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Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

Actualité DVD

14/01/05

Le Journal de Bolivie (DVD)



Documentaire de Richard Dindo
Textes lus par Jean-Louis Trintignant, Christine Boisson
(France/Suisse, 1994, 1h42)
FIPA d’or 1995

Un DVD ARTE VIDEO
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  • Le film


Synopsis : Prenant pour point de départ la mort de « Che » Guevara et pour fil conducteur les notes de son Journal de Bolivie, ce documentaire revient 27 ans après sur les lieux de ce qui fut le dernier combat du comandante. En 1966, le « Che » vient de quitter mystérieusement Cuba. Il a en fait pris la direction de La Paz afin d’essaimer la révolution à l’échelle de l’Amérique du Sud depuis la Bolivie. Grandeur du projet, faiblesse de moyens. Suivront onze mois marqués par des combats larvés opposant une troupe réduite de guérilleros à l’armée bolivienne appuyée par la CIA, et des insuccès répétés à gagner les paysans à la révolution. Les mots du « Che » et la voix de Jean-Louis Trintignant guident ce parcours dont l’issue verra le comandante mourir et son mythe naître. Les entretiens recueillis au fil du parcours et le parti pris de la réalisation replacent cette figure sur le terrain de la mémoire vivante.

Critique : A la fin de l’entretien qui accompagne le film, le réalisateur suisse Richard Dindo se définit lui-même comme un cinéaste intéressé par « la politisation de la mémoire ». Empreinte de la jeunesse oblige, son chemin de Compostelle de la pensée soixanthuitarde le conduit en 1994 à l’inévitable étape Guevara, quatre ans après avoir consacré un film à Arthur Rimbaud.
Les écrits du « Che » semblent décidément être un aiguillon privilégié pour aborder sa vie. Quand Walter Salles se base sur les impressions du jeune Guevara pour construire le plus récent « Carnets de voyage », Dindo s’intéresse, lui, aux notes du Journal de Bolivie. L’un recherche ce qui a bien pu animer le « Che », le second pourquoi sa trajectoire mérite toujours de stimuler la pensée contestataire. Dindo applique un traitement minimaliste à une figure de légende, là où d’autres alignent ficelles techniques et narratives pour donner une aura à de sujets qui le méritent plus ou moins. Derrière la sobriété de la réalisation, un récit imparable, derrière le vide apparent, la présence en creux du plus célèbre des guérilleros.

Mené par la voix de Jean-Louis Trintignant et par les mouvements d’une caméra subjective, le spectateur se fond dans les pas du « Che » en Bolivie. Le cadre de son combat, des kilomètres de forêt anonyme, s’offre dans toute sa banalité. Les témoignages des paysans, les mêmes vers lesquels les guérilleros étaient allés, ont une saveur amère. Le ralliement de ceux qui devaient être le fer de lance d’une généralisation de la révolution en Amérique du sud s’est avéré impossible. Trente ans après, ils vivent toujours dans le dénuement dont voulait les tirer le visionnaire argentin.
Cette histoire est bien celle d’un échec. Marquée par l’écriture hitchcockienne, la réalisation de Dindo suggère que cet itinéraire ne prend justement de sens qu’en raison de sa fatalité. Le film s’ouvre ainsi sur le cadavre du « Che » exposé lors de la conférence de presse qui suivit son exécution. Le choix du réalisateur est évident : plutôt la matérialité d’un corps que l’icône devenue un objet marketing. La fin recoupe le début. La caméra de Dindo suit alors la chute d’un corps invisible sur le sol d’une classe de cours bolivienne. Celui de Ernesto « Che » Guevara exécuté le 9 octobre 1967 au village de la Higuera. L’institutrice de l’école, dernière personne à s’être entretenu avec le comandante, se rappelle de son absolue détermination. Un témoignage poignant et pudique propre à conférer à cet homme qui sacrifia sa vie à la révolution pour des motifs intellectuels une postérité qui ne doit rien au mythe. Dindo réalimente le potentiel subversif de la mémoire en s’appuyant sur un propos démonstratif mais dont la seule rhétorique est celle de la réalité.

Alexandre Duval


  • En savoir plus :
The Death of Che Guevara: Declassified by Peter Kornbluh
Sélections de documents déclassés provenant de la CIA, du département d’Etat américain et du Pentagone. L’occasion de saisir quel danger représentait l’action menée par « Che » Guevara en Bolivie pour l’ensemble de ces services (en anglais).

  • Les Bonus :
Interview avec Richard Dindo
A un documentaire épuré s’ajoute un bonus frustre. Celui-ci consiste en une interview de Richard Dindo de 10 minutes filmée en plan fixe. Son intérêt est de présenter le regard du réalisateur sur un film qui entend, lui, se fondre dans la vision du « Che ». Dindo y explique pourquoi l’idée de ce film lui tenait à cœur depuis longtemps. Il aborde la manière dont il voulait rendre compte de cet homme que fut le « Che » et revient sur les rencontres qu’il a fait sur place en suivant sa méthode de travail. Prenant acte que son film n’a jamais été diffusé à Cuba, le documentariste donne son point de vue sur le rapport Castro/Guevara. Glissant de Cuba au témoignage direct des paysans boliviens, il suggère un passage du mythe à la mémoire et affirme une fois encore les enjeux de son cinéma.

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Le Journal de Bolivie (DVD)
Documentaire de Richard Dindo
Textes lus par Jean-Louis Trintignant, Christine Boisson
(France/Suisse, 1994, 1h42)
FIPA d’or 1995
Un DVD ARTE VIDEO
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Edité le : 14-01-05
Dernière mise à jour le : 14-01-05