16/05/03
Note d'intention
Note d’intention
Le lieu :
Le désir de raconter cette histoire part d’un lieu dans Paris, un lieu qui n’est ni l’Afrique, ni vraiment la France. Un petit endroit du monde très particulier, où se croisent beaucoup d’histoires et où le désir de vivre, malgré des situations douloureuses, est peut-être deux fois plus fort qu’ailleurs.
L’histoire de Bintou :
Tout en l’inscrivant dans un contexte réaliste, je veux raconter cette journée unique de Bintou qui part à l’aventure de ses premiers sentiments amoureux. Des regards qui se croisent, le torse nu de Moussa aperçu, et son corps explose comme un printemps, passant de celle qui observe, celle qui suit, à celle qui résiste et affronte sa mère pour échapper à son étreinte, Bintou chemine vers la jeune fille qu’elle est en train de devenir.
Espoir et utopie :
Guidée par l’histoire d’amour naissante entre Bintou et Moussa, j’aimerais que le film éveille la part d’espoir et d’utopie qui sommeille au plus profond de nous-même. Malgré les réalités difficiles que Moussa, Suzanne, Bintou et les autres traversent, je veux filmer la vie qui circule en eux même comme une force qui libère, une force grâce à laquelle ils reprennent le dessus.
La mise en scène :
La mise en scène sera construite en trois temps.
D’abord le temps de Bintou dans la communauté. Immergée à l’intérieur de la réalité collective, Bintou découvre le monde. Le filmage sera dans l’euphorie de son regard : une caméra ouverte sur le monde, toujours à l’affût d’un visage, d’un sourire ou d’un geste. Et tout autour de ces visages, de ces corps en activité ( dans la cuisine, dans la cour, les étages, les chambres…..), le hors champ sonore exprimera précisément la circulation du travail et de la vie quotidienne.
Ensuite, le temps de l’intimité. Partager l’intimité de Bintou, tout en restant dans la pudeur de son regard qui découvre et se découvre. Filmer les moments de trouble et d’hésitations avec Moussa, les moments ou tout bascule, lorsque le corps est submergé par les sentiments. La caméra se stabilise, les plans s’épurent, le regard s’organise pour retenir les personnages dans le cadre. Ils se déplacent à l’intérieur des cadres, se buttent contre le cadre qui les retient. Tout est plus lent, plus tenu, plus charnel.
Le son se concentre sur ce qui est dans le cadre, le hors champs s’estompe… C’est un son intime qui cherche les voix, la respiration, le son des corps, des peaux, des vêtements. Un son qui exprime au plus près les sens en éveil de cette petite femme en pleine métamorphose.
Enfin un temps intermédiaire où les temps précédents se superposent. Dans l’agitation de la foule et d’un contrôle d’identité, tout bascule. Moussa est arrêté, fouillé. Suzanne s’affole et entraîne Bintou. Tout va trop vite. Mais dans sa fuite, Bintou a le temps de voir les militaires, les mitraillettes, le sourire poli du CRS, l’affolement retenu de Moussa… en un instant la joie de la journée s’éteint.
De la communauté à l’intimité découle deux rythmiques propres au film.
Comme le léopard qui part à la chasse, le léopard ne se déplace pas sans ses taches passe de l’énergie d’une course implacable, à l’arrêt, l’œil et l’oreille suspendus aux moindres mouvement de son propre battement de cœur.
J’aimerais que le film soit comme une respiration continue, une course effrénée vers la vie, contre la fatalité et le désespoir.
Un film d’espoir.
- Héléna Klotz -
Edité le : 28-04-04
Dernière mise à jour le : 16-05-03