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La course aux matières premières

Avec les besoins de la Chine, du Brésil et de l'Inde, ajoutés à ceux des anciens pays industrialisés, la demande mondiale en matières premières a explosé.

La course aux matières premières

20/01/09

La chaleur des profondeurs

Parmi les énergies renouvelables, la géothermie présente l’avantage d’être toujours disponible. Mais les coûts élevés et les risques dissuadent encore de construire des centrales. Alors que l’Europe en est toujours à balbutier, l’exemple islandais illustre les potentialités de l’énergie géothermique.

Bien que ne jouant encore qu’un rôle de troisième ordre, l’énergie géothermique a un gros avantage sur l’énergie éolienne et solaire : la chaleur issue des entrailles de la terre n’est pas tributaire de la météo, du jour et de la nuit – elle est pour ainsi dire disponible 24 heures sur 24. De plus, la production d’électricité génère une « retombée » importante : de la chaleur et donc de l’énergie calorifique.
Toutefois, la mise en œuvre technique de la géothermie reste difficile et coûteuse. En effet, pour accéder à des profondeurs où règnent des températures élevées, il faut forer au bon endroit. Or, rien ne garantit qu’un forage tombe sur une veine « aurifère », calorifère en l’espèce. La prospection géothermique risque de s’en trouver pénalisée financièrement, d’autant plus que le prix des engins de forage et de l’acier est actuellement très élevé.
On estime que l’énergie géothermique correspond dans une proportion de 30 à 50 % environ à la chaleur résiduelle datant des origines de la Terre. L’autre partie provient de processus de désintégration radioactive qui, depuis des millions d’années, génèrent de la chaleur à la surface de la Terre. Une petite fraction de l’énergie géothermique est produite par les rayons du soleil frappant la surface de la planète ainsi que par le contact avec de l’air plus chaud. Selon les indications de l’Association géothermique, la Terre répercute dans l’espace environ quatre fois plus d’énergie que l’humanité n’en consomme actuellement.
Les premiers progrès
La puissance électrique d’origine géothermique disponible dans le monde est d’environ 9 000 mégawatts, les plus grands producteurs étant les États-Unis, les Philippines, l’Indonésie et le Mexique.
En Europe, la géothermie est encore à l’état embryonnaire. Selon l’Agence des énergies renouvelables, le taux de la géothermie dans la production électrique de l'Allemagne se mesure en millièmes. Mais un jour, elle pourrait croître jusqu’à 30 %, ce qui ne devrait pas être le cas avant 2030, comme le pronostique l’Agence.
Toutefois, il est déjà fait état de premiers progrès notables : la centrale géothermique la plus moderne et la plus grande d’Europe a été mise en service en juin de cette année dans la localité bavaroise d’Unterhaching, près de Munich. Depuis lors, elle assure l’alimentation électrique de quelque 10 000 foyers. De l’eau chaude est remontée d’une profondeur de plus de 3 400 mètres à un débit pouvant atteindre 150 litres par seconde, un « volume d’extraction jamais encore atteint en Allemagne à ces températures », selon l’Agence des énergies renouvelables. Depuis l’année dernière, la centrale d’Unterhaching injecte de l’énergie thermique dans le réseau de chauffage urbain – et ce dans des quantités telles que 7 000 tonnes de dioxyde de carbone ont ainsi pu être évitées en moins d’un an.
De même, la France et l’Italie ont mis en service les premières centrales productrices d’électricité et de chaleur en cogénération.

