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ARTE Journal - 09 mars 2010 - 28/04/10

La fiction a-t-elle tous les droits sur l’Histoire ?

Jusqu’où peut-on mêler Histoire et fiction ? L’imaginaire peut-il compléter la valeur d’un témoignage historique ? Quelles sont les précautions à prendre, en tant que romancier, lorsqu’on se réapproprie l’histoire avec un grand H ? Suite à la polémique opposant le romancier Yannick Haenel à l’écrivain et réalisateur Claude Lanzmann, ARTE JOURNAL a interrogé le romancier Laurent Binet et le romancier et critique littéraire Marc Lambron.

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Laurent Binet

Laurent Binet est l’auteur d’un premier roman « HHhH », paru en janvier aux éditions Grasset et récompensé en Mars par le prix Goncourt du premier roman. Le titre est en réalité l’acronyme de "Himmlers Hirn heisst Heydrich", ce qui signifie "le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich", surnom donné par les SS au nazi Reinhard Heydrich.
« HHhH » raconte l’ascension de cet homme réputé le plus dangereux du IIIe Reich : chef de la Gestapo, chef des services secrets, il est également l'un des planificateurs de la solution finale. Heydrich mourra des suites d’un attentat perpétré le 27 mai 1942 par deux jeunes parachutistes, Gabcik et Kubis, un Tchèque et un Slovaque.

« HHhH » est aussi une réflexion sur les rapports entre Histoire et fiction. L’auteur s’y met régulièrement en scène et s’interroge sur le droit de recourir à la fiction lorsque face aux « lacunes » de l’histoire (motivations, intentions, psychologie des personnages). Peut-on inventer des dialogues ? Reconstituer des scènes ? Imaginer ce qui se passe dans la tête de tel ou tel protagoniste ? Si la tentation romanesque est grande, l’auteur y succombe rarement. Dans le cas contraire, il en avertit le lecteur…

Le reportage d'ARTE Journal (09.03.2010)


Voir l’interview en intégralité



Marc Lambron

Conseiller d’Etat, critique littéraire au magazine « Le point », Marc Lambron a été lui aussi confronté au problème de la fiction face à l’Histoire. Notamment lors de l’écriture de son roman "1941" (paru en 1997 chez Grasset) où il s’attaque à un sujet ô combien délicat : la France de l’occupation.



Voir l’interview en intégralité




Livres



"HHhH" de Laurent Binet
Prix Goncourt du premier roman 2010
aux éditions Grasset
Deux parachutistes tchécoslovaques envoyés par Londres sont chargés d’assassiner Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, chef des services secrets nazis, planificateur de la solution finale, protecteur de Bohème-Moravie, surnommé « le bourreau », « la bête blonde », « l’homme le plus dangereux du IIIe Reich ». Après des mois de préparation, il est finalement abattu dans sa Mercedes. Il s’ensuit une folle traque qui se termine dans une église du centre de Prague. HHhH est un acronyme inventé par les SS qui signifie en allemand : « le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich » (Himmlers Hirn heisst Heydrich). L’essentiel de l’histoire se situe entre 1938 et 1942. Le récit est structuré comme un entonnoir : des chapitres courts relatent différents épisodes en divers lieux et à diverses époques, qui tous convergent vers Prague où s’est déroulé l’attentat. Tous les personnages de ce livre ont réellement existé ou existent encore. L’auteur a rapporté les faits le plus fidèlement possible mais a dû résister à la tentation de romancer. Comment raconter l’Histoire ? Cette question conduit parfois l’auteur à se mettre en scène pour rendre compte de ses conditions d’écriture, de ses recherches, de ses hésitations. La vérité historique se révèle à la fois une obession névrotique et une quête sans fin.


"1941" de Marc Lambron
aux éditions Grasset
Tout commence dans la chaleur de l'été 1978. Un normalien en vacances s'amourache d'une séduisante jeune femme dont le père, Pierre Bordeaux, ambassadeur à Rome lui apparaît vite comme l'incarnation de cette manière déterminée et élégante qu'ont eu certains résistants de dire non à l'occupation allemande. Il l'interroge sur son passé et tombe alors sur une énigme : Pierre Bordeaux était à Vichy en 1941. Qu'y faisait-il ? Agent double ? Rond de cuir pour le Maréchal ou espion dormant de la résistance ? Voici que l'ambassadeur Bordeaux nous donne à lire sa chronique de l'année 1941 : Du temps où la France ressemblait à un paysage d'automne. Attaché d'Ambassade en 1938, Pierre Bordeaux est nommé dans un Madrid franquiste et calciné, loin de la drôle de guerre. Il voit la France qui capitule. Réclamé à Vichy par le directeur du cabinet civil du Maréchal, contacté par un gaulliste en imperméable, Bordeaux le faux-naïf va devoir ruser dans cette ville de cure, où règne un gouvernement aux airs d'opérette. Jusqu'à la rencontre avec Carla, journaliste cosmopolite et espionne, certes, mais qui le guidera du bon côté de l'espoir. Vichy vu par Lambron ? C'est une farce et une tragédie. C'est une capitale en miniature où l'on noie des complots dans un verre d'eau, c'est un labyrinthe de faux amis où Pétain vous hypnotise de son oeil bleu. Un slalom mortel dans les couloirs de l'Hôtel du Parc entre Benoist-Méchin et Giraudoux, Ionesco et Darlan, le Khédive et Rubirosa, les cagoulards et les speakers de Radio-Vichy. Une ville folle de rumeurs. Cruel et moqueur, Marc Lambron démontre qu'il y avait là, entre un homme et une femme, assez de passion pour que brûle toujours la mèche de la liberté.

Le nouveau roman de Marc Lambron "La théorie du Chiffon" est sorti en janvier aux éditions Grasset

Edité le : 09-03-10
Dernière mise à jour le : 28-04-10


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