
Catherine Mavrikakis
Le Ciel de Bay City
Sabine Wespieser Editeur, 294 pages
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Amy est née le 4 juillet 1961 d’une mère mal aimante et d’un père disparu. Elle grandit à Bay City, Michigan, bourgade apathique abattue sous un ciel mauve, noir et opaque. A Bay City, entre le centre commercial et les usines rutilantes, les chiens se pendent à leurs laisses et les filles baissent leur culotte en sortant de l’église. Prisonnière d’une famille immigrée qui a fait de l’amnésie un facteur d’intégration, Amy fait des cauchemars à la faveur d’une judaïté refoulée où lui apparaissent ses aïeux calcinés par l’histoire.
«Je suis une fille des usines de Flint, une fille de la fumée toxique de la modernité américaine. Je ne vis les choses que par procuration. Les âmes des Juifs morts se mêlent dans mon esprit à celles des Indiens d'Amérique, exterminés ici et là, sur cette terre. » À Bay City, Amy est une adolescente maussade et amère qui s’occupe en scrutant le manque d’horizon et en combattant ses crises d’asthmes provoqués par un air vicié.
Devenue pilote de ligne pour dépasser la culpabilité, Amy entreprend de raconter son histoire pour sauver celle de sa fille, Heaven, et pour parer au fléau du traumatisme transgénérationnel qui bouleverse sa vie et la marche du monde.
Le Ciel de Bay City est un roman puissant, un roman qui combat. À la fois en lutte contre le déterminisme socio-familial et historique et contre les facilités d’un langage qui finit par ne plus rien dire.
Catherine Mavrikakis dérange, bouscule, révèle : ce qu’on ose à peine imaginer, sa narratrice le scande.
Ses phrases sont obsédantes et abruptes. Dans un melting-pot référentiel parfaitement assumé, elle(s) foule(nt) le magma des vivants et des morts – en un mot, le chaos de l’histoire.