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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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ACTUALITE DVD - 10/11/05

Le Fleuve sauvage (DVD)

Elia Kazan: pour ce cinéaste résolument moderne, la confrontation du Sud et de ses rites ancestraux au Nord progressiste et positiviste invite à une remarquable inspiration plastique

d’Elia Kazan
(USA, 1960, 1H47)
Avec Montgomery Clift, Lee Remick, Jo van Fleet…

Un DVD Carlotta

Synopsis : 1933, aux Etats-Unis. La politique du New Deal entraîne la construction de nombreux barrages, notamment dans la région du Tennessee, en vue d’éradiquer des crues dramatiques et de fournir de l’électricité et du travail à une population rurale très appauvrie. Un ingénieur, Chuck Glover (Montgomery Clift), est envoyé sur les lieux afin de superviser une partie des travaux et surtout de convaincre Ella Garth (Jo van Fleet), une propriétaire âgée, de céder ses terres condamnées à êtres submergées, mais où elle a toujours vécu et qu’elle n’est pas décidée à quitter…

Critique : La découverte du Sud des Etats-Unis par Elia Kazan, dans sa jeunesse, et la stupéfaction qui en a résulté, ne sauraient expliquer combien la figure d’un pays rural et souvent appauvri a nourri, chez ce cinéaste révélé par une certaine nervosité urbaine (avec « Sur les quais » ou « Panique dans la rue ») non seulement « Le Fleuve sauvage », mais également « Baby Doll », « La Fièvre dans le sang » et bien sûr « A l’Est d’Eden », des œuvres décisives réalisées à peu près à la même époque. On pourrait tout aussi bien invoquer son enfance pauvre, largement détaillée dans « America, America », de façon tout aussi réductrice.
Pour ce cinéaste résolument moderne, la confrontation du Sud et de ses rites ancestraux au Nord progressiste et positiviste invite à une remarquable inspiration plastique. Dénuée de toute condescendance, sa fascination pour la culture américaine relaie une précision quasi documentaire dans la peinture du Tennessee. Kazan louvoie vers un mélodrame où la grande histoire (la mutation d’un pays) est synthétisée par la petite, sous la relation de trois personnages : une octogénaire sudiste et sa fille, jeune veuve qui va s’éprendre d’un ingénieur nordiste et cartésien. Une relation conclue par un plan de fin magnifique, celui d’une fermeture à l’iris, un procédé archaïque rapetissant néanmoins le gigantisme du barrage moderne. Plus proche de la sécheresse lyrique des tableaux de Rockwell que du dépouillement d’un Edward Hopper, Kazan fuit intelligemment le réalisme pour invoquer les figures du conte : un son de trompette funéraire, une île, une maison déserte hantée par le souvenir, un couple qui se rencontre dans un cimetière...
Entre le passé obsessif et le futur appuyé, le cinéaste intègre une histoire d’amour placée d’emblée contre la société sudiste, mais qui adopte un rythme nourri d’une langueur propre à cette culture. En étirant plusieurs scènes, pour avoir ensuite recours à l’ellipse, Kazan invite son récit à dévier d’une route trop établie et souligne que le drame n’est pas forcément où on l’attend (les passages à tabac successifs de Montgomery Clift ne se concluent pas de manière tragique, tout en préservant une dimension incontestablement dramatique et dénonciatrice). Il s’amuse aussi en attifant sa futur épouse Barbara Loden comme une vilaine secrétaire… pour la faire ressembler à Barbara Bel Geddes ! On a souvent dit du « Fleuve sauvage » qu’il était à part, non seulement dans la filmographie de Kazan (on a rappelé précédemment combien c’était faux), mais également au sein de la production hollywoodienne, ce qui est encore une fois erroné, ne serait-ce qu’en le rapprochant du mythique « Stars in my Crown » de Jacques Tourneur ou de « Propriété interdite » de Sidney Pollack, d’autres pastorale essentielles du cinéma américain.


  • Les Bonus : Une fois n’est pas coutume chez Carlotta, les bonus ne sont pas à la hauteur d’un film de ce rang. La journaliste Florence Colombani, pourtant auteur d’un essai sur Kazan, paraphrase le discours du cinéaste au lieu de l’expliquer, au cours d’une analyse (« Le Lyrisme du Fleuve sauvage ») qui tend un peu lourdement au schématisme de l’exposé universitaire. Elle rappelle néanmoins la façon dont Kazan jouait habilement sur l’homosexualité de Montgomery Clift pour incarner la réticence de celui-ci face à l’ardeur manifestée par le personnage de Lee Remick. Une deuxième présentation du film en bonus, intitulée « Le Tennessee de Kazan », invoque plus honnêtement sa nature didactique, séquence de diapositives à l’appui, grâce à la succession des clichés en N&B du Sud des Etats-Unis. Là encore, si sa présence peut paraître justifiée sur le DVD, tout était déjà présent (en substances, certes) dans le film de Kazan.

Julien Welter

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Le Fleuve sauvage (DVD)
d’Elia Kazan
(USA, 1960, 1H47)
Avec Montgomery Clift, Lee Remick, Jo van Fleet…
Un DVD Carlotta

Edité le : 10-11-05
Dernière mise à jour le : 10-11-05