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Court-circuit

Court-circuit vous donne plus que du court: des films du monde entier, des portraits de réalisateurs, des making of, des zoom sur les écoles de cinéma, sur des festivals, des leçons d'animation et les "trucs" du cinéma.

> 30 juin > Le coupeur d'eau: le scénario

14/06/04

Le coupeur d'eau: le scénario

"Le coupeur d'eau", le court métrage
La nouvelle de Marguerite Duras

Plans de Bataille Productions
Présente
LE COUPEUR D’EAU
UN FILM DE
FRANCK HESLON
VERSION TOURNAGE
Plans de Bataille Productions
26, rue Pétrelle 75009 Paris Tél : 01 48 78 98 36
Fax :01 43 80 40 76 Email : staff@pdbprod.com


SEQ. 01 GENERIQUE DE DEBUT EN SURRIMPRESSION EXT / JOUR

Un ciel bleu, tourmenté.

SEQ. 02 ROUTE DROITE EXT / JOUR

En pleine campagne la vision subjective d’une ligne droite d’une petite route n’en finit pas de défiler. Un moteur de deux roues hurle à son maximum.

Le paysage traversé ne laisse apercevoir que de vastes champs zébrés d’andains sous une lumière vive d’été.

Des lignes blanches longent la route

Un virage à angle droit est enfin en vue.

L’horizon s’incline fortement pendant la négociation du virage puis redevient parfaitement plat.

Dans la profondeur un village semble se dessiner.
NOIR

SEQ. 03 SALLE A MANGER INT / JOUR

Au centre d’un intérieur succinctement aménagé, KEVIN un jeune garçon d’environ cinq ans dessine, torse nu, installé sur une table en formica.

Son visage est barbouillé d’un mélange de feutres de couleurs, de traces de lait et de gâteaux. Près de lui, sa mère, YVETTE, une femme de 40 ans. Elle fume une cigarette en regardant une vieille télévision qui diffuse une série américaine.

Yvette remarque son fils se colorier les doigts. Elle se lève. Lui arrache ses feutres. Attrape une éponge sur la table qu’elle lui frotte sur la bouche et les joues barbouillées.

Kévin se met à grogner après sa mère.

Elle se dirige vers une autre pièce. Revient avec un yaourt. Le pose devant son fils, avec un nouveau biscuit.

Elle l’enlace vigoureusement et l’embrasse sur le crâne.

Le jeune garçon se calme et ouvre son yaourt alors que d’autres cris d’enfant proviennent d’une pièce adjacente.

Yvette soupire puis se dirige vers les pleurs.

SEQ. 04A CHAMBRE DES ENFANTS INT / JOUR

Yvette pénètre dans une pièce extrêmement sombre. Les cris de l’enfant s’estompent peu à peu.

Elle s’approche de la fenêtre. Tire un rideau. Déplie des volets de fer complètement rouillés.

On entend au loin le vrombissement sourd d’un train qui passe.

Une lumière très violente inonde la pièce.

C’est une chambre à coucher d’enfants assez désordonnée avec deux lits.

Une petite fille d’environ trois ans se tient debout. Souriante. Les mains accrochées au rebord d’un lit en bois.

La mère soulève JULIA et l’embrasse en se dirigeant vers la fenêtre.

SEQ. 04B FENETRE / GARE COTE RAILS INT / EXT / JOUR

On découvre l’extérieur, nous sommes au premier étage. Des rails de chemin de fer plus ou moins recouverts d’herbes sauvages longent les murs de l’habitation : nous sommes dans une gare désaffectée.

De l’autre coté du quai, une maisonnette devant servir d’abri est pleine d’ordures et de bouteilles vides.

Des alignements de plans de tomates, de salades et d’autres légumes jonchent cette maisonnette. La terre semble fraîchement retournée et humide.

Derrière, un bosquet puis des champs s’étalent à perte de vue.

SEQ. 05 FERME / CHAMP EXT / JOUR

Près d’une ferme, des hommes ramassent le foin.

Deux tracteurs font des allers retours entre la ferme et le champ.

Tout près de la cour de la ferme, GEORGES, un homme d’une quarantaine d’années, le visage émacié, en sueur, vide une fosse à purin.

Il retire son tee-shirt à bretelles, trempé. Arrache du sol de lourdes masses de terre noire et humide. Il les jette dans une brouette avec une large pelle.


SEQ. 06 COUR DE LA FERME EXT / JOUR

Georges traverse la cour de la ferme avec sa brouette pleine.

Les hommes des foins sont désormais attablés autour d’un verre à l’ombre d’un arbre.

Georges contourne un bâtiment. Se dirige vers un énorme tas de terre et d’ordures.

Il vide sa brouette. S’essuie le front dégoulinant. Repart.

A son deuxième passage Georges est interpellé par un des agriculteurs.

L’AGRICULTEUR
Viens prendre une bière !
Georges s’exécute. S’approche de l’attablée. Prend sa boisson et repart.

Il lâche la brouette près d’une vieille mobylette dont il ouvre une des deux sacoches pour attraper des cigarettes brunes sans filtre.

Il s’adosse sur son deux roues. Décapsule la bière avec son briquet.

Chaque gorgée semble lui procurer un grand plaisir.

Le soleil est écrasant.

Il jette des regards vers les autres hommes.

SEQ. 07A début SALLE A MANGER INT / JOUR

Kévin est assis par terre devant la télévision qui diffuse maintenant un dessin animé japonais.

Sur la table, les mains d’Yvette épluchent des légumes, énergiquement.

