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Friedrich Schiller

Il y a deux cent cinquante ans, le 10 novembre 1759, naissait Friedrich Schiller, l’une des plus grandes plumes de la littérature allemande. ARTE lui rend hommage avec une fiction biographique et une pièce qui parle à notre temps.

> Interview Matthias Schweighöfer

Friedrich Schiller

Il y a deux cent cinquante ans, le 10 novembre 1759, naissait Friedrich Schiller, l’une des plus grandes plumes de la littérature allemande. ARTE lui rend (...)

Friedrich Schiller

04/11/09

Le besoin de rébellion

Interview de Matthias Schweighöfer


À l'occasion des 250 ans de la naissance de Friedrich Schiller, ARTE diffuse « Schiller », un film qui retrace la vie mouvementée de ce poète national allemand à l’esprit rebelle. Entretien avec le comédien Matthias Schweighöfer - acteur de talent maintes fois récompensé, notamment par le Prix allemand de la télévision et le Prix Grimme - qui tient le rôle titre de cette fiction biographique, tournée en 2005.

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ARTE : Vous avez dit un jour que vous choisissiez de préférence des rôles qui ne vous ressemblent pas, pour pouvoir « vous reposer de vous-même ». Le tournage de « Schiller » à Ludwigsbourg fut-il reposant ?

Matthias Schweighöfer : Absolument pas. C’était très fatigant, et très mouvementé ! Jouer un rôle comme celui-ci reste exceptionnel. Ça a été un immense défi tant sur le plan physique que psychologique. On boit un peu trop, on fume énormément et on dort peu, pour voir quelles sont les conséquences. C’est là qu’on se rend compte de l’état physique de cet homme et des difficultés qu’il avait à mener une vie normale. Je ne me sens pas très éloigné du personnage, si ce n’est par la distance dans le temps. A bien des égards, je suis même très proche de lui.

Par exemple ?
Il y a des points communs en ce qui concerne la solitude ou l’amour non partagé. Ce qui m’intéressait, c’était d’aller au-delà de l’auteur des « Brigands », de « Don Carlos » et « Maria Stuart » et de voir en lui une personne comme vous et moi, qui a essayé de donner un sens à sa vie.

Comment avez-vous réussi à désacraliser une telle icône ?
J’ai lu énormément durant presque six mois. Avec l’équipe de tournage, nous avons passé beaucoup de temps à répéter les scènes, à parler, à rechercher des informations sur Schiller et son époque. C’est comme cela que nous avons essayé de nous approcher du maître.

Dans quelle mesure le temps que vous avez consacré à ce rôle a-t-il changé votre perception de Schiller ?
J’ai commencé à voir en lui l’être humain ; j’ai compris qu’il avait – comme nous tous – des problèmes. Découvrir la manière dont il a vécu, aimé et souffert m’a rapproché de lui.

Est-ce que vous imaginez incarner un Schiller plus âgé, le classique de Weimar ?
Bien sûr ! Il y aura peut-être un deuxième volet, un jour, mais rien n’est sûr pour l’instant. S’il y avait une suite, j’aimerais aussi beaucoup aborder l’ère classique.

Bien que ce soit certainement plus difficile encore…
J’aime interpréter des personnages plus âgés que moi. Je crois qu’on peut simuler l’expérience des années lorsqu’on entre dans la peau d’un personnage. C’est pour cela que j’aimerais étudier plus en détail le personnage de Schiller vieillissant, en travaillant par exemple sur ses essais.

Selon vous, pourquoi Schiller est-il devenu un classique, un poète national ?
C’est dû à son grand sens moral. Il défend des valeurs sociales telles que la liberté et la droiture. On peut citer « Les Brigands », une pièce de théâtre exemplaire, où l’on voit les personnages s’en aller, s’affranchir des contraintes qu’on leur impose, quitter une société fondée sur des règles immuables. Schiller met en scène l’envie et le besoin de se rebeller chez les jeunes. C’est en cela, je crois, que son oeuvre est très actuelle.

Vous avez déclaré récemment dans une interview : « Schiller était rock ‘n’ roll… »
Oui, « Schiller était rock ‘n’ roll – et Goethe était pop » est une phrase qui m’est restée. Schiller était rock ‘n’ roll parce qu’il se moquait des conventions. Goethe était plutôt un personnage conservateur, posé, il avait une bonne situation, il gagnait bien sa vie. La vie de Schiller, elle, était une lutte permanente. Si je peux me permettre cette comparaison, disons que Goethe est un verre d’eau bien rempli dont on se délecte, et Schiller plutôt un verre de whisky rempli à moitié, dont on se délecte aussi, mais dont l’effet perdure.

Si Schiller vivait à notre époque, quelle place tiendrait-il à votre avis ? A qui est-ce que vous le compareriez ? Serait-il toujours écrivain ?
Schiller sera toujours Schiller. On peut difficilement le comparer à qui que ce soit. A la rigueur à Kurt Cobain, le chanteur du groupe Nirvana – ou plutôt à Jim Morrison, le chanteur des Doors.

De nos jours, un artiste peut-il faire aussi peu de concessions et jouir malgré tout de la reconnaissance publique ?
Aujourd’hui, on attire l’attention en dépassant les limites de la pudeur. On se demande jusqu’où on peut aller. Les gens ont plus d’audace, on vit dans une époque plus agitée. Les gens vivent aussi plus de choses qu’autrefois : à l’époque, lorsque le décor changeait grâce à l’utilisation d’éléments scéniques, c’était une véritable révolution. Aujourd’hui nous ne sommes plus choqués par les mêmes choses. Autrefois, c’était la dimension intellectuelle qui primait.

Pensez-vous que ce film va inciter le public à relire les grands écrivains et autres penseurs ?
Oui, il suscitera peut-être un regain d’intérêt pour la culture. Pas forcément pour Schiller, mais pour des choses auxquelles les gens accordaient de l’importance quand ils étaient plus jeunes. En voyant ce film, on comprend comment les hommes – quelle que soit leur appartenance sociale – parviennent à faire bouger les choses.

Schiller pensait que la mission de l’écrivain et du théâtre est d’améliorer la nature humaine. Selon vous, quel est l’objectif de la littérature, du théâtre et du cinéma ?
Max Frisch fournit la réponse à cette question. Il a dit un jour : « J’écris quelque chose, et tout le monde me dit : » J’écrirais exactement la même chose, si j’en étais capable. » C’est tout à fait ça. Je crois que les artistes, les écrivains et les dramaturges sont capables de mettre en scène un personnage et de raconter une histoire. Les gens s’y retrouvent, ou pas.

Quelle est votre citation préférée de Schiller ?
Mes deux préférées sont celles où il dit que son bonheur est de bonne humeur aujourd’hui et que sa joie est si grande que, pour se déverser, elle emprunte ses larmes au chagrin. Sur le thème de l’amour, celle où il affirme être trop intellectuel pour les chagrins d’amour est pour moi le summum.


Propos recueillis par Ariane Greiner pour ARTE Magazine (2005)

Edité le : 02-11-09
Dernière mise à jour le : 04-11-09