Critique : « Lait noir de l'aube nous te buvons la nuit / te buvons à midi / nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons ». Après la présentation de « La Teta asustada », le deuxième long métrage de la péruvienne Claudia Llosa en point d’orgue de la compétition à Berlin, le geste de Paul Celan semblait vraiment honoré : la mort est un maître d'Allemagne.
De l’autre côté de l’Atlantique et en réminiscence d’autres luttes, celles meurtrières qui ont opposé les révolutionnaires du sentier lumineux et les militaires péruviens, la jeune réalisatrice Claudia Llosa évoque les séquelles et les répercussions d’un conflit civil long et meurtrier sur les jeunes générations. « Le Lait de la douleur » est une croyance populaire. Villageoise, Fausta pense que sa génitrice, victime de maltraitances, lui a transmis sa peur par le lait maternel. La jeune femme ne peut trouver la paix, d’autant que ses consoeurs traumatisées par les violences ont perdu leur âme aux yeux des membres souvent masculins de leur communauté, elles sont les damnées du Pérou.

De Claudia Llosa
(2009, Pérou, 1h34)
Avec Magaly Solier, Susi Sànchez, Efraín Solís, Marino Ballón…
Compétition

Obligée de trouver un travail, Fausta la villageoise se retrouve servante chez une bourgeoise qui passe son temps à accrocher aux murs des visions d’enfer : de grands portraits de militaires, ceux qu’elle imagine surgir dans le lit de sa mère, la bave aux lèvres. Pire encore, Fausta a l’habitude de chanter. Ce qu’elle ne peut révéler, elle l’évoque par la grâce exutoire du chant. Artiste de renom, sa patronne ne se gêne pas pour s’en inspirer, dans ce moment éternellement recommencé où la classe dirigeante vampirise le peuple… Ces marques d’insolence de Claudia Llosa contrebalancent un style tout de même attendu, entre les plans rigoureusement cadrés désormais symptomatiques du cinéma d’Amérique latine et les silences appuyés.
Julien Welter







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( note Arte: 3.5 )





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