Avec Michael Pitt, Lukas Haas, Asia Argento
Compétition
Galerie photos>> Lire l'interview

Synopsis : Jeune musicien adulé, mais replié sur lui-même, Blake (Michael Pitt) rentre chez lui. Dans une grande maison en mauvais état, proche de la forêt de conifères d’où il surgit, Blake retrouve quelques connaissances. Ces dernières gravitent autour de la star sans but précis, mais dans un état de somnambulisme toutefois moins avancé qu’elle. Marmonnant et fuyant tout contact, Blake semble fléchir sous le poids de la célébrité. Il n’est plus capable d’autre chose que de déambuler, alors que ses managers tentent une nouvelle fois de l’embarquer dans une lucrative tournée mondiale. Il regarde, écoute, et attend la délivrance.Critique : Dédié au chanteur Kurt Cobain, « Last Days » s’inspire, comme « Elephant » et « Gerry », de faits évoqués dans les journaux, afin de développer une variation libre et plastique sur un sujet qui n’est pas essentiellement mélodramatique. Pathétique, lunaire ou, une nouvelle fois, inspiré de figures modernes et proprement américaines (de Beckett à Tennessee Williams, Gus Van Sant n’admire pas que Bela Tarr !), Blake est un personnage opaque et édifiant, évoluant dans un univers où les éléments semblent aussi palpables qu’abstraits. En l’observant, Gus Van Sant cite quelques sommets du cinéma dont il s’est déjà inspiré par le passé. « Psychose » et « Shining » ressurgissent notamment par le biais de l’immense et sinueuse demeure isolée, une trouvaille essentielle qui devient quasiment le personnage principal du film. En remodelant aussi les éléments de sa propre filmographie, il parvient toutefois à éviter le systématisme, ou pire encore, à créer son propre académisme.
Dans « Last Days », la mise en scène n’est en effet pas aussi régulière que dans le très célébré « Elephant », elle est plus libre et éclatée. Là où l’on pouvait se figurer l’architecture du lycée, choisi comme décor principal d’« Elephant », grâce aux trajets de la caméra, les déambulations de Blake sont plus hiératiques, tout comme la composition du récit. Le film d’horreur, le film rock, le mélodrame ou la comédie noire deviennent autant de propositions qui aèrent la structure du film, sans que celui ne se délite vraiment. Plus que de la routine, Gus Van Sant est une nouvelle fois sur le terrain de l’expérimentation. Tout ne procède cependant pas d’un égal bonheur. Si le thème de l’usurpation, taraudant un Blake qui n’assume plus le cirque médiatique, est finement amené par l’histoire du faux magicien chinois, certaines autocitations (l’anecdote sur « Gerry », dans la salle de concert) ou le désir de changer de peau, abordé par le biais du travestissement, s’avèrent un peu plus arbitraires. Mais il y a à l’œuvre un sens de l’absurde ou de la cruauté et une esthétique du mauvais goût pour le moins habile, qui font de « Last Days » une jolie méditation vénéneuse, qu’il convient de ne pas prendre avec trop de cérémonie pour l’apprécier au mieux.
Julien Welter
Synopsis : Musicien replié sur lui-même, Blake (Michael Pitt) traverse les derniers jours de sa vie comme un somnambule. Il surgit sans cesse de sa grande maison de pierre pour errer dans la forêt, tente ainsi d'échapper à l'énorme pression qu'exercent sur lui son manager, ses amis, bref, tout son entourage.Critique : "Last days" commence en pleine nature, près d'une petite cascade. Dans un plan d'ensemble pris de l'autre bord, on voit un jeune homme aux longs cheveux blonds, vêtu seulement d'un pantalon de pyjama et d'un tee-shirt. Il retire tout, sauf son caleçon, et nage quelques instants. Puis il déambule à travers la forêt, passe la nuit près d'un petit feu de camp où il se réchauffe et fait sécher ses vêtements. Au matin, il prend le chemin du retour. La caméra le suit au plus près. Il arrive à hauteur d'une grande maison de pierre, y entre. C'est là qu'il vit, manifestement. Dans la cuisine, il prépare son déjeuner. Puis il range les corn-flakes dans le frigo, laisse le lait sur la table… Son comportement paraît confus. Sur le frigo, une fiche indique « Le fusil est en haut dans la chambre ». Jusqu'ici, le jeune homme blond peut passer pour un tire-au-flanc qui se la coule douce. Impossible encore de deviner qu'il s'agit d'un musicien génial qui fléchit sous l'énorme poids de la célébrité. Mais peu à peu, les choses se précisent…
Avec ses trois derniers films "Gerry" (2002), "Elephant" (203) et maintenant "Last days", le cinéaste américain indépendant Gus Van Sant a créé un cinéma qui exige du spectateur une perception nouvelle. Pour "Elephant", où il revient sur le massacre du lycée de Columbine à Littleton, le cinéaste a reçu la Palme d'Or à Cannes. Il est ainsi parvenu à concevoir des films qui interpellent autrement le spectateur, et font appel à une autre partie du cerveau que ce qui est habituellement le cas. Avec ses montages sonores très travaillés, l'absence quasi-totale d'intrigue et de dramaturgie, il parle plus au subconscient du spectateur qu'à son esprit conscient. Ces films ne livrent pas de thèse « prête à consommer », ils soulèvent plutôt des questions, suscitent des états d'âme. Ils font vivre au spectateur une expérience fascinante, pourvu qu'il s'y abandonne et fasse preuve d'un peu de patience.
"Last days" s'inspire des derniers jours du chanteur du groupe Nirvana Kurt Cobain avant son suicide en 1994 à Seattle. Mais Gus Van Sant n'a pas fait de recherches approfondies sur la mort du chanteur, car son intention n'était pas de faire un documentaire, mais plutôt de s'inspirer librement de faits réels. Son film est comme un poème triste et troublant qui se décline en plusieurs actes. Faisant preuve d'une grande finesse, le cinéaste ne montre ni scènes de prises de drogue ni celle du suicide proprement dit. Il se concentre totalement sur l'état de somnambulisme de Blake – évidemment provoqué par la drogue – et le suit sans relâche dans les pérégrinations de ses dernières heures. « Le succès, c'est subjectif », dit Blake dans le film à l'un de ses amis. Ce succès, Blake le paie au prix fort, au prix de sa vie.
Nana A.T. Rebhan------------------
Last Days
De Gus Van Sant
(USA, 2004, 1h37 min.)
Avec Michael Pitt, Lukas Haas, Asia Argento
Compétition






Envoyer à un ami
RSS
Facebook
Twitter