Voir la vidéo (real video - 5mn27)Alain Jaubert : Je me méfie énormément des discours sur l'esthétique et le "beau". Il y a beaucoup de tableaux qui représentent des massacres atroces, qui sont à la fois beaux et affreux, beaux et fascinants. Ce qui est intéressant c'est d'essayer d'expliquer d'où peut provenir la fascination du tableau. On pourrait comparer un "beau" tableau et une copie. Mais cette subjectivité-là n'est pas intéressante.
En plus, mon propre goût n'intéresse personne. Il y a des tableaux que j'adore comme L'Asperge ou Le Citron de Manet, mais je n'aurai jamais eu l'idée de faire un Palettes dessus.
ARTE : A l'inverse, vous est-il arrivé de choisir des tableaux que vous n'appréciiez pas spécialement?
Alain Jaubert : J'ai fait cette expérience quand on m'a dit: "Choisis le Delacroix que tu veux faire au Louvre". Quand je regardais le Sardanapale, je le trouvais vraiment très beau, j'étais impressionné. Puis je me suis tourné vers La Liberté guidant le Peuple, qui est un tableau très irritant, qui ne m'avait jamais apparu comme attachant parce qu'on l'a trop vu sur les billets de banques, sur les affiches avec le Gavroche symbolisant à la fois le Gavroche de Victor Hugo et tous les révolutionnaires de barricades, etc.. Finalement ce tableau me parut plus obsédant que le Sardanapale. M'attaquer à ce tableau un peu irritant m'a permis de l'aimer et de découvrir des choses très intéressantes à son sujet.
Il m'arrive donc de choisir des tableaux par esprit de contradiction ou que je ne porte pas forcément aux nues. Il y a des Delacroix que j'aime beaucoup plus que La Liberté. Mais j'ai voulu m'attaquer à La Liberté à cause de tous les fils que l'on peut en tirer.
ARTE : Dans la série Palettes, il y a beaucoup moins de contemporains, pour quelle raison?
Voir la vidéo (real video - 5mn27)Alain Jaubert : Il ya moins de contemporains pour des raisons de production. Mais il y en a quand même pas mal: Matisse, Picasso, Kandinsky, Vuillard, Bonnard, Klein, Duchamp et Bacon. J'envisage de faire Warhol, et peut-être un autre figuratif comme Hopper. Nous n'avons pas de limitation mais le Centre Pompidou ne produit qu'un film par an.
Au début je faisais un peu ce que je voulais en accord avec les musées. Maintenant je suis pris par le double étau que je voulais éviter: l'histoire et la géographie. Je suis obligé de rééquilibrer la série. Il y a beaucoup de manques. Je peux en faire la liste: Vélasquez, Carpaccio, Tintoret...
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Interview d'Alain Jaubert
Réalisée en 1998 à l'occasion de la diffusion compléte de la collection Palettes sur ARTE
par Anne Gross, Emmanuel Heyd et José Correia
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