A ce jour, l’Organisation Mondiale de la Santé a recensé près de 100 décès humains liés à la grippe aviaire à travers le monde. Les pays européens sont désormais en état d’alerte. L’agent hautement pathogène se propage dans le monde entier et les oiseaux migrateurs deviennent une nouvelle menace.Janvier 2006 : le virus est aux portes de l’Europe et la Turquie enregistre déjà plusieurs décès. Toutes les victimes vivaient en contact étroit avec des volailles infectées. A l’heure actuelle, c’est la seule manière de contracter le virus H5N1 car la consommation de volaille cuite est sans danger. En février, le premier cas de grippe aviaire est signalé au sein de l’Union Européenne. La présence du virus a été confirmée sur des cygnes sauvages retrouvés morts en Grèce, en Bulgarie, en Italie ainsi que sur l’île de Rügen, au nord de l’Allemagne. Un élevage de volaille a été contaminé en France alors qu’au même moment, le virus était détecté sur un chat allemand.
Le H5N1
L’agent pathogène est facilement reconnaissable à ses protubérances. Il s’agit de deux protéines de surface : l’hémagglutinine et la neuraminidase. Ces protéines permettent à l’agent pathogène de s’arrimer aux cellules pulmonaires par exemple, afin de s’y répliquer. Le virus parvient, en une fraction de seconde, à se fixer sur la cellule et à traverser la membrane cellulaire, sans être inquiété par le système immunitaire. Les cellules infectées sont alors vouées à une mort certaine. L’enveloppe du virus se dissout, libérant le patrimoine génétique de l’agent pathogène. Les virus sont les seuls organismes vivants à posséder une telle puissance destructrice. Le programme génétique du virus va contraindre la cellule hôte à produire jusqu’à 100 000 nouveaux virus. La cellule devient ainsi une véritable usine ! Ces virus vont alors contaminer et détruire un nombre toujours plus important de cellules de l’organisme. Le virus H5N1 a un potentiel de mutation très élevé, ce qui est particulièrement inquiétant.
Les experts redoutent par-dessus tout que le virus de la grippe aviaire ne contamine une personne déjà porteuse du virus de la grippe humaine. Il y aurait alors un risque de combinaison des deux virus. Le virus de la grippe aviaire pourrait ainsi acquérir la capacité de se transmettre d’homme à homme. Ce nouveau virus serait alors aussi dangereux que celui de la grippe aviaire mais aussi contagieux que celui de la grippe humaine. Ceci entraînerait une véritable pandémie.
TraitementsDes scientifiques de 5 pays travaillent sur un projet européen nommé AVIFLU. Leur objectif est de découvrir les modes de transmission du H5N1 et d'évaluer l'efficacité des vaccins. La vaccination des volailles est loin de faire l’unanimité au sein de l’Union Européenne : les Pays-Bas et la France y sont favorables, mais en Allemagne les experts redoutent qu’une vaccination systématique ne favorise la propagation du virus.
Un programme de surveillance à grande échelle a également été mis en place. Aux Pays-Bas par exemple, on utilise des oies apprivoisées afin d’attirer et de capturer des oies sauvages en provenance de Sibérie. Afin d’éviter toute transmission à l’homme, les chercheurs veulent comprendre comment se transmet le virus de la grippe chez les oiseaux migrateurs.
Aujourd’hui, face à une éventuelle pandémie, les seuls médicaments efficaces contre le virus ne seraient pas disponibles en nombre suffisant. Mais on espère qu’ils permettraient tout de même de retarder la propagation de la maladie jusqu’à ce qu’un vaccin soit mis au point. Les chercheurs travaillent d’arrache-pied à ce projet.
Le vaccin contre la grippe saisonnière, cultivé sur des œufs de poules, ne protège pas contre le H5N1. Lors des essais de mise au point d’un nouveau sérum, on s’est également rendu compte que le virus H5N1 avait tué la majorité des œufs de poules dans lesquels il avait été introduit. En cas de pandémie, on risquerait de se trouver face à un cercle vicieux : sans poules, il n’y a pas d’œufs et donc pas de vaccins. Une nouvelle technologie s’appuie sur une méthode beaucoup plus conventionnelle. Le virus est cultivé sur des cellules de mammifères – chiens ou singes.
Au-delà de la collaboration scientifique, les experts misent également sur une vaste campagne d’information. Dans les zones à risque, les autorités recommandent le confinement des chats et invitent les habitants à éviter tout contact trop étroit avec leurs animaux. Cela ne sert à rien de paniquer, mais il est nécessaire d’adopter certaines mesures d’hygiène au contact des animaux si l’on veut éviter tout risque de pandémie.
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HIPPOCRATE - Magazine de santé
Mardi 11 avril 2006 à 14h00
Rédactrice en chef : Heidemarie Petters Une coproduction ZDF-ARTE G.E.I.E.






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