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18/01/05

Le Grimm russe : Alexandre Nicolaievitch Afanassiev

Le Russe Alexandre Nicolaievitch Afanassiev, grand admirateur frères Grimm, collectionna les contes en Russie. Contrairement aux frères Grimm Afanassiev n’était pas à la recherche de la seule identité nationale. Il s’intéressait également aux contes issus de cultures différentes et du lien qui les reliait les uns aux autres.

Ce n’est pas un hasard si ARTE nous emmène pour Noël au pays des monts et merveilles. Cette année le conte a la cote. Peut-être parce qu’au Salon du livre de Francfort, le monde arabe était invité d’honneur, peut-être sous l’influence de la nouvelle traduction allemande des Mille et une nuits…

Les contes nous revisitent périodiquement ; comment pourrait-il en être autrement, ils sont vieux comme le monde, comme la tradition orale qui les transportait de bouche en bouche en les déformant un peu selon les capacités du conteur à s’exprimer, celles de l’auditeur à les comprendre puis à les restituer. Des milliers d’émotions, d’expériences, d’idées et de mythes se sont ainsi tissés pour donner naissance à un conte. Mais son cheminement ne s’arrêtait pas là car il continuait d’être conté de l’un à l’autre : l’homme était à la fois son support et son message. Ce processus évolutif n’a cessé que lorsque le support a changé, que les histoires ont été fixées sur papier. Ce sont alors devenus des instantanés reproduisant tout ce que les hommes s’étaient dit au cours des millénaires, parfois sous forme cryptée. Des instantanés qui en disent long aussi sur ceux qui les ont écrits et en ont fait de la littérature.

Ce n’était certes pas non plus un hasard si les romantiques se sont au début du 19e siècle tournés avec tant d’intérêt vers l’univers des contes : ils étaient en quête d’identité (dirait-on aujourd’hui), d’origines, de sources. Comme les frères Grimm qui cherchaient des conteurs, et même si possible des dialectophones pour leur restituer les contes dans leur forme la plus originelle possible. Ils les transcrivaient et tentaient naturellement de les déchiffrer, de décrypter des codes séculaires, d’en expliquer les métaphores. Et comme ils étaient des explorateurs de l’identité (les frères Grimm étant le support et leur version le message), les textes des contes témoignaient des origines des peuples, voire d’un seul peuple peut-être, du peuple allemand, d’une nation en devenir. C’est ce qui a fait au 19e siècle la célébrité des contes de Grimm.

Le Russe Alexandre Nicolaievitch Afanassiev (1826 - 1871) était un grand admirateur des frères Grimm et des romantiques allemands. Ecrivain érudit et éclectique, il était modeste employé des Archives moscovites du ministère des affaires étrangères jusqu’à ce que ses démêlés avec la censure lui fissent perdre son emploi ; en butte à la misère, il mourut phtisique en 1871, poussé par le pouvoir aux marges de la société mais tenu en haute estime par ses confrères russes et étrangers.

Le plus grand mérite d’Alexandre Afanassiev est d’avoir publié entre 1855 et 1863 les « Contes populaires russes » qui eurent en Russie, surtout comme livres pour enfants, un succès aussi retentissant qu’en Allemagne les Contes de Grimm.

La démarche d’Afanassiev était toutefois fort différente même si, comme les frères Grimm, il cherchait à déceler dans les contes ce que les mythes y avaient laissé, ce que la littérature et la culture y avaient apporté. Il eut la chance de pouvoir recourir aux transcriptions archivées depuis 1840 par la Société russe de géographie. Il rassemblera, plus qu’il ne rédigera, 450 contes. Il s’appliquera surtout à les purger des éléments de la langue écrite parce que son propos était d’en restituer l’oralité originelle sous la forme la plus authentique possible. A l’instar des frères Grimm, il voulait retourner aux sources.

Seulement sa quête des sources ne devait pas se limiter aux frontières d’une identité nationale. Il ne cherchait pas à savoir ce qui distinguait, séparait les contes populaires mais ce qui leur est commun, ce qui les reliait les uns aux autres. Il était persuadé qu’il y avait de nombreuses similitudes entre les contes des peuples indo-germains ; que les contes issus de cultures différentes avaient en commun les mêmes mythes ancestraux et que ces mythes restaient vivants parce qu’ils étaient le propre de l’homme, indépendamment des facteurs religieux, culturels et littéraires qui avaient accompagné l’évolution des peuples.

Pour en revenir à notre propos initial : si les « contes » ont aujourd’hui la cote, c’est peut-être parce que nous aussi sommes en quête de mythes, de fondements communs ; de quelque chose comme une identité commune qui abolirait les frontières.

C’est la raison pour laquelle il était essentiel de rappeler Alexandre Afanassiev à notre mémoire. Ses contes populaires russes n’ont rien perdu de leur intérêt et ils sont écrits dans la langue de l’oralité. Pour ma part, je pense qu’il faut les lire à haute voix. Les longues soirées d’hiver ne s’y prêtent-elles pas à merveille ?

Critique littéraire de Peter Wien

En France sont édités:

  • Nouveaux contes populaires russes
A-N Afanassiev, Éd. Maisonneuve & Larose, 2003.
ISBN : 2706816910

  • Les oies sauvages
Afanassiev, Éd. Bilboquet,2004.
Les oies de Baba Yaga, la sorcière à la jambe de bois...
ISBN : 2841812103

  • Contes russes d'Afanassiev
L'oiseau de feu
Ecole Des Loisirs
ISBN 2211013872


  • Contes du dragon
Afanassiev, Ed. Livre de Poche, 1995.
ASIN : 2012094376


En Allemagne :



Les contes populaires russes réunis
par Alexandre N. Afanassiev
Dans une publication bilingue allemand-russe









A. N. Afanasjew
"Russische Volksmärchen"
Editions dtv (Allemagne)

Edité le : 21-12-04
Dernière mise à jour le : 18-01-05