
Sombres prévisions
Les projections de l’ONU à l’horizon 2050 sont préoccupantes : sous l’effet d’une trop faible fécondité et de l’espérance de vie qui s’allonge, la population de la plupart des pays industrialisés connaîtra une décroissance et un vieillissement dans les cinquante prochaines années. Parmi les pays examinés, c’est l’Italie qui devrait accuser les plus grosses pertes : selon l’hypothèse moyenne de l’ONU, sa population devrait diminuer de 28 % entre 1995 et 2050. La démographie de l’Union européenne, qui dépassait en 1995 celle des Etats-Unis de 105 millions d’habitants, devrait lui être inférieure de 18 millions en 2050. Les calculs de l’Office allemand de la statistique prédisent qu’en 2050, la population allemande aura chuté de 82 à 59 millions d’habitants, la population active passant dans le même temps de 41 à 26 millions de personnes.
Les avertissements lancés par les démographes depuis la chute des naissances dans les années 70 n’ont pas été entendus. Cette évolution très préoccupante va d’abord se répercuter durement sur l’assurance vieillesse et les régimes médicaux et sociaux. Le système des retraites, dans lequel les actifs financent les retraites de leurs aînés, est proche de l’implosion. La proportion des retraités dans la population, qui était de 44 % en 2001, soit 44 retraités pour 100 actifs, devrait passer, selon les mêmes prévisions, à 78 en 2050. Dans les pays d’Europe de l’Est, où l’émigration à l’Ouest se conjugue à la basse natalité, le marasme économique est certainement l’une des raisons de la chute démographique.
En Allemagne, de plus en plus d’universitaires restent sans enfant.
Mais la France, la Suède et d’autres pays scandinaves affichent eux aussi des chiffres assez élevés par rapport à la moyenne européenne. Dans ces pays-là, les mères de famille qui travaillent font depuis longtemps partie du paysage. Tandis que ces pays misent sur la garde des enfants et l’aide à la vie active des femmes, en Allemagne et en Autriche, on continue de promouvoir le schéma des 3 phases, où les années parents sont les années carence. Avec des conséquences très nettes : les femmes allemandes sans enfant sont majoritairement des universitaires. En 1994 déjà, 37 % des femmes titulaires d’un diplôme universitaire étaient sans enfant, un chiffre estimé actuellement à 50 % et qui devrait atteindre les 2/3 prochainement. En France, le désir d’enfant croît parallèlement au niveau d’instruction, 80 % des Françaises ayant un enfant ont aussi un emploi – alors qu’en Allemagne, ce chiffre est de 60 %. Pour les Allemandes, avoir un enfant est souvent synonyme de rupture de carrière, voire de déclin social, car seulement 2 % des enfants en bas âge ont une place de garderie toute la journée. Les temps partiels sont peu nombreux et les mères travaillant à plein temps sont vite qualifiées de « mères indignes ».
Pourtant, les incitations financières et une garde d’enfants performante ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la politique familiale. Uta Meier, sociologue et spécialiste de la question, attire l’attention sur deux autres facteurs volontiers ignorés : selon des sondages réalisés récemment, partout en Europe, les femmes continuent de s’occuper majoritairement des travaux ménagers et de la garde des enfants, qu’elles travaillent ou non. « Dans les couples qui ont des enfants mineurs, les pères ne s’occupent que six minutes de plus par jour des tâches ménagères que dans les couples sans enfants », est-il dit dans l’étude. « La perspective de cette double charge décourage de nombreuses femmes d’avoir des enfants », déclare-t-elle dans une interview accordée à ARTE. Tant que dans les têtes des hommes, le modèle du « nourricier » est prépondérant, tant que les organes de décision sont trustés par les hommes, le changement est illusoire. Avec d’autres facteurs, comme la longue durée des études, cette évolution participe d’un climat général dans lequel le projet d’enfant est de plus en plus difficile à réaliser.De plus, même si un jour les naissances venaient à se ressaisir, le déclin démographique est irréversible : dès aujourd’hui, les enfants qui ne sont pas nés ces 30 dernières années font défaut comme parents potentiels. Il faut développer de nouvelles idées, et pas seulement en matière de retraite, de santé et de famille. Par exemple de nouveaux concepts sur l’intégration des immigrants : selon les prévisions de l’ONU, le recul démographique ne pourra être stoppé sans une « migration de remplacement ». D’ici 2050, l’Allemagne aurait déjà besoin de 18 millions d’étrangers pour n’assurer que le maintien de la population au même niveau. Pour maintenir l’équilibre actuel entre actifs et retraités, il faudrait – chiffre inimaginable - 188,5 millions d’immigrés, un scénario que même les Nations unies jugent irréaliste.
Dans le débat public, on oublie souvent les efforts à faire pour une meilleure intégration des personnes âgées, de plus en plus nombreuses. Il y a 20 ans déjà, les Nations unies avaient établi un « plan international d’action sur le vieillissement », et attiré l’attention sur l’incidence du vieillissement en lançant un appel pour que la décennie à venir voie la mise en œuvre de politiques en faveur des personnes âgées dans le monde entier. Mais selon les observateurs, il a fallu attendre 1999 et l’Année internationale des personnes âgées pour que s’amorce un véritable virage. Lors de la seconde Assemblée mondiale sur le vieillissement à Madrid début 2002, un plan d’action a été décidé pour tenter de relever le défi posé par le vieillissement sur le plan politique et social.






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