L’Islande loin devant
L’Islande en est à un stade bien plus avancé. En raison de sa position géographique, à cheval sur la dorsale médio-atlantique, cette île est l’une des principales zones d’activité tectonique au monde. Les plaques nord-américaine et eurasienne s’éloignent l’une de l’autre de 2 centimètres par an. Conséquence, l’Islande compte plus de 200 volcans actifs et 600 sources chaudes.
C’est précisément dans ces zones, le long d’un axe sud-est/nord-ouest qui traverse l’île de part en part, que se trouvent les « champs thermiques » dont la température peut atteindre 250 degrés à 1 000 mètres de profondeur. On dénombre environ 300 de ces zones thermiques en Islande. Et jusqu’ici, seules quelques-unes d’entre elles sont exploitées.
A la différence des projets de forage en profondeur, la géothermie proche de la surface est déjà beaucoup plus largement répandue. En théorie, presque tous les propriétaires peuvent chauffer leur maison grâce à une sonde géothermique plongeant jusqu’à 100 mètres de profondeur. À long terme, cette technique est même plus économique que la consommation de pétrole ou de gaz.
Les anciennes sagas mentionnent déjà les sources d’eau chaude ; plus tard, les femmes de ménage de Reykjavik utiliseront ces sources naturelles pour faire la lessive. En 1907, un agriculteur installe une première conduite pour puiser la chaleur dans la terre et alimenter sa ferme. Vers 1930, Reykjavik se lance dans la mise en place d’un système de chauffage urbain. Aujourd'hui, le réseau municipal de Reykjavik est, de loin, la plus grande installation de ce type dans le monde et alimente environ 155 000 personnes, soit plus de la moitié de la population totale de l’Islande.
L’Islande dispose d’énergie en abondance, ce que tout visiteur peut aisément constater. Partout, dans des trous de terre, l’eau chaude bouillonne, et des puits de forage la vapeur sous pression jaillit avec un vrombissement de réacteur. Au cours des décennies passées, l’Islande a construit plus de 20 centrales géothermiques ; l’île tout entière est désormais raccordée à un réseau qui fournit de l’électricité à partir d’énergie verte. Plus de 90 % des ménages se chauffent à l’énergie géothermique. Reykjavik va même jusqu’à récupérer la chaleur dissipée par sa centrale thermique pour chauffer les trottoirs – il s’agit en quelque sorte d’une machine souterraine faisant fondre la neige et la glace à l’échelle de la ville.

Des réserves colossales
« Tout est cher en Islande, sauf l’énergie », déclare Gudjón Axel Gudjónsson, directeur du département énergie au ministère de l’industrie, de l’énergie et du tourisme. En Islande, poursuit-il, un kilowattheure coûte moins de 3 centimes d’euro, 80 % de l’énergie produite est de type renouvelable et actuellement le pays n’exploite même pas la moitié de ses réserves énergétiques.
En Islande, l’énergie géothermique permet de chauffer non seulement les trottoirs, mais aussi les serres. La technique utilisée est si élaborée que même le CO2 généré lors de la production d’électricité n’est pas simplement relâché dans l’atmosphère : les rejets gazeux des centrales sont réutilisés pour le plus grand bien des plantes qui poussent mieux si le taux de CO2 dans l’air est plus élevé. Ainsi, des tomates, du paprika, des cornichons et même des bananes prospèrent dans des serres, juste sous le Cercle polaire.
Cependant, la proportion d’énergie destinée à la culture en serres est infinitésimale. La majeure partie de l’énergie géothermique et hydraulique va à l’industrie de l’aluminium, forte consommatrice d’électricité. Partout dans le monde, des producteurs d’aluminium se plaisent à souligner que leurs usines marchent à l’énergie verte. Mais depuis l’année dernière et la construction, dans le nord-est de l’Islande, de la plus grande usine à ce jour du groupe américain Alcoa, les protestations contre l’extension de cette industrie de l’aluminium s’amplifient. En effet, il en résulte notamment la destruction à grande échelle de paysages volcaniques immémoriaux.
Sous cet angle de vue, l’Islande est plus avancée encore en matière d’énergies renouvelables : un pays dont les ressources énergétiques couvrent 600 fois les besoins de sa population ne se préoccupe pas de savoir comment exploiter l’énergie géothermique, mais à quelles fins – pour que ces énormes réserves soient utilisées de manière judicieuse et supportable sur le plan écologique.

Grit Weirauch

Edité le : 10-11-08
Dernière mise à jour le : 20-01-09


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