Les éditions Glénat ont été les premiers à publier du manga en France avec Akira en 1989. A l'origine Jacques Glénat s'était rendu au Japon en 1988 dans l'espoir de vendre ses séries BD au Japonais. Fasciné par le savoir-faire nippon et la qualité de Akira Jacques Glénat a acquis les droits de cette série mythique.
Mang'Arte : Glénat a été un précurseur dans la diffusion du manga auprès du public français. Aujourd’hui comment jugez-vous vos premières années et les difficultés rencontrées ?
Le tout début fut laborieux, mais l'arrivée de Dragon Ball fut le point de départ du manga en France. Depuis 1991 ce marché ne cesse de progresser même si il y a eu une petite crise à la fin des années 90.
Au Japon Say Hello to Black Jack s’est vendu à 2.000 000 d’exemplaires, nous en sommes malheureusement loin en France même si le lancement a été un succès en librairie et en presse chez nous.
Au Japon, ils en ont fait une série TV à la "Urgence", avec un tel succès que le gouvernement nippon sous la pression populaire a été contraint d’adopter certaines réformes pour son système hospitalier.
En France, nous sommes encore loin d'un tel écho. Je pense aussi que les professionnels de santé en France ne se sont pas toujours retrouvés dans ce manga et qu'ils l'ont traité avec dédain. Quand nous sommes allés voir des urgentistes ils trouvaient que Say Hello n'était pas si éloigné de notre réalité. Il serait sans doute bien de faire le pendant de cette série en BD franco-belge.

Aujourd’hui, cela me semble un peu hasardeux. Les auteurs français proposent des projets d’inspiration manga avec beaucoup de talent (Trankat, Morvan, Savoïa…). Maintenant peut-on espérer les exporter ? C’est assez difficile. Les Japonais sont assez fermés sur notre production même si ils reconnaissent le savoir-faire des auteurs français.
Mang'Arte : La connaissance du public français est-elle suffisamment mature pour pouvoir cataloguer les différents genres de manga avec autant de précision qu’au Japon ?
C’est encore trop tôt. Les lecteurs vont chercher ce qui leur convient. Des mangas plus adultes comme Tanigushi ne seront lus que par une certaine catégorie de personnes qui sera hermétique à des mangas ados (Dragon Ball, Bleach, One Piece…) et inversement. Ce qui est sûr c’est que les premiers lecteurs de 199, eux font bien la différence.
Mang'Arte : Quel est le manga que vous conseilleriez à un néophyte ?
Cela dépend de quel néophyte. Pour un jeune adolescent je lui conseillerais pour commencer Dragon Ball, One piece.Pour un jeune adulte je lui conseillerai Akira, Gummn, Tezuka... Pour un adulte ce sera Say Hello To black Jack ou L'école emportée (chef-d'œuvre de l'Horreur) ou encore Quartier lointain de Tanigushi. Il verra ainsi que le manga ne se résume pas à la "baston " ou autres "perversions sexuelles".
Mang'Arte : Le manga est un milieu de lecteurs passionnés, pour certains même complètement « habités » par leurs œuvres. Comment expliquez-vous que ce phénomène bien connu au Japon, puisse exister aussi dans des pays comme la France où les références culturelles sont très différentes ?Nous sommes en face d'une génération élevé au manga et la TV. Tout est passé par là. C'est la télévision qui nous donne nos références culturelles. Depuis Goldorak, nous avons de nombreuses séries d'animations. Le transfert s'est fait naturellement vers le livre, les jeux vidéos, les produits dérivés. Il y a un vrai phénomène d'Otaku qui vient du Japon. On peut voir par ailleurs que l'Asie a le vent en poupe, au cinéma, en littérature. En France nous avons assimilé cette culture comme personne d'autres en Occident.
Il faut voir le nombre de restaurants japonais qui se sont ouverts depuis 5 ans. Ce n'est pas un hasard, on épouse cette culture jusque dans sa gastronomie. Nous avons publié récemment une méthode de langue "Le Japonais en Manga" c'est un succès immédiat.
Les films de Myiazaki sont symptomatiques de cette effervescence. Porco Rosso fut un bide retentissant à sa sortie. Douze ans après Myiazaki est consacré en France dans Télérama, Libération et dépassent les 1 500 000 d'entrées.
Mang'Arte : Comment percevez-vous l’évolution du marché du manga en France ?Je le vois encore croître pour des raisons mécaniques de distribution. La grande distribution s'y intéresse de plus en plus, ce qui va faire découvrir à de nouveaux lecteurs de nouvelles séries. Les libraires spécialisés ne perdront pas pour autant leurs clients qui préfèreront toujours acheter leurs livres, DVDs, produits d'importations chez le spécialiste. Le risque est que nous ayons aussi un phénomène de surproduction avec des titres de qualité moyenne à plus ou moins long terme. Il faut rester vigilant…
Propos recueillis par Nathalie van den Broeck et Emmanuel Raillard, avril 2005






Envoyer à un ami
Entretien avec Laurent Müller des
RSS
Facebook
Twitter