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Actualité DVD

Hors des âges et pourtant élégamment contemporain, le lycée redevient sous l’œil de Christophe Honoré le lieu de la parade mélancolique. Interview exclusive

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29/03/05

Le coffret Robert Bresson chez MK2




4 DVD MK2 :
"Pickpocket", "Procès de Jeanne d’Arc" et "L’Argent" (les trois films sont également disponibles à l’unité)

En ce moment: CYCLE ROBERT BRESSON A PARTIR DU 16 MARS AU MK2 PARNASSE
"Pickpocket", "Procès de Jeanne d’Arc" et "L’Argent" en copies neuves restaurées





"Au hasard Balthasar" et "Mouchette" de Robert Bresson édité chez ARTE VIDEO: cliquez ici


Synopsis : Réunion de trois films de Robert Bresson. Dans « Pickpocket » (1959) », un jeune homme taciturne décide de se livrer au vol de portefeuilles, avec entêtement et méthode. Un ami qui tente de le comprendre, un commissaire qui le surveille et une jeune femme qui l’aime forment son entourage. « Procès de Jeanne d’Arc » (1962) retranscrit très scrupuleusement la confrontation de la pucelle d’Orléans avec ses juges, son isolement, puis sa condamnation. « L’Argent » (1982), le dernier film de l’auteur, s’inspire d’une nouvelle de Tolstoï pour suivre un jeune homme, entraîné dans la délinquance et le crime, après avoir été confondu en possession d’un faux billet de 500 Francs.

Critique : En raison d’un style reconnaissable entre tous et d’une intransigeance maintenue jusqu’au terme de sa carrière, on pense souvent tout savoir du cinéma de Robert Bresson. Après la reprise en salles de l’intégralité de ses films en copies neuves, voilà quelques années, et la réédition actuelle de huit de ses films en DVD, il apparaît une nouvelle fois que ce cinéma ménage toujours autant l’étonnement, comme il malmène les a priori. La réunion de ces trois films au sein d’un même coffret le corrobore.
S’ils se font suite, « Pickpocket » et « Procès de Jeanne d’Arc » n’apparaissent jamais comme une façon identique, pour l’auteur, de marteler ces préceptes qu’on a dénigrés autant qu’on les a prisés (rigueur, travail sur le son, cadrage au cordeau, déconstruction du jeu chez le comédien au profit d’un ascèse capable de faire surgir une autre vérité que celle, fardée, du théâtre). Alors qu’il débutent justement de la même manière (par leur conclusion, ce qui pourrait amener à penser qu’il n’y aura pas de surprise ultérieure), les deux films se distinguent profondément, le premier par la musicalité et la prestance de son montage (son ou image), le second par un va-et-vient extrêmement serré et troublant entre deux lieux, la salle d’audience et la cellule de Jeanne. S’il y a minimalisme et dépouillement, il n’y a pourtant jamais systématisme. Tel plan supplémentaire sur un visage, telle coupe, déjoue toujours, à un moment ou à un autre, les avis les plus péremptoires.
Même « L’Argent », un film d’une logique extrêmement violente, où l’absence de fioriture a une nouvelle fois été comparée à du jansénisme, surprend par l’élaboration et la richesse de certaines séquences (le hold-up, très découpé, ou l’inclusion des trajectoire parallèles d’un autre jeune homme glissant dans la délinquance et d’une vieille dame acceptant son sort). Durant tout sa carrière, Bresson a moins cherché à affirmer ce qu’il entendait par le cinématographique, qu’il n’a travaillé à être surpris, à faire surgir la trouvaille au sein d’une forme dont beaucoup pensent encore qu’elle n’était que rigidité, alors qu’elle pouvait se révéler d’une grande générosité et faire preuve d’un humour incontestable : « Tu ne peux pas te révolter plus simplement ? » lance au héros de « L’Argent » son compagnon de cellule…

Les bonus : Si Bresson tenait à faire preuve d’une grande discrétion médiatique (à rattacher sans doute au milieu très aisé auquel il appartenait), les interviews qu’il a accordées durant sa carrière étaient le plus souvent l’occasion de répondre encore et toujours aux mêmes reproches concernant la prétendue sécheresse de ses films, ainsi que leur élitisme. Prenant d’ailleurs immanquablement la même pose, il apparaît le même dans chacun des entretiens télévisés (cinq au total) présentées en bonus. Les comédiens de « Pickpocket » et Martine Delay, la Jeanne de Bresson, tous d’âge désormais respectable, ont été sollicités, afin d’évoquer leur collaboration avec le maître. Ils s’y prêtent sans chercher à singer ses propos, ce qui est leur signe qu’aujourd’hui, et à la différence des années 1960/70, la parole se démocratise, même dans le domaine de la cinéphilie. Le DVD du « Procès de Jeanne d’Arc » consacre quant à lui beaucoup de temps à un personnage il est vrai plus illustre que le cinéaste qui l’a cette fois-là mis en scène, mais les bonus (une interview de Georges Duby et Laure Adler, un discours d’André Malraux) se recentrent heureusement sur une ambition identique à celle de Bresson : stigmatiser le mystère fascinant de Jeanne d’Arc, plutôt que de céder à la psychologie. Signalons aussi l’intervention remarquable de Paul Vecchiali au sujet de « Pickpocket », et la présence des bandes-annonces des trois films, d’une économie des plus percutantes, en particulier celle de « L’Argent », construite essentiellement à partir de plans qui ne sont pas dans le film !

Julien Welter

Edité le : 29-03-05
Dernière mise à jour le : 29-03-05