Synopsis
À la suite de la troisième guerre mondiale qui a détruit Paris, des survivants s'installent dans les souterrains de Chaillot. Pour sauver cette humanité condamnée, on décide de projeter dans le temps des émissaires, dont un homme hanté par une image d'enfance : un visage de femme sur la jetée d'Orly, quelques instants avant une mort violente. Envoyé dans le passé, il y rencontre la femme de son rêve et découvre avec elle le bonheur d'instants partagés...La pulsation du merveilleux
L'émotion qui se dégage de ce film n'est pas étrangère à sa forme. Poétique et musical, le montage du "photo-roman", succession de plans fixes en noir et blanc, joue tour à tour des registres de la terreur et d'une douce intimité. Dans ce monde figé, il suffit d'une image animée pour introduire la vie.
La jetée de Chris Marker
"Rien ne distingue les souvenirs des autres moments : ce n’est que plus tard qu’ils se font reconnaître, à leur cicatrice." La jetéeUne catastrophe nucléaire a détruit toute vie humaine à la surface de la terre. Paris a été rayé de la carte, et seuls survivent quelques hommes dans les souterrains de Chaillot. Les « vainqueurs » de cette guerre nucléaire cherchent le moyen de sauver la race humaine. Pour cela, ils font des expériences sur les individus qu’ils ont fait prisonniers et essaient de les envoyer dans un autre temps. « Tel était le but des expériences : projeter dans le Temps des émissaires, appeler le passé et l’avenir au secours du présent. »
(phrase extraite du texte de La jetée)
Après de nombreux échecs, ils décident d’utiliser un des prisonniers qui est obsédé par une image d’enfance, celle d’un visage d’une jeune femme, un dimanche après midi sur la jetée de l’aéroport d’Orly. Ils réussissent à envoyer l’esprit de cet homme dans le passé et à le faire rencontrer cette femme dont il gardait l’image dans sa mémoire. Au fil de leur rencontre, une histoire d’amour naît progressivement entre eux.
Mais les hommes qui dirigent l’expérience arrivent à manipuler l’esprit de leur prisonnier et lui font faire des aller-retours entre le présent et le passé. Finalement, il l’arracheront à cette femme pour essayer de l’envoyer dans le futur.
Les expériences réussirent et l’homme rencontra les hommes du futur. « Il traversa une planète transformée, Paris reconstruit, dix mille avenues incompréhensibles. D’autres hommes l’attendaient. La rencontre fut brève. Visiblement, ils rejetaient ces scories d’une autre époque. Il récita sa leçon. Puisque l’humanité avait survécu, elle ne pouvait pas refuser à son propre passé les moyens de sa survie. Ce sophisme fut accepté comme un déguisement du Destin. On lui donna une centrale d’énergie suffisante pour remettre en marche toute l’industrie humaine. Et les portes de l’avenir furent refermées. »
(phrase extraite du texte de La jetée)
Ayant rempli la mission qu’on attendait de lui, le prisonnier savait qu’il allait être supprimé par ses geôliers. C’est alors que les hommes qu’il avait rencontrés dans le futur lui proposèrent de faire partie de leur temps. Mais le prisonnier leur demanda de le renvoyer plutôt dans le temps passé, celui de son enfance et de cette femme qu’il aimait.
L’homme fut ainsi envoyé dans son image d’enfance, sur la jetée d’Orly. Lorsqu’il vit la femme et qu’il voulut courir vers elle, il fut foudroyé par la mort. « Il comprit qu’on ne s’évadait pas du Temps et que cet instant qu’il lui avait été donné de voir enfant et qui n’avait pas cessé de l’obséder, c’était celui de sa propre mort. »
(dernière phrase du texte de La jetée)
"La jetée" est fortement imprégné par le film "Vertigo" d’Alfred Hitchcock et fait même des clins d’oeil directs à ce film, avec par exemple une scène qui se passe au jardin des Plantes devant la coupe d’un séquoïa millénaire (dans Vertigo, Madeleine désigne une coupe de séquoïa et dit « Here I was born and here I died »).
