Synopsis : Un train dans la campagne norvégienne. Dans la cabine du conducteur, Odd Horten, 67 ans, effectue son avant-dernier voyage d’Oslo à Bergen. Demain, il fera son dernier voyage. Mais pour la première fois en presque 40 ans, il arrive trop tard et manque son dernier départ.Critique : Plan après plan, Bent Hamer révèle avec une grande délicatesse la personnalité de son héros Odd Horten au début du film. Tout est dit par des détails dans le cadre, des gestes qui ont l’air d’avoir été répétés pendant un siècle par ce conducteur de train, la propreté de son petit appartement meublé en formica des années 50 où le temps semble s’être arrêté quelque part, entre deux assiettes en porcelaines. Le discret et fiable Odd Horten part à la retraite et Bent Hamer, avec un beau sens de la métaphore visuelle, enveloppe cet événement dans la neige de l’hiver norvégien. Seulement, comme chez Aki Kaurismaki, à l’aube de sa nouvelle existence loin de la routine quotidienne, tout dérape pour Odd. Une sonnette qui ne marche pas, des échafaudages, un enfant qui le prend en otage comme marchand de sable et le voilà qui rate son dernier train. Evidemment ce premier échec humiliant va entraîner une cascade d’événements qui vont se révéler salvateurs pour Odd. Ou pas.
Dans ce film, tout tient par le regard, à la fois graphique et empathique, de Bent Hamer sur ses personnages qui évoluent dans un cadre rangé, policé, presque indifférent (en un mot extrêmement nordique), pour laisser parfois échapper leur folie par à-coups, comme un accès volatile d’excentricité irrépressible. L’humour, lui aussi à froid, se niche dans le détail, dans l’absurdité d’une situation qui n’en finit pas de dégénérer. Le très correct Odd se retrouve ainsi nu dans une piscine déserte la nuit et contraint de fuir par l’arrivée inopinée de deux lesbiennes, nues elles aussi, batifolant dans l’eau. Il s’en va en talons aiguilles rouges pour se retrouver dans un salon aux murs couverts de masques anciens africains en compagnie d’un homme singulier qui va lui révéler le sens de la vie grâce à une météorite. Odd va y gagner un chien et sa fierté retrouvée. Avec une apparente facilité, le réalisateur (qui est aussi le scénariste du film) parvient à faire passer ces faits apparemment extraordinaires comme tout à fait plausibles et réalistes. Il est aussi assez subtil pour achever cette fable, plus triste et profonde qu’elle n’y paraît, dans un léger brouillard, par une nuit de neige ; et ce faisant, il nous laisse toute liberté de choisir notre propre fin, au bout d’un grand tunnel de lumière. Car, comme le disait le héros de « L’Homme à la tête rasée » de Delvaux, « La vérité est parfois double. Voire triple. »
Delphine Valloire
Synopsis: Odd Horten, un ingénieur des chemins de fer, effectue sa dernière journée de travail avant la retraite. Il laisse derrière lui les paysages enneigés de la Norvège - il conduisait les locomotives - et se laisse aller. Sa nouvelle vie lui apporte son lot de situations étranges et de rencontres bizarres.Critique: La vie commence-t-elle à 67 ans? Qu'en est-il? Ce qui nous vient à l'esprit ce sont les problèmes liés au vieillissement de la population et les débats sans fin sur les retraites! Et on est infiniment reconnaissant au réalisateur de mettre ces problèmes pour un court instant de côté...en nous offrant une vision éminemment belle de cette « arrière-saison » au travers d'un retraité frais émoulu - incarné magnifiquement par Bard Owe- qui tente de prendre la vie par un autre bout et ne refuse pas les découvertes.
Le regard lumineux de Odd Hortens et sa démarche énergique manifestent d'emblée son refus de se retrouver sur une « voie de garage ». Il lui faut juste apprendre à rompre avec les vieilles habitudes. Il mène une vie calme et retirée jusqu'au jour où, par hasard, il escalade l'échafaudage de la maison d'un collègue de travail et atterrit dans un appartement inconnu. Cet incident marque le début d'une série de rencontres tragi-comiques avec des habitants du nord, farfelus et souvent plus âgés, que le metteur en scène Bent Hamer dépeint avec beaucoup d'affection. Hamer a un faible pour ses étranges compatriotes, ce qui apparaissait déjà dans son film surréaliste „Kitchen Stories“(2003). Peut-être l'excentricité dont font preuve ses personnages est-elle une façon délibérée de lutter contre la solitude des paysages enneigés et de l'obscurité qui perdure. A défaut de quoi on se mettrait peut-être à boire. Or, Odd Horten est bien trop vif et éveillé pour sombrer dans l'isolement. Car hormis une perruche, personne ne l'a jamais attendu à la maison durant ses quarante années de carrière. C'est même plutôt avec la mort qu'il a rendez-vous. Mais, dans « O’ Horten », tous se sont accommodés depuis longtemps de cette fatalité et l'affrontent sans états d'âme. En attendant, le temps semble s'être arrêté et Horten profite de sa nouvelle liberté: se baigner nu la nuit dans la piscine ou conduire les yeux bandés; tout cela étant mis en scène avec une bonne dose d'humour. Vieillir paraît follement amusant.
Verena Dauerer.........................
La Nouvelle vie de Monsieur Horten
(O’ Horten)
Un film de Bent Hamer
(Norvège, 2008, 90 mn)
Avec Bard Owe, Espen Skjonberg, Githa Norby, Bjorn Floberg…
Sélection Un Certain Regard Cannes 2008
Sortie du 18 juin 2008
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