
Émissions de CO2 par tête (en tonnes) : 6,2
Croissance des émissions de CO2 (%, 1990-2005) : 4,0

Avec 59 centrales nucléaires produisant près de 80 % de son électricité, la France se pose en Europe comme le champion du nucléaire. Riche d’un programme de recherche démarré en 1945, et d’une utilisation industrielle depuis plus de trente ans, elle bénéficie d’un savoir-faire de qualité. En dépit des craintes que le nucléaire suscite dans certains pays européens – Allemagne et Autriche en tête – la France a décidé de lui renouveler sa confiance récemment.
Pour ne pas voir leur électorat se tourner vers le charismatique écologiste Nicolas Hulot lors des élections présidentielles de 2007, les différents candidats ont signé son « pacte écologique » et placé ainsi l’environnement au cœur de leur programme. Que la conversion à la lutte contre le réchauffement climatique soit sincère ou feinte, Nicolas Sarkozy s’en est fait l’apôtre et y a également trouvé une excellente justification au retour du nucléaire. En effet, l’électricité d’origine nucléaire présente l’avantage de ne pas émettre de CO2. Elle expliquerait qu’un Français émette en moyenne 1,8 fois moins de CO2 qu'un Allemand, ou que la production d'électricité ne soit à l'origine que de 10 % des émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) contre 40 % au niveau mondial.
Le problème du traitement des déchets radioactifs, que de nombreuses associations mettent en lumière, remet évidemment en cause le bien-fondé du recours au nucléaire. Mais celui-ci semble justifié au regard des objectifs de l’Union européenne pour 2020 (20 % d’émissions de GES en moins, 20 % d’énergie d’origine renouvelable, et 20 % d’économies d’énergie), adoptés sous présidence française que la France s'apprête à défendre à la conférence sur le climat de Copenhague en décembre 2009. En assurant aussi une plus grande indépendance énergétique et une plus grande sécurité d’approvisionnement, le nucléaire devient incontournable. « La stratégie de la France est le développement du nucléaire » déclarait Nicolas Sarkozy sur le chantier du premier EPR français (European Pressurised Reactor), tout en annonçant la construction d’un deuxième EPR dès 2012.
Quittant sa traditionnelle neutralité, la Commission européenne s’orientait le 1er octobre 2007 vers une position plus favorable au nucléaire : M. Barroso invitait les États membres à ne « pas éluder la question de l’énergie nucléaire », tandis que Neelie Kroes, en charge de la concurrence, se déclarait, à titre personnel, « complètement favorable au nucléaire ». « L’énergie nucléaire représente un élément important de notre lutte contre le changement climatique » affirmait encore le commissaire Andris Piebalgs en charge de l’énergie, le 15 avril 2008.
Fort de cet « encouragement », Nicolas Sarkozy déclarait à l’Organisation des nations unies (ONU) en septembre 2009 « la France prête à aider les pays qui veulent se doter du nucléaire civil » et signait en 2009 un accord avec la Slovaquie et un accord de coopération avec Rome prévoyant la construction de quatre centrales nucléaires sur le territoire italien…
La France, on l’aura compris, a fait le choix du nucléaire. Mais on peut se demander si la « culture nucléaire », ses retombées indéniables sur la vie économique et politique françaises n’ont pas aussi joué dans ce choix et empêché les décideurs français de penser la politique de l'énergie autrement. Privée de ces atouts nucléaires, la France aurait-elle fait le choix de l’atome pour sauver l’environnement ?
Nicolas Roger-Machart
POUR ALLER PLUS LOIN
- Le site du ministère du Développement durable sur la conférence des parties à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques.
- Le site de l’Agence internationale de l’énergie, accès pays par pays.
- Les perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050.
- Un article de l'Usine nouvelle, la France a-t-elle besoin d’un deuxième EPR ?
- Un article de France24.com sur la politique d’expansion et de relance du nucléaire par Electricité de France.
- Un dossier sur les déchets nucléaires sur arte.tv.






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