
Synopsis : Lorna jeune femme albanaise vivant à Liège a contracté un mariage blanc avec Claudy pour obtenir la nationalité belge via Fabio, un mafieux qui organise de faux mariages. Le but de ce dernier est d’éliminer Claudy pour libérer Lorna afin qu’elle puisse épouser un autre homme prèt à payer une somme importante pour obtenir la nationalité belge à son tour.
ARTE Culture! : entretien avec Luc et Jean-Pierre Dardenne
Le trailer du film(Windows Media Vidéo)
Critique : Palme d’or avec „Rosetta“ en 1999 et en 2005 avec „L’enfant“, Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de retour à Cannes avec leur nouveau film « le Silence de Lorna ». Au centre de leur dispositif, l’actrice albanaise Arta Dobroshi, véritable découverte présente dans chaque plan du film qui endosse le rôle de Lorna, jeune femme diaphane, forte et douce, silencieuse et terriblement engluée dans les marasmes de sa clandestinité. Pour obtenir la nationalité belge, un malfrat du nom de Fabio a organisé son mariage blanc avec Claudy (incarné par Jérémie Renier, amaigri, saisissant de déperdition). Claudy est un camé qui tente désespérément de se désintoxiquer tandis que Lorna supporte tant bien que mal ses crises, ses jérémiades dans ce petit appartement HLM étouffant de Liège où ils font chambre-à-part. Toujours à deux doigts de replonger dans la drogue, le jeune homme s’accroche à Lorna comme un naufragé à sa bouée et lorsque le manque de substance est trop pressant, c’est elle qui subit les coups.
Néanmoins en soutenant Claudy dans son combat, à l’image d’un syndrome de Stockholm singulier, Lorna s’éprend de lui et tente dès lors de repousser son meurtre prémédité par Fabio. Rien de très nouveau dans l’univers très réaliste et sombre des frères Dardenne qui, avec ce film, prêtent le flanc à tous leurs détracteurs : le spectateur n’a pas d’échappatoire, l’implacabilité du discours, la durée des plans suscitent toujours l’effort. Il n’en demeure pas moins qu’au fil des séquences éclot cette exceptionnelle compassion des Dardenne pour leurs personnages, en tout premier lieu pour Lorna, capable de sacrifices silencieux et d’abandon jusqu’au bout d’elle même. Et si pour les Dardenne le personnage de Lorna est l’enjeu prioritaire d’une démonstration sociale très symbolique, celle qui décrit la difficulté du migrant et son combat pour exister, elle est aussi le portrait d’une petite fille égarée comme échappée d’un conte. De fait, à force de ravaler ses mots au timbre si particulier, la sylphide s’invente elle-même une issue à son histoire, empruntant le chemin d’une folie douce, les mains collées sur ses oreilles, comme pour se protéger définitivement des bruits vénéneux du monde.
Olivier Bombarda
Synopsis : Afin d'obtenir la nationalité belge, Lorna, une Albanaise, accepte un mariage blanc avec un Junkie, le tout orchestré par un pourvoyeur, un chauffeur de taxi du nom de Fabio. Ce dernier à l'intention de se débarasser du junkie par overdose, pour que Lorna puisse ensuite épouser un gangster russe et faire ainsi autant d'argent que possible. Lorna veut ensuite ouvrir un snack-bar avec Solko, son ami albanais. Mais Fabio avait sous-estimé la conscience morale de Lorna...Critique: Les frères Dardenne ont plusieurs fois déjà mis en évidence les vices et les travers humains et analysé précisément la place de la morale chez l'homme. Dans „L'enfant“ (2005), ils observent méticuleusement le parcours d'un jeune criminel. Celui-ci n'hésite pas à vendre le nouveau-né de son amie pour rembourser des dettes.
Dans „Le silence de Lorna“ aussi, tout se résume à une question de calculs et d'intérêts personnels. En quittant l'Albanie et sa misère, Lorna espère pouvoir construire une vie meilleure et réaliser son rêve d'ouvrir un snack-bar. Est-elle prête pour autant à marcher sur un cadavre, en l'occurence celui de son mari? Un junkie n'est-il plus un homme, n'est-il plus qu'un être végétatif, déshumanisé et dépendant et qui aurait perdu le droit de vivre? Fabio, qui a tout orchestré, ainsi que Solko, l'ami albanais, représentent le côté noir de l'homme, affairistes et sans scrupules. Ils ont investi plusieurs milliers d'euros dans ce complot et espèrent bien un retour sur investissement. Lorna n'est que le moyen pour parvenir à leur crapuleuse fin. „Tout ce qui t'intéressait, c'était ce que tu avais à gagner, ce n'était pas moi.“ dit Lorna à Solko quand l'affaire finit par échouer à cause d'elle et qu'ils perdent le snack-bar qu'ils venaient de prendre en gérance.Dans le rôle de Lorna, Arta Dobroshi, qui est originaire du Kosovo, est plus que convaincante. Elle se transcende dans ce rôle d'immigrée qui s'accroche à sa nouvelle vie et à son travail, qui garde consciencieusement dans sa poche l'enveloppe contenant l'aide sociale de son mari, qui, à la maison, recherche un peu de calme mais est tout le temps sollicitée par son époux qui s'accroche à elle comme un enfant. Suite à une cure de désintoxication réussie, elle noue un véritable contact avec lui: elle s'inflige des blessures pour obtenir un divorce rapide et éviter ainsi que Fabio mette son plan à exécution. Son silence, sa façon d'agir sans parler portent littéralement l'histoire et lui donnent sa cohérence.
Les frères Dardenne sont les véritables choucous de Cannes et furent déjà récompensés pour „Rosetta“, „Le Fils“ et „L’Enfant“. On ne s'en étonnera pas tant le regard qu'ils portent sur l'Europe paraît pénétrant et pertinent: une Europe en pleine mutation, touchée par le mal être et la décadence, comme dans „Rosetta“, ou par le vice et la bassesse, comme dans „Le silence de Lorna“. Ce qui est caractéristique pour chacune de leurs oeuvres, c'est la linéarité de l'action qui efface certaines étapes du récit, car après tout ce qui importe ce ne sont pas les incidents en eux-mêmes, mais la manière avec laquelle les personnages réagissent et s'adaptent aux nouvelles situations. Cela peut agacer le spectateur, mais c'est bien un choix délibéré des deux metteurs en scène. Ainsi, dans „Le silence de Lorna“, la fausse overdose du mari n'est pas montrée. Ce rythme si particulier contribue à faire de ce drame social un film remarquable. Seul le dernier quart d'heure rompt avec la continuité de l'action, lorsque Lorna commence à parler avec elle-même comme atteinte de folie. „Le silence de Lorna“ est un portrait saisissant de l'Europe et des destins complètement divergents des êtres humains qui y vivent.
Verena Dauerer







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