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Royaume-Uni - 08/12/06

La Grande-Bretagne récolte les fruits de l’immigration, mais pour combien de temps ?

Le Royaume-Uni est habitué à l’immigration. Fort des liens internationaux hérités de son histoire coloniale, il a longtemps été un havre de paix où l’on ne brûle pas les voitures dans la rue, et où la plupart des communautés ethniques s’intègrent ou entretiennent de bons rapports avec les résidents de longue date.

Depuis plusieurs générations, le pays profite du travail des immigrants, et ce n’est pas un hasard si le plat national est le Balti, un curry indien inventé à Birmingham, et si la plupart des employés du métro londonien viennent des Caraïbes. Et si les migrants du monde entier rêvent de venir au Royaume-Uni, c’est lié au  traitement équitable que le pays réserve aux  immigrés et aux demandeurs d’asile, qui lui a valu une solide réputation.  Il est flatteur de constater que le Royaume-Uni est si prisé. Mais, dans le même temps, certains craignent de voir un jour leur pays inondé d’immigrés clandestins – un tabloïd parle  simplement de  « clandestins » –, qui profiteraient de l’argent des contribuables et induiraient une diminution des salaires des travailleurs britanniques. Au-delà de ces facteurs économiques, il y a également la peur déclenchée par l’épidémie du sida chez les immigrés africains.

Cependant, la réalité de la situation au Royaume-Uni depuis deux ans, ne ressemble pas du tout à ce scénario pessimiste relayé par les médias. En effet, le gouvernement a accueilli l’élargissement de façon très positive et l’a prouvé en adoptant la politique de l’immigration la plus libérale de tous les grands États membres, en étant le seul avec la Suède et l’Irlande, à ouvrir ses frontières sans condition aux ressortissants de ces nouveaux États. Ainsi, le pays a accueilli plus de quatre cent mille immigrés non demandeurs d’asile (au lieu des trente mille attendus) sans avoir pour l’instant subi d’effets secondaires néfastes. En fait, à la suite de l’élargissement, alors que le pays accueillait à bras ouvert les « plombiers polonais », les chiffres du chômage baissaient et le taux d’activité augmentait. Le public a réagi, soit avec indifférence, soit de façon positive, car à Londres, les Polonais sont considérés comme de bons travailleurs qui paient leurs impôts et qui comblent les lacunes du marché du travail. De plus, étant en général jeunes, ils ne pèsent pas sur les dépenses du système de santé.

Toutefois, ce qui a profondément modifié le pays, ce ne sont pas les statistiques de cette petite révolution démographique. Mais plutôt le fait que les Britanniques, grâce à l’immigration, ont commencé à côtoyer des cultures qui leur étaient totalement inconnues. Lorsque vous entrez dans un pub londonien, il y a de grandes chances que les visages tournés vers vous soient polonais. Les étangs des parcs de la ville sont désormais entourés de pancartes expliquant en polonais qu’il est interdit d’y pêcher la carpe, un mets de choix dans la cuisine polonaise.

En n’imposant aucune limite à l’immigration après l’élargissement de l’Union européenne, le Royaume-Uni a pris un risque. Mais jusqu’à présent, cette politique a porté ses fruits. Environ cinq cent mille personnes sont venues s’installer dans le pays, et l’on comprend que le gouvernement ait décidé d’adopter une approche plus prudente par rapport à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Reste que nous devons attendre la fin de l’engouement pour juger de la stabilité du pays. Et l’on peut se demander où les nouvelles générations d’immigrants souhaiteront s’installer pour leurs vieux jours, et qui les suivra. 

Eddie Wright

POUR ALLER PLUS LOIN

- L’économie britannique récolte les fruits de la politique d’ouverture du gouvernement vis-à-vis des travailleurs des pays d’Europe centrale et orientale. Voir la brève d'EurActiv, en français. Lire en anglais un article sur le site de la BBC.

- Cependant le Royaume-Uni s’apprête à fermer ses portes aux Bulgares et aux Roumains, à partir du 1er janvier 2007. À ce sujet, lire en français la note d'EurActiv. En anglais, l'article du Financial Times du 22 octobre 2006.

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Regards croisés n° 5,
Immigration : la porte étroite
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Edité le : 07-12-06
Dernière mise à jour le : 08-12-06


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