chacun envers l’existence. Le réalisateur choisit d’ailleurs de finir sur une note en suspens, avec le même culot qui a intelligemment guidé toute son entreprise.

Julien Welter

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La Graine et le mulet
D’Abdellatif Kechiche
(2007, France, 2h31)
Avec Habib Boufares, Hafsia Herzi, Faridah Benkhetache, Abdelhamid Aktouche…
Sortie du 12 décembre 2007
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Edité le : 11-12-07
Dernière mise à jour le : 13-12-07