Un président érigé au rang d'icône
Année 2000, la Russie commence à sortir du chaos post-Pérestroïka. Depuis décembre 99, la Fédération est dirigée par un ex-Colonel du KGB : Vladimir Poutine. Excepté des voyages très médiatisés dans le Caucase, le nouveau Président de la Fédération de Russie est relativement discret. Peu rompu aux usages de l'homme public, Poutine apprend peu à peu à communiquer et à prendre des bains de foule. Sur la scène internationale, le maître du Kremlin impressionnne et réussit à faire revenir la Russie dans le concert des Nations. Les Russes lui en seront éternellement reconnaissants car ils ont le sentiment de retrouver leur fierté. Le patriotisme prend alors un nouvel envol et le Président est érigé au rang d'icône.La jeunesse russe renoue avec le culte de la personnalité
Pendant ce temps, devant les remparts du Kremlin, un nombre croissant de jeunes réclament l'attention de Vladimir Poutine. Ils se rassemblent ici plusieurs fois par mois en portant des tee-shirts à son effigie avec un slogan : « Idushie vmieste » "allons ensemble ". Allons ensemble avec Vladimir Poutine, bien entendu. Mais malgré leurs efforts, les jeunes poutiniens sont ignorés par le Président... Ce dernier a fort à faire : en 2003, il entre en campagne pour se succéder à lui même. En 2004, les "Idushie Vmieste" s'organisent et étendent leur réseau hors de Moscou et jusqu'à Saint-Pétersbourg et Vladivostok. Lors des sessions de recrutement, les aspirants ont droit à un interrogatoire en bonne forme, tout est passé au crible, y compris leurs lectures. Les jeunes poutiniens s'érigent en gardiens de la moralité et se donnent pour mission de "purger la littérature russe" des auteurs qu'ils jugent décadents comme Viktor Pelevine ou Vladimir Sorokine. Les deux écrivains ont le malheur de décrire les maux de la société russe contemporaine comme la violence, le sexe, la drogue ou le manque de repères. Les "Idouchie Vmieste" multiplient les menaces à leur encontre et organisent des autodafés : les ouvrages de Pelevine et Sorokine sont ainsi brûlés sur la place publique. D'autres manifestations, toujours spectaculaires, sont organisées. Et Vladimir Poutine finit par adouber ces jeunes qui lui vouent un véritable culte de la personnalité.Du groupe de jeunes à la brigade
En 2005, les «Idouchie Vmieste" deviennent les "Nachi" ("les notres"). Le mouvement renoue avec la tradition soviétique des Komsomols (jeunesses communistes) et s'organise désormais comme une brigade avec un nombre ciblé d'activités. Il y a les camps d'été où l'on peut, entre autres, apprendre les sports de combat mais aussi comment rédiger des articles politiques. A Moscou, l'organisation propose aussi des rondes de nuit pour protéger le « bon citoyen russe » qui ne boit pas, qui ne fume pas, qui ne se drogue pas et qui est sportif, comme Vladimir Poutine... A l'occasion des élections législatives en 2007, les "Nachi" organisent aussi des sondages d'opinion avant d'en offrir gracieusement les résultats au Kremlin. Aujourd'hui, l'organisation revendique 100 000 adhérents. Un chiffre impossible à vérifier d'autant que de nombreux jeunes sont payés pour participer à l'une ou l'autre manifestation. Ce qui est sûr en revanche, c'est que les jeunesses poutiniennes ont gagné en influence à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Il est désormais de bon de ton, voire même recommandé de rejoindre le mouvement. C'est du moins utile lorsque l'on veut obtenir des stages ou des emplois dans les institutions et les multinationales gérés par le pouvoir. Et désormais, chaque année, Vladimir Poutine se rend au camp d'été des "Nachi" pour encourager les jeunes patriotes.Claire Stephan
(Arte journal 13.01.10)
La Russie contemporaine vue par les écrivains décriés par les "Nachi", bibliographie
- Vladimir Sorokine : "Journée d'un Opritchnik", Editions de l'Olivier
La Russie en 2028, retombe sous le joug absolu d'une monarchie de droit divin et d'un nouvel "Ivan le Terrible". Pour maintenir l'ordre, les membres de l’opritchnina, une police secrète "high tech" bâtie sur le modèle du FSB, répriment et éliminent tous les opposants. Sorokine décrit la journée ordinaire d'un "nettoyeur". - Viktor Pelevine :"La flèche jaune" Editions Denoël
La "flèche jaune" est un train express qui transporte à son la Russie entière, le mafieux proche du pouvoir, le communiste nostalgique ou encore le businessmen véreux. Le train n'a ni arrêt, ni destination connue. A chacun alors de se choisir un destin. Un conte philosphique et satirique sur la Russie actuelle qui fait froid dans le dos. - Viktor Pelevine : "Le livre sacré du loup-garou", Editions Denoël
Dans la Russie du 21ème siècle, Huli, renarde millénaire, vit de la prostitution. Elle hypnotise les hommes d'affaires grâce à sa queue magique et s'approprie leur force vitale. Un jour elle rencontre un loup-garou, agent-secret-mafieux. S'en suit une épopée amoureuse fantastique dans les sphères du pouvoir, empreinte de chamanisme- thème cher à Pélevine.







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