En parlant de "Vertigo", Chris Marker explique : « Le vertige dont il est question ici ne concerne pas la chute dans l’espace. Il est la métaphore évidente, saisissable et spectaculaire d’un autre vertige, plus difficile à représenter, le vertige du Temps. Le « crime parfait » d’Elster l’est au point de réaliser l’impossible : réinventer un temps où les hommes, les femmes et San Francisco étaient autres que ce qu’ils sont aujourd’hui. (...) Scottie transposera le vertige au sommet de l’utopie humaine : vaincre le Temps là où ses blessures sont le plus irréparables, faire revivre un amour mort »
(propos extrait de l’article « A free replay, notes sur Vertigo » dans la revue Positif, n°400, juin 94.)
À son tour, "La jetée" a inspiré de nombreux autres réalisateurs. "L’armée des douze singes" de Terry Gilliam (1995) est même une adaptation directe de ce film. L’action se déroule en 2035 ; les hommes ont été décimés par une épidémie déclenchée par un acte terroriste. Les survivants vivent dans les sous sols de la terre et un homme, James Cole, joué par Bruce Willis, va devenir le cobaye d’une expérience de voyage dans le temps vers l’année 1996. Il est chargé de recueillir des informations sur les préparatifs du drame et essayer d’empêcher la catastrophe.
A télécharger
- Pop’lab numéro 11 Guillaume-en-Egypte au Brésil
Depuis mai 2007, le magazine en ligne Poptronics propose à ses lecteurs de télécharger ou lire en ligne un nouvel objet, mi-papier, mi-électronique, un PDF (pour Portable Document Format) appelé pop'lab. Des artistes comme Systaime, Nicolas Frespech, Agnès de Cayeux ou Jean-Jacques Birgé ont été invités à investir cet espace.
Pour son 11éme numéro c'est Guillaume-en-Egypte, double félin de Chris Marker qui s'y colle. Le résultat un magazine affiche réalisé en France et imprimé puis diffusé au Brésil où était organisé cet été la rétrospective "Chris Marker, bricoleur multimédia" . - Pop'lab 11
- Marker / Negroni sur arte radio
Jean Négroni raconte le tournage de "La Jetée", de Chris Marker.
En 1962, Chris Marker réalise ''La jetée'', devenu un film culte. Une fable de science-fiction presque entièrement en images fixes, rythmée par la voix de Jean Négroni. 41 ans plus tard, le comédien se souvient de ce tournage particulier. Luc Lagier met en perspective le court-métrage. Jean Négroni est décédé le 28 mai 2005. - Le reportage d'arte radio
- "Le fond de l'air est rouge"
Un film de Chris Marker disponible en VOD sur arte VOD.
"La 3ème Guerre Mondiale est commencée depuis 10 ans" disait Chris Marker en 1971 à l'occasion de la présentation de son film devenu depuis une oeuvre culte du cinéma documentaire et une référence incontournable en matière de film d'archives et d'essai d'auteur.
De la guerre du Vietnam jusqu'au festival d'Avignon en 1968, en passant par l'Allemagne, Cuba, Régis Debray, la mort du 'Che' et la Chine. - Disponible sur le site arte VOD
A lire (une sélection)
"La Jetée, ciné-roman"
Coédition Kargo & L'Éclat, 2008
"Also known as Chris Marker"
d'Arnaud Lambert
aux éditions Point Jour
"Chris Marker, écrivain multimédia ou Voyage à travers les médias"
de Guy Gautier
Chez l’Harmattan, 2001
"Qu’est ce qu’une madeleine ?"
de Laurent Roth et Raymond Bellour
chez Yves Gevaert Editeur, Centre Georges Pompidou, 1997.
"Chris Marker"
de Nora M. Alter dans la série "Contemporary Film Directors"
University of Illinois Press
A acquérir (une sélection)
- DVD
"La Jetée" et "Sans Soleil"
deux films de Chris Marker en DVD
chez ARTE éditions
"Le Tombeau d'Alexandre" et "Le Bonheur"
deux films de Alexandre Medvedkine et Chris Marker en DVD
chez ARTE éditions
"Chat perché"
un documentaire de Chris Marker en DVD
chez ARTE éditions
"Le fond de l'air est rouge"
un film de Chris Marker
chez ARTE éditions
- Autres
Un CD ROM de Chris Marker édité par le Centre Georges Pompidou (1998).
En savoir plus
"L'attrapeur d'images"
Une bande dessinnée d'Alexandre Kha
aux édition Tanibis






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