De Yousry Nasrallah
(France – Egypte, 2004, 4h38)
Avec Rim Turki, Orwa Nyrabeya, Hiam Abbass
Sélection Officielle – Hors Compétition
Critique : Collaborateur de longue date de Youssef Chahine, l’Egyptien Yousry Nasrallah adapte le roman du libanais Elias Khouri, un ouvrage consacré à l’histoire de la Palestine depuis ses luttes territoriales avec Israël, pour faire triompher la portée transfrontalière du conteur sur la péremption du nationaliste. Le récit convoque l’imaginaire et le factuel, mais veille toujours à rester à hauteur d’Homme et à donner à sentir autant qu’à réfléchir.
Si le film de Nassrallah rappelle de façon bienvenue cette fête des sens (ou des images fortes, telles ce tapis de pelures d’oranges gonflées de pulpe) que peut être le cinéma de Chahine (lui aussi conteur autant que metteur en scène), sa continuité s’avère très classique. Par ce biais, Nassrallah tend à embrasser avec le même regard les cinquante ans de blessures qu’il met en images et justifie une projection marathon de 4h38 minutes sans arguer d’un étirement formaliste ou ostentatoire. Il cherche plutôt à mettre en valeur une sorte d’ampleur intimiste, revendiquée par un scénario qui s’attache aux personnages autant qu’aux pages connues de l’Histoire.
Il veut aussi donner la primauté aux sentiments amoureux pour mieux renvoyer, par un réflexe d’opposition, chaque camp et chaque religion à une sorte d’égalité dans l’erreur et la violence. L’amour est ce qui doit demeurer pour Nassrallah et, à ce titre, il sera le moins présent dans un film où ne cessent de s’accumuler les luttes meurtrières. L’équilibre secoué entre la furie et l’intimisme, entre le documentaire restituant l’Histoire et la fiction se nourrissant du genre mélodramatique par le biais d’une esthétique qui veut rappeler les tournages en studio, donne au film, malgré son beau rythme continu, toute la dimension violentée qu’il veut mettre en lumière.
Julien Welter






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