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23/03/03

La Symbolique de l'Annonciation

La Symbolique de l'Annonciation







Fra Filippo Lippi

(1406 - 1469)
National Gallery
Londres


Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Cette vierge s’appelait Marie. L’ange entra et dit : " Je te salue, comblée de grâce ! Le Seigneur est avec toi. " A ces paroles, elle fut toute troublée : elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange dit alors : " Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, et tu enfanteras un fils auquel tu donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera sur la maison de Jacob pour toujours et son règne n’aura pas de fin ". Marie dit à l’ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? " L’ange lui répondit : " L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi l’enfant saint qui naîtra sera appelé fils de Dieu. Et voici qu’Elisabeth ta parente, est enceinte, elle aussi, d’un fils malgré sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. " Marie dit alors : " Je suis la servante du Seigneur. Qu’il m’advienne selon ta parole. " Et l’ange la quitta. LUC, 1, 26-38.

Tradition


Fra Angelico da Fiesole
(Guidolino di Pietro)

(1400 - 1455)
MusŽe du Prado
Madrid



L’archange Gabriel annonce à Marie qu’elle va mettre au monde un fils, Jésus qui « sera appelé fils du Très-Haut ». Mais Marie demande : « Comment cela pourra-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » Et Gabriel de répondre : « L'Esprit Saint viendra sur toi [...] voilà pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. » C'est saint Luc dans son Evangile (1, 26-38) qui a livré à la tradition le texte fondamental de l'Annonciation. Les écrits apocryphes ont brodé à partir de ces sobres données et enrichi le récit originel d'un grand nombre de détails. Pour l'essentiel, ces textes apocryphes sont d'une part le Protévangile de Jacques (11, 1-3), et d'autre part l'Evangile de l'Enfance, texte arménien qui a exercé une grande influence sur l'art byzantin. Ces données apocryphes ont été largement diffusées par la Légende dorée de Jacques de Voragine. Le Protévangile de Jacques fait déjà état d'une Annonciation en deux phases successives, version adoptée par l'art byzantin. Dans un premier temps, la Vierge est saluée par un ange au moment où elle s'en va puiser de l'eau à la fontaine. Puis elle tisse la pourpre destinée au voile du Temple. L'archange Gabriel survient alors, et lui annonce qu'elle engendrera le Messie.
La virginité de Marie est mise notamment en rapport avec le Buisson ardent, qui brûle sans se consumer (Ex 3, 2), tandis qu'on voit souvent dans les Sibylles des prophétesses annonçant la naissance de l'Enfant-Dieu. La légende de la licorne passe aussi pour entretenir une certaine relation avec la théologie mariale, car cet animal mythique ne peut être capturé et apprivoisé que par une vierge.
L'Annonciation est fêtée dans l'Eglise depuis le VI siècle, et fixé au 25 mars, soit neuf mois exactement avant la fête de la Nativité, ou de Noël.

REPRESENTATIONS


Botticelli
(Sandro Filipepi)

(1445 - 1510)
Galerie des Offices
Florence



Les représentations les plus anciennes de l'Annonciation apparaissent dans les peintures des catacombes de Priscille, et de Saint Pierre-et-Saint-Marcellin à Rome (IV siècle). L'archange a l'aspect d'un jeune homme et se tient debout devant la Vierge qui est assise (catacombes de la Via Latina). Très vite, l'archange Gabriel est muni d'un bâton de messager, et pourvu d'ailes, à l'instar des Victoires et des Génies antiques. Dans la basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome, la mosaïque de l'Annonciation (v. s 435) est enrichie de la présence d'anges ailes et nimbes, groupes autour du trône de la Vierge Theotokos, vêtue comme une impératrice. La Vierge tisse la pourpre destinée au voile du Temple, conformément au récit du Protevangile de Jacques (11, 1). La présence de la colombe du Saint-Esprit souligne la valeur eschatologique de la scène. L'archange plane au-dessus du groupe, à la manière d'un Génie. Dés la seconde moitie du VI siècle, un ivoire (Milan, trésor du Dame) apporte une nouveauté appelée à un grand avenir. L’archange vient de la gauche, tandis que Marie apparaît sous forme d'une femme qui va puiser l'eau dans une cruche.

A l'epoque carolingienne et aux X et XI siècles, la Vierge est tantôt assise sur un trône, tantôt écoutant debout l'archange qui vient le plus souvent de la gauche.
Au Moyen Age, l'essor de la spéculation théologique transparaît dans l'enrichissement thématique de la scène. En même temps, les artistes mettent l'accent sur les sentiments et leur expression. Marie a l'attitude majestueuse de la Regina angelorum (cathédrales de Reims et de Chartres ; Mosaïques de Sainte-Marie-Majeure à Rome, 1290). D'autres artistes insistent sur la modestie, l'effacement et éventuellement l'effroi de Marie devant la nouvelle si inattendue que lui apporte l'archange (Simone Martini, v. 1335, musée d'Anvers). Lorenzetti oriente le regard de la Vierge vers le ciel (1344, pinacothèque de Sienne).
L'action du Saint-Esprit et le caractère surnaturel de la scène sont marqués par la présence d'une colombe, qui se généralise en Occident à partir du XIIIe siècle, située au-dessus de la tête de Marie. Celle-ci tient en général un livre. Lorsqu'il est ouvert, il laisse apparaître la prédiction d'Isaïe : « Voici que la Vierge aura un enfant » (Es 7, 14).
Le cadre de la scène, la « chambre de la Maison de Marie », selon le Pseudo-Bonaventure, est enrichi au Moyen Age Italien, et Fon situe l'Annonciation dans des architectures de plus en plus somptueuses.
A la fin du Moyen Age, Gabriel offre un lis à Marie (Filippo Lippi XVe siècle, Rome, galerie nationale d'art ancien ; Leonard de Vinci, 1472-1475, Florence, Offices). Le thème connaît diverses variations. L'emblème de Florence est un lis rouge, et les peintres ont adopté cette fleur avec enthousiasme. Les Siennois lui préfèrent le rameau d'olivier.

Source « La Bible et les Saints », Duchet-Suchaux, Pastoureau, Flammarion 1990

L’annonciation est un passage que l’on trouve uniquement chez Saint Luc. On remarque que la scène rapportée comporte assez peu de détails scéniques. On ne sait pas exactement dans quel lieu l’ange entre (on suppose qu’il s’agit de la maison de Marie). Le verbe " entrer " implique néanmoins un intérieur, qui sera représenté de façons très diverses par les artistes.

On ne sait pas non plus quelle est l’activité de Marie au moment où l’ange arrive. On la représentera généralement avec un livre ouvert à la main (Duccio est le premier à adopter cette iconographie, ainsi que le trône et la porte ouverte qui permettent d’introduire un début de perspective). Saint Bonaventure identifiera le passage lu comme les prophéties d’Isaïe, qui annoncent justement la venue du Christ.

L’attitude de Marie se décompose en trois moments : le trouble (mélange de frayeur et de surprise), la surprise (d’où son interrogation) puis l’acceptation. Cette dernière attitude sera la plus massivement représentée.

La scène ne comporte à priori que deux personnages. Néanmoins, les peintres leur ont souvent adjoint le Saint Esprit, sous forme d’une colombe. Ainsi la fécondation semble simultanée à l’annonciation. Parfois un second ange accompagne l’archange Gabriel dans sa démarche.

Edité le : 14-09-04
Dernière mise à jour le : 23-03-03