D’Eran Kolirin(2007, Israël – France, 1h30)
Avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri, Khalifa Natour…
Synopsis : Menée par le très droit Tewfiq, une fanfare de la police égyptienne atterrit en Israël dans le dessein de se produire en concert pour l’inauguration d’un centre culturel arabe. Il y a bien longtemps que les indications ne bénéficient plus de leur traduction en arabe dans cet aéroport israélien, mais les hommes vont se débrouiller seuls, comme ils ont toujours convenu de le faire… Ils se retrouvent finalement dans une banlieue dortoir, éloignée de tout, en premier lieu de leur véritable destination. Personne ne les attend. Interdits, ils ne croisent guère qu’une poignée d’autochtones, comme enracinés dans ce lieu morne. Ceux-ci leur offrent une aide plus ou moins spontanée selon les cas, mais pour l’occasion inestimable.
Critique : Bonne nouvelle : ce premier film souvent drôle, qui maintient une note douce-amère jusqu’à sa conclusion, ne se contente pas d’exploiter la pose photogénique et contrite des corps en uniformes, soudain à l’arrêt car réduits à l’attente, une image déjà présente sur l’affiche. La manque d’assurance, le caractère exposé et expectatif de celui qui n’est pas chez lui, qui ne connaît pas la langue, ne sait pas où il a mis les pieds et marche sur des œufs, procure un indéniable effet comique si on souhaite se tenir à la comédie, mais le réalisateur lui adjoint une réflexion aimable et lisible sur le déracinement, ce déphasage né de la sortie de route qui permet seul de réactiver la notion de découverte et le « penser à l’autre ». Les hommes en uniformes et les résidents d’une banlieue délabrée se retrouvent à égalité et chacun peut réaffirmer ou simplement découvrir la notion évanouie de l’hospitalité. Situé à des milliers de kilomètres de la France, cette fable qui met le voyageur ou l’exilé au centre de ses prérogatives ne pourra que parler aux habitants de notre cher pays…
Autodidacte revendiqué, Eran Kolirin n’a pas son pareil pour cristalliser simplement l’hébétement grâce à l’emploi des plans fixes. Dans un no man’s land devenu une voie de garage, place est faite pour se confier, pour faire une halte dans son existence. « La Visite de la fanfare » se déroule sur vingt-quatre heures, notamment celle où le soleil s’est couché. Le temps est arrêté, c’est la nuit : le possible se redécouvre aux yeux de chacun dans ce moment plus permissif. Eran Kolirin ne cherche pas à augmenter l’originalité d’un postulat inscrit dans un lieu banal et statique, il s’en tient à la brièveté de l’épisode et des nano évènements qui peuvent s’y produire, en rétablissant l’importance de la petite histoire sur la grande. Il n’en interroge que mieux, selon ses mots, « cette tension de la musique arabe entre un contenu souvent sentimental et une présentation très austère et la disparition de cette culture du paysage israélien ou sa réduction à un contexte politique, en raison aussi du devenir capitaliste d’un pays encore jeune qui se reconnaît dans le modèle américain ». Un réalisateur qui prend la peine de ralentir la machine est forcément un auteur qui se pose des questions liées au cinéma et, par extension, au monde dans lequel il vit. Julien Welter
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La Visite de la fanfare
D’Eran Kolirin
(2007, Israël – France, 1h30)
Avec Ronit Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri, Khalifa Natour…
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Des musiciens égyptiens dans le désert israélien, « for one night only ».
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