Tout débute le 29 mai 1998. L’Assemblée nationale française adopte à l’unanimité une proposition de loi socialiste posant la reconnaissance du génocide arménien. Il ne reste plus qu’à faire voter le texte par le Sénat. Mais les autorités turques voient rouge : elles dénoncent, par la voix d’émissaires, le penchant « colonialiste » de la France… et annoncent le boycott du groupe français Eurocopoter, en lice pour décrocher un vaste contrat avec l’armée turque. Le message est reçu côté français. La proposition de loi ne sera jamais inscrite à l’ordre du jour du Sénat.
Les associations arméniennes ne désarment pas pour autant. Et, deux ans plus tard, leur lobbying s’avére payant : après le dépôt et le vote d’une proposition de loi au Sénat en novembre 2000, le texte arrive à l’Assemblée nationale. Malgré de nouvelles récriminations d’Ankara qui rappelle son ambassadeur en France, la loi est finalement adoptée le 29 janvier 2001. Pour ne pas froisser les autorités turques, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, et le premier ministre, Lionel Jospin, prendront bien soin de préciser que cette loi était une initiative des parlementaires…
La France rejoint ainsi, entre autres, l’Uruguay (premier pays à avoir reconnu officiellement le génocide), La Russie, la Grèce, l’Italie, le Vatican ou la Belgique. Pionnier sur le sujet, le Parlement européen avait reconnu, dans une résolution, le génocide arménien dès… 1987.
L'Allemagne avait prévu de commémorer le 90 ème anniversaire du génocide arménien, le 24 avril 2005. Toutefois, cette journée commémorative qui aurait risqué de perturber les bonnes relations diplomatiques de l'Allemagne et de la Turquie, a finalement été annulée. Compte tenu du fait que la communauté turque joue un rôle politique nettement plus important que les Arméniens, en Allemagne, cela n'a rien d'étonnant. Il est bon de rappeler également qu'en tant qu'alliée de l'empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, l'Allemagne ne s'est pas opposée à la Turquie lors des massacres de 1915.
Récemment, le débat a rebondi en France à la faveur du débat sur l’entrée de la Turquie à l’Union européenne (UE). Le 29 avril 2004, Jacques Chirac affirmait que la reconnaissance du génocide de 1915 par Ankara était « un problème qui concerne l’Arménie et la Turquie » et qu’elle ne saurait constituer un préalable à l’intégration de la Turquie dans l’UE.
Devant le tollé soulevé par ces déclarations au sein de la communauté arménienne, le gouvernement a rectifié le tir quelques mois plus tard. En décembre 2004, à la veille du sommet scellant l’ouverture des négociations entre l’UE et Ankara, Michel Barnier, le ministre des affaires étrangères français, appelait la Turquie à effectuer « son devoir de mémoire » envers l’Arménie.
Mais le ministre prenait soin de ne jamais prononcer le terme « génocide » et rappelait que la reconnaissance des massacres de 1915 n’était pas une condition sine qua non à l’entrée de la Turquie dans l’UE…
Jérémy Tordjmann
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Sur le site armenie.netConsultez également le rapport de la session de l'Assemblée nationale lors de l'adoption de la loi.







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