Pendant six mois, la France a tenté de tenir le cap du vaisseau Europe dans la tempête, son président Nicolas Sarkozy fermement agrippé à la barre. Entre la crise institutionnelle née du "no" irlandais, la crise géorgienne, la crise économique, tout cela sur fond de crise du couple franco-allemand, les choses n’auront pas été simples. La rédaction d’ARTE Info vous propose un résumé de cette présidence française de l’Union européenne mouvementée. Un zapping concocté par Damien Wanner, Marion Nougueret et Jérôme Leimbacher.
Ce sont les réalités géopolitiques nouvelles du XXIe siècle incontournables qu'avaient à l'esprit les organisateurs du colloque du 22 janvier 2009 quand, tout d'un coup, en septembre 2008, le titre même de cette rencontre a pris une autre dimension. Derrière la formulation « face aux nouveaux défis du monde » se profile dans nos esprits le cortège de la crise financière la plus grave depuis celle de 1929 qui s'est abattue sur les États-Unis d'Amérique à partir du printemps 2007 et qui a gagné le reste du monde en septembre 2008, la crise économique qui lui a emboîté le pas, la récession annoncée pour 2009 par tous les observatoires indépendants et les risques d'explosion sociale comme la Grèce en a connue une fin 2008.
Il nous a semblé utile de chercher à connaître les perceptions que les acteurs de la société civile ont de ces problématiques avant de donner la parole aux experts et aux politiques. C'est ce que nous avons voulu faire en lançant deux mois jour pour jour avant le colloque un blog intitulé Tandem pour l'Europe, tenu par une Française de Berlin, Élise Graton, journaliste dans le domaine culturel et un Allemand de Paris, Wolfram Vogel, responsable de l'Institut franco-allemand de Paris. Histoire de croiser leurs regards sur la France, l'Allemagne, l'Europe et le monde dans cette période troublée. De cette aventure, nous avons tiré quelques enseignements.
- Il y a parfois tant d'indifférence ou d'incompréhension des deux côtés du Rhin pour l'autre que nos deux blogueurs ont éprouvé le besoin, malgré un agenda politique chargé, de commencer par le commencement : faire connaissance, parler à l'autre de sa ville d'adoption, de ses lectures et sorties…
- Ce faisant, nous lecteurs, nous avons eu le sentiment que la culture résistait à la crise, notamment à Berlin. Les traditions aussi ont résisté fin 2008 et sont apparues une fois de plus comme des valeurs refuges.
- Sur le fond maintenant, nos auteurs ont déploré le 15 décembre 2008 les mauvais signaux que constituent la disparition programmée de la rédaction germanophone de RFI à Paris et les coupes sombres opérées dans les budgets du Centre d'information et de recherches sur l'Allemagne contemporaine (CIRAC) et du Centre Marc Bloch à Berlin.
- Enfin, dans le domaine politique, Wolfram estime que le malaise franco-allemand remonte à la réunification allemande en 1990 et à l'élargissement de l'Union européenne de 2004. Pour lui, l'UE a davantage besoin aujourd'hui de solutions pragmatiques que de visions à long terme. (cf. ses contributions du 9 et du 14 janvier).
Dans le même temps, Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République française, regrettait dans un entretien au Monde le 13 janvier les vicissitudes actuelles du couple franco-allemand, et rappelait que sans lui « il n'y [aurait] pas d'intégration européenne ».
En ouvrant le colloque du 22 janvier, Gottfried Langenstein, le président d'ARTE GEIE, a rappelé deux chiffres significatifs qui donnent la mesure des bouleversements en cours. « Au début du XIXe siècle, un tiers de la population mondiale venait d’Occident et la puissance militaire et économique en découlait. Aujourd’hui, l’Europe ne cumule que 7% de la population mondiale, avec une tendance à la baisse. Et [...] en 1990, une année donc après la chute du Mur et la fin de la guerre froide, deux tiers des réserves mondiales en devises étaient entre les mains des Occidentaux. Aujourd’hui, dix-huit ans après, elles sont entre les mains de l’Inde, de la Chine et du Japon. Même la Russie, qui affirmait encore en 1995 au sein du Club de Paris qu’elle ne pouvait pas payer ses dettes, possède de nos jours un excédent de 500 milliards. Un incroyable déplacement des pouvoirs est en train de se faire. Et les perdants de la guerre froide seront les puissances de demain. Par temps de crise, nous aimons souvent retourner vers le national. Mais nous avons besoin de tout le contraire : une unité de l’Europe, d’une Europe énergique, une Europe qui défend ses principes avec la même voix. »Les échanges du 22 janiver et les nouvelles tombées depuis montrent que nous avons du pain sur la planche pour échapper les uns et les autres aux pièges du protectionnisme.
Claire A. Poinsignon






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