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Présidentielle 2008

Dmitri Medvedev est devenu le, 2 mars 2008, le nouveau président russe au terme d'une campagne morne et sans enjeu.

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15/02/08

"La loi du plus fort"

Marie Mendras est politologue au CNRS et au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Elle effectue régulièrement des missions de recherche et d’enseignement en Russie et écrit sur le système politique, la société et les questions de politique étrangère russe

Dans une longue interview accordée au magazine "L'Histoire", elle critique une Russie qui est "entrée dans un système autoritaire où il n’existe plus d’arbitrage de la société par le suffrage universel. L’arbitrage revient donc aux plus puissants qui sont organisés en clans politico- financiers. Mettre d’accord entre eux ces hommes qui ont bâti des empires n’est pas simple. Je ne pense pas que ce système oligarchique, autoritaire et fermé puisse assurer le développement et la stabilité de la Russie dans les années à venir. C’est tout de même la loi du plus fort !"

L’H. : Considérant l’histoire de la Russie, son absence de passé démocratique, certains pensent qu’une transition autoritaire, comme le fut le bonapartisme en France, est nécessaire.

M. M. : On a tendance, surtout en France, à véhiculer un culturalisme sur la Russie que je refuse absolument. Il y aurait une « essence » russe, un tempérament fait de résignation à l’autoritarisme. Tout cela repose sur des préjugés. Il est faux de penser que les Russes ont du goût pour la dictature et que les libertés ne les tentent pas. C’est un point de vue déterministe, qui part du principe que les individus sont culturellement
incapables d’accompagner un mouvement d’ouverture mentale, politique, culturel, vers un univers plus agréable et plus libre. Tout ce que l’on vient de décrire sur le régime de Poutine concernant les libertés publiques est difficile à vivre pour les Russes.

Les Russes ont peur de ce qu’ils disent, ils se sentent contrôlés, surveillés au sein d’une société policière. Et je conteste l’idée qu’ils apprécient cela. Simplement, ils se laissent porter par une vague faite à la fois d’amélioration économique et d’un rejet de la vie politique et publique. C’est ici que le poids de l’héritage historique est très lourd : les Russes n’ont pas pu expérimenter sur un temps assez long la démocratie. Ils n’ont pas pu s’apercevoir que les droits de l’homme font partie intégrante de la trajectoire de prospérité des pays occidentaux. La démocratie est tout sauf un luxe que l’on s’accorde après avoir atteint la prospérité économique. C’est pourtant cela que le pouvoir est en train de faire croire aux Russes.

Je pense qu’il nous appartient à nous, qui sommes libres de nous exprimer, avec les intellectuels russes qui gardent leur liberté de parole, de démonter cette rhétorique. Et de dire qu’au contraire, étant donné les richesses de la Russie, son potentiel économique, sa défense nationale assurée face à des voisins qui la craignent et veulent avant tout s’entendre et commercer avec elle, le pouvoir n’a aucune bonne raison de convaincre les Russes qu’un modèle démocratique, concurrentiel, leur est interdit. Le modèle bonapartiste – une dictature appuyée sur un suffrage universel manipulé, au mépris de tous les corps intermédiaires – peut nous servir de référence, à nous Français. Le Second Empire s’est inscrit dans un cycle d’expansion économique, c’est une autre ressemblance. Il est vrai qu’il a pu – avant la catastrophe finale de la guerre franco-prussienne – évoluer vers un régime de plus en plus libéral. Mais l’État bonapartiste était un véritable État, ce qu’on ne peut pas dire de la Russie d’aujourd’hui.


Propos recueillis par Michel Winock pour L'Histoire (extrait publié avec l'aimable autorisation du magazine "L'Histoire")

Edité le : 15-02-08
Dernière mise à jour le : 15-02-08