La population américaine a elle aussi pris ses distances par rapport au président sortant. Selon des sondages réalisés par CBS/New York Times début septembre 2008, la politique de Bush ne remporte plus l’adhésion que de 28 % des Américains tandis que 68 % de ses concitoyens la condamnent.
Du fils de président qui fait sourire…
Comment les choses ont-elles pu en arriver là ? Lorsque ce rejeton d’une famille influente, fils d’un président légendaire, s’est présenté aux élections présidentielles, les milieux politiques à Washington ne le prennent pas vraiment au sérieux. En effet, pendant ses études, le jeune « Dubya » (le terme texan pour W) s’était plutôt fait remarquer par ses farces et ses mauvais résultats. Plus tard, il a des problèmes avec l’alcool. Par ailleurs, l’homme politique a du mal à se positionner en public. Ses lapsus (« bushismes ») et blancs antenne, relayés en masse sur Youtube, sont aujourd’hui légendaires.
Durant la campagne toutefois, la machine électorale a prouvé tout son professionnalisme. Dès lors, sa fragilité donne à George W. Bush un atout par rapport à Al Gore, son adversaire considéré comme crispé et coupé des réalités. Comme l’ont constaté les chercheurs qui ont travaillé sur la campagne, la classe moyenne s’est reconnue en « Dubya ».
Il en a résulté un coude à coude serré entre les deux candidats, qui a culminé dans le duel final, très controversé, en Floride. Les résultats du scrutin ont été contestés, on a même parlé de fraude électorale mais le temps n’a pas suffi pour procéder à un nouveau comptage des voix dans le délai imparti par la constitution. De ce fait, George W. Bush est devenu président des Etats-Unis avec un résultat contesté et moins de 50% des suffrages.
Son mandat s’annonçait calme. Bush a lancé une réforme du système éducatif misant sur une plus grande marge de manœuvre des parents et a consenti des réductions d’impôts pour les contribuables américains. Pourtant, l’homme politique maladroit continuait de susciter sourires et moqueries.
… au commandant en chef des armées qui fait peur
Le 11 septembre 2001 a complètement bouleversé le bilan des années Bush pour la postérité. Soutenu par ses conseillers néoconservateurs, George W Bush se pose alors en commandant en chef des armées résolu. La guerre engagée en 2001 contre les Taliban en Afghanistan est largement soutenue par la communauté


L’Europe est divisée sur cette intervention militaire qui ne fait pas l’objet d’un mandat de l’OTAN. « Cette guerre se fonde sur des faits non étayés et elle a une justification douteuse au regard du droit international ; qui plus est, ses résultats sont problématiques », a déclaré Karsten Voigt (SPD), le coordonateur du gouvernement fédéral allemand pour les relations germano-américaines, à la « Berliner Zeitung ». La fameuse « intervention militaire préventive » est un concept assez nouveau, que Bush a essayé d’imposer sur l’échiquier international à compter de 2002. Contrairement à la guerre préventive destinée à empêcher une attaque ennemie, l’idée de la « guerre préemptive » est d’attaquer l’adversaire dès que l’on soupçonne chez lui des intentions belligérantes ; or, ce dispositif « n’est pas du tout prévu en droit international », comme l’explique Ulrich Arnswald du European Institute for International Affairs dans un article.
La guerre d’Irak et ses avatars ont également posé d’autres problèmes en termes de droit international. Les actes de torture dévoilés par les photos de la prison d’Abu Ghraib en Irak ont provoqué un tollé en 2003. Par ailleurs, le centre de détention de haute sécurité de Guantánamo est très controversé au niveau international. Des détenus soupçonnés d’appartenir à des organisations terroristes y sont toujours incarcérés depuis des années sans fondement juridique. Amnesty International dénonce des violations des droits de l’Homme. Longtemps, George W. Bush a prétendu que la Convention de Genève ne s’appliquait pas aux terroristes potentiels. Il a finalement dû s’incliner face à la pression internationale et améliorer les conditions de détention.
« La plus grande catastrophe de la politique étrangère américaine »
La rhétorique martiale et manichéenne du président Bush lui a valu d’essuyer le feu des critiques européennes. Il a en particulier réduit notre monde multipolaire et complexe en une vision schématique. « Soit vous êtes avec nous, soit vous soutenez les terroristes ! » a-t-il déclaré le 20 septembre 2001. Bush a
qualifié l’Irak, l’Iran et la Syrie d’ennemis du « monde occidental libre ». L’« axe du mal » est un terme emprunté à la Deuxième Guerre mondiale que Bush a repris à son compte.
Sous la houlette néoconservatrice de George W. Bush, l’Amérique se sentait investie d’une mission : faire progresser la démocratie dans le monde. Une démarche politique somme toute assez traditionnelle mais qui a été poussée à l’extrême sous cette administration. Dès 2004, l’historien américain Howard Zinn parle d’un « impérialisme plus agressif que jamais ».
Or, les tentatives de démocratisation n’ont pas vraiment produit d’effet. « A mon sens, la guerre d’Irak est la plus grande catastrophe de notre politique étrangère ; pire que le Viêt-Nam » a déclaré l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright au magazine allemand Focus. « La politique de Bush a porté un coup sérieux à la réputation de l’Amérique et à la démocratie ».
Un déficit record et une profonde chute
Bien que George W. Bush ait déclaré dès le 14 avril 2003 que la guerre d’Irak était finie, les combats se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. L’ouragan Katrina qui, durant l’été 2005, a dévasté La Nouvelle Orléans et une grande partie du sud des Etats-Unis, a révélé l’impuissance du gouvernement fédéral également en matière de politique intérieure. Dès lors, l’opinion publique a basculé. Jusqu’à la réélection de Bush en 2004, près de la moitié des Américains soutenaient encore la guerre en Irak et la politique de leur président ; à l’été 2006, ils n’étaient plus que 33 % (Ipsos Public Affairs, CBS News/ New York Times Poll).
La guerre en Irak, l’ouragan Katrina, une mauvaise politique fiscale, la crise immobilière et financière qui fait rage sont à l’origine de dettes immenses. En juillet 2008, Bush a annoncé un déficit record de 482 milliards de dollars (soit 306 milliards d’euros). Jusqu’en 2008, la guerre d’Irak avait coûté à elle seule quelque 500 milliards de dollars (320 milliards d’euros). « A présent, nous avons un déficit budgétaire et l’image des Etats-Unis est exécrable », c’est en ces termes que Madeleine Albright résume la situation dans l’interview donnée à Focus. A son sens, il y a du pain sur la planche. « Le prochain président aura fort à faire. Il faudra beaucoup de temps pour réparer les dégâts avec l’aide de nos alliés ».
George W. Bush peut être certain qu’il aura sa place dans les livres d’histoire, mais pas forcément comme il l’espérait.
Antonia Schäfer







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