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Venise 2005 - Semaine de la Critique - 08/09/05

Le Passager

Un film d’Eric Caravaca


Le premier film, modeste et juste, du comédien Eric Caravaca, bordé d’une belle teinte hivernale.

(France, 2005, 1h21)
Avec Julie Depardieu, Eric Caravaca, Vincent Rottiers, Nathalie Richard…

Synopsis : Thomas (Eric Caravaca) apprend la mort de son frère aîné Richard, qui demeurait sa seule famille. Il doit s’occuper des procédures légales et funéraires, qui l’amènent à retourner dans sa ville natale. Là, il décide de loger à l’hôtel, car une photo l’incite judicieusement à penser que l’établissement possède un lien avec son frère. Il y rencontre la tenancière, Jeanne (Julie Depardieu), l’ancienne petite amie de Richard, et le jeune Lucas (Vincent Rottiers), qui l’aimait beaucoup. Thomas ne leur révèle pas son identité, mais s’installe dans leur vie et collecte des informations auprès d’eux…


L'interview avec Eric Caravaca (Real Video)
L'interview avec Julie Depardieu (Real Video)
Interviews réalisées par Olivier Bombarda

Critique : Pour sa première réalisation, le comédien Eric Caravaca se plonge dans un récit qui possède des résonances avec « Son frère », le beau film exutoire de Patrice Chéreau, où il interprétait également le rôle du cadet. Il approfondit ce personnage, en lui donnant la dimension sombre et pathétique d’un homme jamais remis d’un traumatisme adolescent, qui le confine dans la rancœur pour l’empêcher de voler de ses propres ailes. Un peu voûté, le verbe rare et pas toujours adroit, il incarne avec concordance cet homme empêché, qui sait bien que même la disparition de son aîné (ou la tentative de lui voler sa vie en s’appropriant un temps son univers) ne le délivrera pas de son amertume.

A ce climat hivernal et figé, Caravaca adjoint la vue d’une station balnéaire hors-saison, où l’ennui provincial se combine à une architecture démantelée, entre piscine vide et zone portuaire, pour tutoyer quelque peu la poésie industrielle des films français des années 1980. Cette esthétique rejoint les souvenirs d’adolescence de Thomas, comme une image qui demeure, ne se décide pas à passer et que l’on retrouvera toujours intacte et blême, chaque fois qu’on sera contraint d’y revenir… Une ambiance maussade et mélancolique plutôt bien rendue. Elle personnifie une mise en scène modeste, qui fait la part belle à une galerie de personnages eux aussi figés dans l’attente, les souvenirs ou l’inhibition. Dans une lettre, le taciturne Richard justifie son attitude difficile par « absence complète de talent pour la vie », allant jusqu’à lui donner le sentiment qu’en conséquence… Thomas et lui n’ont jamais été aussi frères. Une dureté et un laconisme fort à-propos qui justifient, en conclusion, le style économe du film.

Julien Welter

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Le Passager
D’Eric Caravaca
(France, 2005, 1h21)
Avec Julie Depardieu, Eric Caravaca, Vincent Rottiers, Nathalie Richard…

Edité le : 07-09-05
Dernière mise à jour le : 08-09-05