(Portugal/ France 2002, 132')de Manoel de Oliveira.
d'après le roman « Jóia de Familia » d'Agustina Bessa-Luis.
Avec: Leonor Baldaque, Lenor Silveira, Isabel Ruth, Ricardo Trepa, Ivo Canelas...
Un DVD Gemini Films
Synopsis: ANTÓNIO CLARA (Ivo Canelas), héritier d'une grande fortune atteint de sclérose, et JOSÉ (Ricardo Trepa) sont inséparables depuis leur enfance. C'est que CELSA (Isabel Ruth), la mère de José, était servante chez les Clara. Elle a élevé et couvé les deux garçons comme des fils quand ils étaient petits. Elle croit donc de son devoir de confier António aux tendres soins d'une épouse de son rang, pure et sincère de surcroît. Elle pense avoir trouvé la perle rare en la personne de Camila (Leonor Baldaque), jeune fille au visage d'ange qui, contrairement à sa sœur, a toujours tourné le dos au mariage. Mais la mère de Camila serait trop heureuse de sortir de cette pénible déchéance sociale dans laquelle son mari l'a plongée en perdant au jeu. Celsa réussit à convaincre les tuteurs d'António, DANIEL et TORCATO ROPER, deux frères très liés à la famille Clara, de jouer les entremetteurs. Elle ne se doute pas qu'elle est en train de faire le malheur de son fils José, qui aime Camila depuis l'enfance. Ignorant la tardive déclaration de José, Camila accepte le mariage de convenance avec António, bien décidée à se plier au rôle social qui lui est imparti sans donner son amour ni à l'un ni à l'autre. José et VANESSA (Lenor Silveira), femme pas très nette qui est à la fois la maîtresse et l'associée de José, ne cessent de remuer le couteau dans la plaie du malheureux couple. António, de plus en plus cruel envers sa femme à force d'être rejeté, devient l'amant de Vanessa. Aux humiliations qu'on lui fait subir, Camila oppose une indifférence stoïque digne de Jeanne d'Arc qu'elle vénère. Mais le sinistre ménage à quatre n'a pas fini de faire des dégâts…
Critique: Manoel de Oliveira, qui va sur ses 94 ans, est le cinéaste le plus âgé actuellement 'en service', et le seul survivant parmi les grands maîtres ayant grandi à l'ère du cinéma muet. Il a tourné ces neuf dernières années non moins de 7 films, tous fascinants par un alliage réussi entre la densité de l'homme sage et le goût de l'expérimentation. Tous sauf un ont été en compétition à Cannes. « A CARTA » (La Lettre) a même été récompensé par le Grand Prix du Jury en 1999. Après son passage à Cannes l'an dernier pour présenter « Je rentre à la maison » où Michel Piccoli incarnait un acteur parisien au soir de la vie, Manoel de Oliveira est retourné à Porto dont il est originaire afin d'adapter pour la huitième fois dans sa carrière un roman d'Agustina Bessa-Luis, son auteur favori. « Le Principe de l'Incertitude » est un film énigmatique, exalté et étrangement anachronique, où personnages et costumes évoquent l'époque de Balzac avec ses conventions sociales et ses rivalités plutôt que le Portugal d'aujourd'hui dans lequel pourtant il se déroule. Oliveira campe deux femmes peu communes sortant du cadre de la grande bourgeoisie dont elles sont issues. Se situant aux antipodes l'une de l'autre par leurs modes de vie et leurs valeurs, elles se livrent pendant plus de deux heures des joutes oratoires à la fois subtiles et lucides qui font ressortir plus encore l'hypocrisie et la médiocrité du milieu dans lequel elles évoluent. Les tableaux quasi statiques et très précis dans lesquels Oliveira campe ses personnages trahissent la légèreté désabusée d'un grand réalisateur dont les idées sur la condition humaine sont parmi les plus belles et les plus édifiantes que le cinéma européen ait actuellement à offrir à son public.
Martin Rosefeldt
- Les Bonus: Deux témoignages forment l’ossature de la partie bonus. Le premier est celui de la comédienne Leonor Baldaque, dont les propos sont recueillis par le critique Philippe Azoury. Si le discours de cette jeune actrice est déjà bien rôdé, il se permet aussi d’être personnel, pour poser un regard décomplexé sur le maître Oliveira qui, elle le rappelle, est un insatiable « cinéaste d’actrices ». Philippe Azoury est également sollicité afin de livrer une interprétation du « Principe de l’incertitude », un film qui a incontestablement le goût du secret. Il rappelle pertinemment que, loin du besoin d’affirmation des jeunes réalisateurs, Oliveira peut s’offrir le luxe de la complexité, pour jouer avec le concept même de l’incertitude. Ici particulièrement, la langue est aussi délicate que pernicieuse, et il faut se rappeler que les films les plus dialectiques d’Oliveira sont souvent les plus abstraits, ceux où le bout à bout de chaque réplique prend la forme d'une collection de poupées russes. Azoury cite à plusieurs reprises cette considération de Godard, dans la mesure où l’on peut parfaitement l’appliquer aux films du cinéaste portugais : « Ce que j’aime au cinéma, c’est une saturation de signes magnifiques qui baignent dans la lumière de leur absence d’explication ». Cette déclaration a le mérite d’aller plus loin que l’association de l’art à la manipulation et de l’explication au manichéisme, grâce auxquelles on présente habituellement (et bien sommairement) le cinéma d’Oliveira.
Julien Welter
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Le Principe de l’incertitude (DVD)
(Portugal/ France 2002, 132')
de Manoel de Oliveira.
d'après le roman « Jóia de Familia » d'Agustina Bessa-Luis.
Avec: Leonor Baldaque, Lenor Silveira, Isabel Ruth, Ricardo Trepa, Ivo Canelas...
Un DVD Gemini Films






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Manoel de Oliveira: un grand réalisateur dont les idées sur la condition humaine sont parmi les plus belles et les plus édifiantes que le cinéma européen ait actuellement à offrir à son public...
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