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12.03.05 - 23.35 : metropolis - 11/03/05

La fin de l’utopie globale

La globalisation promet des marchés libres et le progrès pour tous. Mais ce qu’on constate, c’est que le fossé se creuse entre le nord et le sud, entre les riches et les pauvres. Les habitants des pays riches vivent dans une sorte de bulle qui les protège de la misère d’autrui. A partir de l’analyse de ce monde bipartite, deux spécialistes en arrivent à des conclusions analogues : le philosophe Peter Sloterdijk… et le médecin et auteur à succès Jean-Christophe Rufin, président de l’organisation Action contre la faim.

a lire aussi

  • Peter Sloterdijk - "Im Weltinnenraum des Kapitals"

Le nouveau livre du philosophe Peter Sloterdijk a pour titre "Weltinnenraum", l’espace mondial intérieur. Pour lui, cette bulle en verre prend la forme d’une serre dont l’image archétypale est le Cristal Palace de la première Exposition Universelle de 1851.
« Je consomme, donc je suis » : dans L’espace mondial intérieur, les individus sont devenus des plantes consommatrices, avides de marchandises. Posés sur les étagères de leur serre bien chauffée, ils trouvent des dérivatifs à leurs angoisses existentielles. Il suffit à l’homo capitalisticus de dégainer de l’argent liquide ou une carte de crédit pour avoir un accès immédiat à un nombre illimité d’options de confort. Et pour qu’il ne s’ennuie pas, il est exposé à un stress artificiel et une peur de l’extérieur alimentés par les médias. Les habitants du Tiers Monde fournissent l’énergie et les matières premières de cette immense serre occidentale.

Peter Sloterdijk : "Des flots de richesse coulent à l’intérieur de la grande serre, bien que la plupart soient acquises à l’extérieur, et elles y sont converties en facteurs d’ambiance, d’apaisement, mais aussi en énergie facilement disponible. Nous vivons dans un monde qui se caractérise par une sorte d’apartheid planétaire : à l’intérieur de ce mur invisible se trouvent ceux qui peuvent avoir accès à l’argent, à des sommes petites ou grosses, ça n’a que peu d’incidence, l’essentiel étant plutôt d’y avoir ou non accès."

Pour Peter Sloterdijk, le processus de la globalisation a marqué la fin de l’histoire. Le temps des conquêtes est révolu. La serre du confort doit s’ouvrir au Tiers Monde, chercher un équilibre et, que cela prenne la forme de technologies solaires ou de changements politiques, arrêter l’exploitation. Sinon, ce seront les habitants de la serre qui deviendront les perdants.

Peter Sloterdijk : "Il n’est pas exclu que, dans le grand temple du confort, l’ambiance ressemble de plus en plus à une réunion de suicidaires. Celui qui n’a pas envie de ça doit réfléchir à la façon de transformer cette serre. Il doit reposer la question des frontières extérieures et réfléchir à une stratégie à long terme pour faire reculer l’absurdité."

  • Jean-Christophe Rufin - "Globalia"
Globalia de Jean-Christophe Rufin est une sombre utopie dans la tradition de 1984. Le monde est régi par une démocratie qui est devenue totalitaire, où l’histoire a été abolie, comme le fait d’être mortel. Le jeune héros du roman ne trouve aucune place dans ce monde où les vieux ont le pouvoir de décision. Avec son amie, il fuit la bulle de verre et gagne les zones interdites où les individus vivent dispersés et dans la misère. Là, il est recherché comme terroriste, mais il découvre aussi une vie libre et différente. Huxley n’est pas loin…
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Liens
>> Le site officel de Peter Sloterdijk
>> "Permis de penser" avec Peter Sloterdijk
>> Action contre la faim
Ouvrages
Écumes. Sphères III
de Peter Sloterdijk
Maren Sell éditeurs 2005
Peter Sloterdijk, dans ce dernier volume de sa trilogie, Écumes, sphérologie plurielle, part à la découverte de la structure alvéolaire qui permet aux êtres humains de coexister dans les sociétés modernes. Il y souligne le rôle de l'élément aérien, notamment dans les nouvelles techniques de destruction et d'extermination, développe une théorie des îles et de " l'insulation " humaine, se penche sur le phénomène de la cohabitation des " machines célibataires " vivant en cellules juxtaposées, ou encore sur le phénomène de la " serre ", fabrication artificielle d'un milieu atmosphérique. En ceci, il répond à la question de la nature du lien qui fait tenir le sujet dans ce que la sociologie nomme traditionnellement " société ". Peter Sloterdijk entre avec ce volume dans une phase d'observation de la civilisation contemporaine, dont il rattache l'évolution aux premiers mythes de l'écume, entre autres la naissance d'Aphrodite. Cette forme de pensée sereine - en bulles, en écumes - sert à prendre en considération la pluralité des approches et inventions du monde. De même, elle formule une interprétation philosophique et anthropologique de l'individualisme qui, en créant une atmosphère de liberté, dépasse les définitions entendues (cf. " Le malheur est la dernière idéologie "). Écumes, écrit d'une plume vive et claire, est sans doute le volume le plus actuel et le plus accessible de la trilogie Sphères.

En préparation : “Sphères II“ et “Im Weltinnenraum des Kapitals“ - Maren Sell éditeurs 2006.
Déjà paru : “Bulles. Sphères I“ - Artheme Fayard 2002

Globalia
de Jean-Christophe Ruffin
chez Gallimard
>> Pour en savoir plus sur le livre
«- Tu ne comprends pas, Kate. Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en Globalia. Partout, nous retrouverons cette civilisation que je déteste.
- Évidemment, puisqu'il n'y en a qu'une ! Aurais-tu la nostalgie du temps où il y avait des nations différentes qui n'arrêtaient pas de se faire la guerre ?
- Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c'est la liberté ! Globalia, c'est la sécurité ! Globalia, c'est le bonheur !
Kate prit l'air vexé. Le mot de propagande était blessant.
- Moi, reprit Baïkal d'un ton passionné, je continue à croire qu'il existe un ailleurs.»
Un grand roman d'aventures et d'amour, mais aussi une fable visionnaire sur la mondialisation.

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Metropolis
Samedi 12 mars 2005 à 22h35
Rediffusion le 13 mars à 17h25
Rédaction: ZDF
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Edité le : 10-03-05
Dernière mise à jour le : 11-03-05