Cette dernière fut auréolée d’un prix d’interprétation masculine collectif (une première à Cannes) pour le quatuor Jamel Debbouze, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Sami Naceri. Les comédiens (hormis Sami Naceri absent hier soir) ont entonné en coeur un hymne Pied Noir sur la scène de cérémonie. Bien qu’ Indigènes affiche de hautes ambitions à vouloir rappeler l’engagement et les souffrances d’algériens morts pour la France pendant la seconde guerre mondiale, le film se relève en définitive terriblement décevant à plus d’un titre et particulièrement du fait d’une interprétation très inégale de ses comédiens; gageons que le Jury convaincu des intentions et de la noblesse du message de Rachid Bouchareb n’a pas trouvé d’autre moyen de le récompenser que ce prix, le plus contestable du palmarès. A contrario, les actrices de Volver de Pedro Almodovar remportent le Prix d’interprétation féminine. Penéloppe Cruz, Carmen Maura, Lola Duenas et Blanca Portillo ont amené en force le pendant de glamour qui manquait au tableau d’honneur 2006, consacrant indirectement le cinéaste espagnol qui décroche encore le prix du meilleur scénario. Almodovar, très angoissé à l’idée de participer avec un film en compétition à Cannes, choisissant l’année dernière d’y soustraire La mauvaise éducation, réussit avec Volver un doublé réjouissant. Alejandro Gonzalez Inarritu remporte le prix de la mise en scène pour Babel, un oeuvre qui joue sur les parallélismes et les coïncidences du hasard affichant somme toute un dispositif assez artificiel. Certes Inarritu se démène avec beaucoup d’énergie pour embarquer le spectateur dans ces histoires abracadabrantes, cet aspect lui permettant d’emporter les suffrages. Red Road coup de maître pour un premier film est Caméra d’Or : sa réalisatrice Andrea Arnold est désormais à suivre avec beaucoup intérêt.
Bien entendu les absents au Palmarès sont nombreux, on regrette prioritairement Pedro Costa pour « Juventude En Marcha » sélectionné miraculeusement à Cannes cette année pour un propos et une mise en forme d’une radicalité absolue qui l’excluait à priori de la moindre médaille. D’autres auteurs encore, Nuri Bilge Ceylan qui après « Uzak » produit un film éclatant et bouleversant : Iklimmer ou encore Lucas Belvaux avec La raison du plus faible, Paolo Sorrentino pour L’Amico de la famiglia, original et remarquable.
Quoiqu’il en soit, Cannes, « le cœur du cinéma mondial » comme l’affirmait hier soir Ken Loach, nous aura fait vibrer au rythme des pulsations d’un cinéma bien vivant et souvent spectaculaire. A l’aube de fêter ses 60 printemps, le festival signe encore avec cette édition, le maintien de sa primauté incontestable.
Olivier Bombarda
Existent-ils encore ces puissants et richissimes producteurs hollywoodiens ? Ceux qui, l'éternel cigare aux lèvres, s'installent avec leur cour dans les palaces de Cannes et y organisent des soirées légendaires. C'est un journaliste du magazine "Variety" qui pose la question, et qui y répond aussitôt par "non". En effet, ces personnages appartiennent à une autre époque, une époque où l'art et le commerce cinématographiques n'étaient pas encore aussi distants l'un de l'autre, contrairement à ce que le festival de cette année a laissé entrevoir, et pas seulement à cause du film "sacrilège" qui fit l'ouverture.Le festival de cette année, qui fut de haute tenue, mais pas particulièrement excitant, a démontré que Cannes est devenu un festival de travail, au même titre que Berlin ou que le "American Film Market" de Los Angeles, tout en préservant bien entendu son style glamour et sa "Croisette" exclusive. En dehors des tapis rouges, tout le monde, ici aussi, court après les bonnes affaires: on ne consacre plus guère de temps aux amusements ou à la contemplation, ce qui a aussi des répercussions sur les films présentés, pour ainsi dire, dans un cadre préservé. En tout cas, personne ne s'émeut de l'absence totale d'applaudissements pour le film d'ouverture "The Da Vinci Code": ni les producteurs venus du monde entier, ni les journalistes, eux aussi venus du monde entier, car tous savent que ce qui importe en fin de compte, ce n'est pas la compétition artistique et la critique de film sérieuse, mais les bénéfices. Et de ce point vue, le "Da Vinci Code", aussi mauvais soit-il, battra n'importe quel vainqueur de La Palme à plates coutures. La Palme D'or 2006 pour Ken Loach et son film politiquement correct sur l'IRA est un choix convenable, mais pas particulièrement courageux. Il semblerait que l'on ait ainsi voulu récompenser toute l'oeuvre du metteur en scène, si souvent présent à Cannes; chaque fois, cependant, qu'une salle mettra le film à l'affiche, ce sera une victoire supplémentaire.
On se réjouit aussi que le jury ait attribué le "Grand Prix"-le prix le plus important après La Palme- à "Flandres" de Bruno Dumont, un film radical dans sa forme et son contenu, et qui provoqua une vive controverse, ce qui fut plutôt rare cette année. Le prix de la mise en scène fut remis à juste titre à "Babel" de Alejandro González Inárritu, faisant ainsi également une place au cinéma grand public, émouvant mais pas spéculatif. L'attribution du prix d'interprétation féminine et masculine donna lieu à un véritable jugement de Salomon: ainsi furent récompensés toutes les actrices de "Volver", le film de Pedra Almodovar, et tous les acteurs d"'Indignènes", le film de Rachid Bouchareb montrant le combat des soldats maghrébins pour la France contre le nazisme.
On regrettera juste que l'interprétation fraîche et insolente de Marie Antoinette par Kirsten Dunst n'ait donc pas été récompensée.
On notera, par ailleurs, que le cinéma allemand fut bien représenté cette année, avec „The House Is Burning“ de Holger Ernst (tourné aux Etats-Unis et produit par Wim Wenders), "Sommer ’04 an der Schlei" de Stefan Krohmers, et "Ping Pong" de Matthias Luthardt, qui a obtenu le prix du scénario durant la "Semaine de la critique", donc malheureusement hors compétition officielle. Ce qu'il faut retenir, cependant, c'est que ces films ainsi que d'autres tel "Das Leben der anderen" ont à nouveau éveillé, dans ce grand marché international, un vif intérêt, ce qui, lors d'une conférence de presse détendue et pleine d'optimisme, ne manqua pas de réjouir le Ministre de la Culture, Bernd Neumann.
Mais, dès notre retour, on sera bien obligé de constater que tous ces films excitants, émouvants ou agaçants, toutes ces discussions et spéculations à propos de La Palme d'Or et de l'avenir du cinéma, n'ont pas du tout occupé le devant de la scène, ni fait la une des journaux télévisés. Si le prix avait été attribué au portrait de Zidane -projeté lors de la quinzaine, mais hors compétition-, et s'il avait joué un match contre les journalistes en lieu et place d'une conférence de presse, alors il en aurait peut-être été autrement.
L'année prochaine, pour le 60ème anniversaire du Festival, nous nous efforcerons quand même pendant dix jours de croire que le cinéma est la chose la plus importante du monde.
Thomas Neuhauser






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