Synopsis : François, un jeune photographe, doit faire des photos promotionnelles de Carole, une célèbre actrice. Ils ont une liaison amoureuse ensemble qui finit brutalement le jour où le mari de Carole rentre d'Hollywood. Carole est prise d'hallucinations et doit être hospitalisée en psychiatrie où elle se suicide. François trouve un nouvel amour, mais un an jour pour jour après le suicide de Carole, et peu avant son mariage, celle-ci réapparaît soudain d'une façon surnaturelle.
Interview de l'acteur principal Louis Garrel
Le trailer du film(Windows Media Vidéo)

Critique : Pour la première fois de sa carrière Philippe Garrel était en compétition au dernier festival de Cannes avec «La frontière de l’aube », film fragile et intimiste photographié en noir et blanc par William Lubtchansky. Sans se départir d’une méthode artisanale et « fauchée » qui prête parfois le flanc à ses détracteurs, le cinéaste s’est inspiré cette fois d’une nouvelle de Théophile Gauthier, "Spirite" pour un récit d’amour en deux parties où se mélangent surnaturel et éléments autobiographiques.Tenu par la perspective de poursuivre au cinéma l’exploration du rapport entre le réel et l’imaginaire, Philippe Garrel évoque des souvenirs personnels, convoque au travers de personnage de Carole (Laura Smet) le fantôme de Jean Seberg, actrice qui le fascinait et avec qui il tourna notamment « Les Hautes Solitudes » en 1974. Philippe Garrel disait : « Il y a des choses qu'on ne peut exprimer qu'avec des images et cela vous a délivré de quelque chose. Les images qu'on fait est une manière d'attachement et de rompre avec les êtres. Je continue à rêver des femmes que j'ai connues. » Au travers du personnage de Carole interprétée par la sensuelle Laura Smet le cinéaste dresse le portrait d’une star instable, balafrée de cicatrices intérieures, perpétuellement au bord de la crise où l’alcool et les comprimés semblent être les seuls moyens de conjurer ses démons. Face à elle, comme une résurgence de lui-même trente ans plus tôt, Philippe Garrel invente le personnage François qu’il confie à son propre fils, Louis Garrel, face à sa caméra pour la deuxième fois après « Les Amants réguliers ».
Au plus près de ses obsessions et de son amour des femmes, le cinéaste explore ainsi dans «La frontière de l’Aube» l’état de tergiversation proprement masculine de son héros réflexif face à deux univers radicalement opposés. Jeune homme rêveur et réservé, François aime Carole d’un amour irrépressible qui le dépasse et se trouve totalement démuni pour l’aider dans son combat fatal. Il ne pourra par ailleurs pas la soustraire à la série d’électrochocs que le cinéaste reconstitue à l’image d’un film expressionniste de Fritz Lang, un cauchemar qu’il a réellement vécu et dont il faisait aussi écho par l’entremise de Daniel Duval dans "Le Vent de la Nuit“. Puis, un an plus tard après le décès de Carole, François trouve en Eve (Clémentine Poidatz) une amante-refuge prompte au bonheur, prête très vite à lui donner un enfant pour fonder une famille. Malgré sa liberté et écartelé par les âmes « immortelles » de deux femmes qui formulent des chemins de vie antinomiques et bouscule ses ambitions amoureuses, le jeune homme est fragilisé et plus que jamais perméable à l’influence des esprits. De fait, l’image fantomatique de Carole qui revient au travers d’un miroir comme dans un film de Cocteau est le revers d’une médaille impossible à assumer. «Restez libre pour l'amour qui, peut-être, va vous visiter. Les esprits ont l'œil sur vous» écrivait Théophile Gauthier : la menace surnaturelle se superpose brutalement au réel et François, refusant l’idée du bonheur bourgeois que lui proposait Eve, est à la merci du spectre.
En ce sens, « La Frontière de l’Aube » s’apparente à la confession emblématique d’un cinéaste livrant pêle-mêle ses croyances et sa philosophie de vie (rêvée ?) qu’il illustre sous une apparente naïveté, davantage à l’aune d’un hommage vibrant au cinéma muet, contrée primordiale et idéale où se croisent le conte, l’illusion, l’interpénétration de l’imaginaire et de la réalité. Servi par un trio d’acteurs admirables - Louis Garrel ténébreux à la limite de l’introversion, Laura Smet tourmentée et cruelle, Clémentine Poidatz rassurante et radieuse - "La frontière de l’aube" renouvelle de manière totalement inédite le concept d’un «passé toujours en mouvement» dont Philippe Garrel reste le chantre unique et imperturbable du cinéma français.
Olivier Bombarda
Critique : Le film est porté par deux acteurs admirables. Laura Smet, la fille de Johnny Hallyday, et Lois Garrel, le fils du metteur en scène. Laura Smet dans le rôle d'une jeune femme rongée par la solitude et qui se jette à corps perdu dans cette relation éphémère. Le jour où tout s'arrête, elle perd complètement la raison. Depuis les années 60 déjà, Philippe Garrel nous dresse le portrait de personnages très perturbés. Il filma entre autres le suicide d'une femme incarnée par Catherine Deneuve. Depuis lors, il n'a jamais renoncé aux méthodes de la Nouvelle Vague: il filme chronologiquement et procède immédiatemment au montage, pour pouvoir mieux reprendre et tourner à nouveau les scènes.
„Frontière de l’aube“ est un film d'auteur au sens démodé du terme: en noir et blanc, sans effets numériques, ce qui pour un film de fantômes est rare de nos jours. Son style est pur et expérimental dans l'esprit des années 70: des scènes statiques avec des violons en fond sonore et de longs plans séquence. Dès lors, c'est l'intensité des regards que se lancent les deux amoureux qui donnent une dynamique à l'ensemble.
Malheureusement, tout cela paraît un peu sophistiqué et l'on a du mal à s'identifier aux personnages. Ils semblent étrangement figés. Par ailleurs, dans cette histoire hantée par des fantômes, on ne décèle pas vraiment le lien qui unit le présent et le passé. Et puis, le sujet n'est pas nouveau: un des grands succès du cinéma d'horreur japonais de ces dernières années utilise la même trame – sans compter les remakes hollywoodiens. On retrouve les mêmes ingrédients: un histoire d'amour tragique, un hôpital psychiatrique avec son lot d'électrochocs, le suicide de l'heroïne et sa réapparition sous forme de fantôme qui fait perdre la raison à son ancien amant. Une tragédie classique donc. Pourquoi pas? Mais cette version-là paraît tout de même définitivement démodée face au cinéma contemporain.
Verena Dauerer







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