Deux photographes juifs du ghetto, Mendel Grosman und Henryk Ross, étaient chargés par le Conseil des Juifs de prendre des photos pour les cartes d’identité et les statistiques ; ils ont également « volé » des milliers de clichés de la montée dans les trains des déportés ainsi que du « Groupe des auditeurs de radio ». En automne 1939, tous les postes des familles juives à Lodz avaient été confisqués, écouter la radio était un crime passible de la peine de mort. Andrzej Bodek décrypte un cliché sur lequel apparaît un récepteur clandestin : à partir de cet objet d’usage courant, il retrace l’histoire de cette photographie, les activités du groupe dirigé par les frères Weksler, et parle du rôle de la radio dans le ghetto (traité par le romancier allemand Jurek Becker dans « Jakob le Menteur »).La photographie montre un récepteur radio construit par Wiktor Rundbaken pour écouter clandestinement les informations.
L’appareil permettait aux habitants du ghetto, hermétiquement coupés du monde extérieur depuis le 1er mai 1940, d’être au courant des événements majeurs comme le débarquement des Alliés en Normandie ou l’attentat contre Hitler. Les nouvelles diffusées par les stations allemandes et les journalistes alliés jouaient un rôle essentiel sur le moral des séquestrés, en leur apprenant par exemple comment évoluaient les lignes de front.
Quelques semaines seulement après l’irruption des troupes allemandes, les nouvelles autorités obligent tous les juifs de Lódź à leur remettre leurs récepteurs, et punissent de mort l’écoute de la radio. Pourtant, quelques habitants du ghetto réussissent à introduire des appareils ou des composants. Dès 1941, un groupe de radio clandestin est arrêté par la gestapo et ses membres sont exécutés aux portes du ghetto.
Seuls, quelques activistes souterrains autour de Chaim Widawski, Henoch Weksler et ses fils Szaja, Josef et Ber (Dov), Icchak Lubinski, Mosze Tafel, Szloma Redlich, Altszyler père et fils, etc., prenaient le risque d’écouter la radio. Ils formaient trois groupes, se souvient Adam Weksler (né en 1930), le plus jeune des frères Weksler qui vit aujourd’hui à Rishon LeZion, en Israël. Trop jeune à l’époque, il n’était pas autorisé à participer aux activités conspiratives de ses frères et de son père. Les membres du groupe radio travaillent sous la menace constante d’être tués par les Allemands s’ils sont découverts. Leurs principales sources d’information est la BBC, Radio Londres en polonais ainsi que « Świt » (l’aube), une station polonaise clandestine. Ils ne cessent, jusqu’au 6 juin 1944, de répandre les informations obtenues parmi les habitants du ghetto. A l’annonce du débarquement en Normandie, c’est l’ivresse – une joie vite assombrie, le soir du jour j, par l’arrestation de nombreux membres du groupe. L’un d’entre eux, Chaim Widawski, réussit à fuir mais lorsqu’il apprend que les Allemands parlent de représailles, il se suicide.
La chronique officielle du doyen du ghetto rapporte à la date du 7 juin 1944 que des « conspirateurs » du groupe radio ont été arrêtés : « Comme une traînée de poudre s’est propagée la nouvelle qu’un certain nombre de ceux qui possédaient des appareils de radio ou colportaient dans le ghetto des informations entendues à la radio ont été arrêtés. »
Après la libération de Lódź, des survivants ont retrouvé sur le site le récepteur ci-contre. L’appareil a été amené et photografié en Israël. Depuis 1950, il est exposé au Musée de l’Holocauste dans le Kibboutz des Combattants du ghetto, Beith Lochamei HaGetaot.
image : Ghetto Fighters' House, Israel






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