Plus de vingt ans après, Maroesja Perizonius a gardé les joues rondes, le nez retroussé et le regard grave des photos en noir et blanc de son enfance. Héroïne et auteure de ce documentaire, la jeune femme, née en 1971, explore à Amsterdam, en Inde, à Londres, les lieux où elle a vécu, en général avec sa mère, dès l’âge de 6 ans, en communauté avec des centaines d’autres personnes. Vêtus de rouge, arborant le médaillon du gourou Bhagwan, des milliers de fidèles occidentaux ont alors quitté, comme elle, une existence individualisée, se pliant à des règles parfois très rigides. Au fil de pudiques conversations avec sa mère, Maroesja formule peu à peu ses griefs, essayant de comprendre pourquoi celle-ci ne l’a protégée ni de travaux domestiques parfois harassants, ni d’une “liberté” sexuelle qui, pour de jeunes adolescents soumis aux volontés des adultes, relevait du viol.Autoportrait en creux
Sans exhibitionnisme ni violence, sans instruire de procès, Maroesja Perizonius interroge les photos, les séquences d’archives, les lettres et certains des témoins, outre sa mère. Avec ce premier film, elle réussit en creux un bel autoportrait, où la fragilité de l’adulte, malgré sa détermination à mener l’enquête, rejoint celle de la petite fille. Elle parvient à suggérer avec beaucoup de force les fêlures profondes d’une époque où les mots d’ordre libérateurs pouvaient briser les consciences et les corps.






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