Le trailer du filmCritique : Robert Guédiguian apprécie l’ambiguïté, sa volonté de brosser un portrait de François Mitterrand en témoigne (« Le Promeneur du Champ de Mars », 2005). A travers le genre du polar et « Lady Jane », il évoque à nouveau la réminiscence de la culture et de l’éthique de gauche dans une France qui semble être passée à toute autre chose et fait table rase du passé. Le constat est bien entendu équivoque au lieu de se vouloir simplement alarmant : la nostalgie, le souvenir et sa persistance tacite ou forcée sont dissemblables, et leur entremêlement périlleux. Muriel, François et René se retrouvent et l’évènement sonne effectivement faux, comme si d’emblée les dés étaient pipés et l’amertume impossible à occulter. Il faut se méfier de l’eau qui dort, celle où, à une époque très lointaine, s’est noyé Brian Jones, ce fantôme associé au clavecin de « Lady Jane », une relique 60’s que même les Rolling Stones ont supprimé depuis bien longtemps de leur répertoire scénique.
Autour de ses comédiens et amis de longue date, Guédiguian livre une première partie bien menée. Il perd malheureusement la main au fur et à mesure des révélations, flash-back et mystères calés sur le récit comme autant de containers lestés de tonnes de marchandise qui s’écraseraient sur le macadam des docks de Marseille. Ariane Ascaride n’est pas aidée, il est vrai, par son personnage de gérante embourgeoisée, mais rongée par la vengeance. Par contre, Jean-Pierre Darroussin est favorisé par celui de François, qui se brûle littéralement au contact de cette réunion, de l’héritage contrasté des années de rébellion et d’un pacte scellé lors d’une jeunesse désormais évanouie. Mais c’est sur le laconisme de Gérard Meylan, égal à lui-même et tout à la fois habité par les figures du cinéma de Jean-Pierre Melville, que Robert Guédiguian aurait dû prendre exemple.
Julien Welter







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Un polar marseillais hanté par le fantôme de la gauche française et rebelle.
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