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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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Actualité DVD - 21/10/08

La Ronde de nuit

( note Arte: 3 ) Qui aurait parié sur le retour de Peter Greenaway ?

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De Peter Greenaway
(2007, Hollande, 2h16)
Avec Martin Freeman, Eva Birthistle, Johdi May, Toby Jones…

Un double DVD BAC video


Synopsis : Amsterdam, 1642. Rembrandt prospère dans une ville tout autant qu'il est aux côtés de Saskia, bien née, bonne épouse et bonne gérante de ses émoluments. Cette réussite sociale et ce mariage de raison proviennent de l’habileté et de la concession du peintre à monnayer son art aux marchands. Il accepte à ce titre une nouvelle commande, un portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam, mais découvre un assassinat dont ses membres se sont rendus coupables à fin d’asseoir leur pouvoir. Selon la théorie de Peter Greenaway, souvent relayée, Rembrandt détourne alors la commande vers une mise en accusation satirique et livre une peinture dont les détails sont autant de preuves accablantes. Ce sera la fameuse « Ronde de nuit ». Dès lors, il est peu à peu ostracisé par ceux qui ne supportent pas qu’un parvenu comme lui ait pu cracher dans la soupe. Il finit dans la pauvreté et la solitude.

Critique : Le système Greenaway est depuis longtemps au point, même s’il a parfois été au point mort (sa trilogie « The Tulse Luper Suitcases », réalisée au début de la décennie et toujours inédite en salles). Ce n’est donc pas Rembrandt, malgré son legs écrasant, qui incitera le cinéaste à se remettre en question. Etabli en Hollande depuis plusieurs années, Greenaway revisite la figure du maître et se sert d’elle au travers d’un discours érudit et d’un dispositif satisfait, mais aussi d’une forme ludique et enlevée à la hauteur de ses films les moins empesés (« Meurtre dans un jardin anglais » et « Zoo »). Il ne cherche pas à jumeler son relatif revers de fortune sur celui dont a pâti l’artiste hollandais. Avec son humour si particulier substitué à son légendaire égocentrisme, il se demande plutôt comment un génie tel que le peintre a pu ne pas forcément se révéler omniscient. Question naïve, mais pas tant que cela : les artistes, schizophrènes plus ou moins assumés, se coupent souvent du monde pour tout donner à leur art, mais se doivent dans le même temps de frayer avec les marchands pour accéder à la notoriété ou la richesse, ce que Greenaway, qui a financé bon nombre de ses films cryptés par le biais du mécénat, des instances culturelles et autres musées richement dotés, ne démentira pas.

Il choisit d’aborder cette biographie rien moins que par le biais de « La Ronde de nuit », toile considérée comme le pinacle de l’œuvre de Rembrandt. Ce tableau édifiant a l’avantage de garder ses secrets et ne cesse d’inviter à de nouvelles interprétations, quand les mystères relatifs à la déchéance de son auteur, longtemps très riche, révèle une chute sociale spectaculaire au point d’en être elle aussi énigmatique. Place est faite à l’enquête. De farandoles en bacchanales, de concours de bons mots en promenades champêtres serties d’un piqué d’image imbattable, Greenaway se plaît à nous perdre, mais suggère plus qu’à l’accoutumée. Il n’assène pas de communes théories sur l’art et s’amuse du portrait de ce petit bonhomme grassouillet, parfois misogyne et finalement dindon de la farce sociale. Rembrandt le nouveau riche est dépeint comme l’Amadeus de Milos Forman, même s’il est plus judicieux de chercher des analogies avec « Les Fantômes de Goya », dernière œuvre en date du maître tchèque.

Excentrisme, combat contre la linéarité, entremêlement des disciplines artistiques, penchant lubrique… Tout Greenaway est-là. Le cinéaste est d’ailleurs constant : Quand le sage (lui, tant qu’à faire) montre le résumé parfait des relations bien peu sophistiquées de l’art et du commerce à travers la figure d’un personnage truculent, l’idiot regardera peut-être les planches du décor en studio pour ramener ce projet au théâtre, et non au cinéma. Mais tant qu’à renouer avec Greenaway, autant profiter de la façon dont il rend hommage à Rembrandt le fonceur, quand bien même il fonce dans le mur : un créateur qui poursuit son geste envers et contre tous, à la fois aveugle et visionnaire.

Julien Welter

Les compléments :

- Eclairage sur le tableau de Rembrandt
- J'accuse (Docu de P. Greenaway) (52 min.)
- Bandes-annonces
- Filmographies
- Galerie photos
- Liens internet
La Ronde de nuit
De Peter Greenaway
(2007, Hollande, 2h16)
Avec Martin Freeman, Eva Birthistle, Johdi May, Toby Jones…
Un double DVD BAC video

Edité le : 17-09-08
Dernière mise à jour le : 21-10-08