La petite Julia est installée sur une chaise haute près de sa mère. Elle s’amuse avec des épluchures qu’elle porte machinalement à sa bouche.

Yvette la regarde faire. Elle rit un peu avant de lui passer le doigt dans la bouche pour la faire cracher.

Mécontente, la petite fille affiche illico une énorme grimace. Sa mère lui tend une carotte.

L’enfant observe le légume dans tous les sens puis se met à croquer dedans.


Yvette la regarde avec tendresse. Lui sourit.

Elle reprend son économe et termine d’éplucher tout ce qui lui reste.

Le son du dessin animé Japonais accompagne toujours la scène.

Elle se lève et sort de la pièce.



SEQ. 07B CUISINE INT / JOUR

Yvette jette toutes les épluchures dans un grand sac poubelle dans le coin cuisine.

Elle remplit d’eau un des bacs de l’évier. Y plonge ses légumes.

Elle attrape une grande casserole. La remplit d’eau. La dépose sur une vieille gazinière.

Une allumette en flamme s’approche du brûleur. Rien ne se passe.

La main d’Yvette tourne expressément le robinet d’une bouteille de gaz.

Une nouvelle allumette flambe au contact d’une gauloise. Enflamme le brûleur sous la casserole.



SEQ. 07A suite SALLE A MANGER / TV INT / JOUR

Nous reconnaissons le modèle de la vieille télévision d’Yvette. Le dessin animé est terminé. Elle diffuse maintenant les informations du journal régional de France 3 (à déterminer). L’image est occultée par l’alternance de plusieurs passages d’Yvette.

SEQ. 08 A PLACE DU VILLAGE / COMMERCES EXT / INT / JOUR

Sur la place du village, de nombreuses voitures s’arrêtent puis repartent : le temps d’acheter une baguette ou un morceau de viande.

Certaines personnes se croisent et formes des petits groupes de discussion près des commerces de la rue principale.

Plusieurs cafés longent la rue principale jusqu’à la place.

Cette séquence est entrecoupée de plusieurs gros plans sur :

SEQ. 08 B PLACE DU VILLAGE / COMMERCES EXT / INT / JOUR

1 : Une bière pression se remplit dans un verre plein de mousse /

2 : Des sacs de courses se déposent dans le coffre d’une voiture /

3 : Des cageots de légumes sont alignés. Une mains attrape quelques tomates /

4 : Un sachet ouvert avec de la viande se pose brutalement sur une balance électronique qui affiche le poids /

5 : Plusieurs bouteilles de laits sont disposées dans un panier.

6 : Des tranches de jambon viennent se poser une à une dans le creux d’un papier hermétique /

7 : Une main plonge dans un grand sac en toile et en sort deux baguettes /

SEQ. 09 : SUPPRIMÉE !

SEQ. 10 BOULANGERIE INT / JOUR

Georges entre dans une boulangerie et attend, discret.

LA BOULANGERE (OFF)
Monsieur !?

Georges redresse la tête comme ramené à lui-même.

GEORGES (l’œil bas)
Un pain de deux.

On ne distingue que le buste de la boulangère qui se retourne, prend un pain et le pose sur le comptoir.

LA BOULANGERE (s’interrompant)
Quatre vingt quinze centi’…

Le visage toujours hors champ, la commerçante prend un petit carnet et y note la somme, comme d’habitude.

La main de Georges prend le pain et disparaît.

SEQ. 10 BIS RUES VILLAGE INT / JOUR

Sur sa mobylette, George traverse une rue.

Il apparaît dans une autre puis disparaît complètement.


SEQ. 11 SALLE A MANGER INT / JOUR

Le bruit de la mobylette est très lointain puis devient de plus en plus présent jusqu’à se couper.

Assis dans un coin, Kévin démonte une de ses petites voitures devant la télévision.

La table est mise.

La famille est installée devant la télévision qui diffuse maintenant le journal d’une grande chaîne nationale.

Certaines informations sont les mêmes que dans la séquence 09, mais traitées différemment.

Les cheveux attachés, Yvette sert des tomates et œufs durs à chacun des membres de la famille.

Un petit courant d’air traverse la pièce.

Yvette regarde la bouteille de vin que son mari attrape pour se resservir.

Elle tend son verre. Il la regarde puis la sert, maladroit.

Yvette le remercie. Un sourire s’esquisse sur le visage de l’homme.

Le journal télévisé se poursuit.

Sans regarder ce qu’il fait, Georges se sert de son pain comme d’une fourchette qu’il porte à la bouche.



SEQ. 12A CHAMBRE DES ENFANTS INT / JOUR

Yvette ferme les vieux volets de la chambre des enfants. La pièce s’obscurcie, elle n’est plus éclairée que par une ampoule au plafond.

Les deux enfants sont dans leurs lits respectifs. Ils sont très agités par la chaleur. Kévin ne semble vraiment pas avoir sommeil. Yvette éteint la lumière et ferme la porte.

SEQ. 12B COULOIR CUISINE / FENETRE CHAMBRE INT / JOUR

Elle entre dans la cuisine et entend la mobylette pétarader.

Elle traverse le couloir, s’approche de la fenêtre de sa chambre et regarde Georges debout sur les pédales de son deux roues qui ne veut pas démarrer.

Il fatigue. S’arrête un instant. Reprend son souffle. Re-pédale.

La mobylette démarre enfin. Yvette observe son mari disparaître vers le bourg du village.

SEQ. 13 PLACE DU VILLAGE EXT / JOUR

La mobylette de Georges traverse la place du village, déserte.

SEQ. 14 GARE DESAFFECTEE (Côté Quai) EXT / JOUR

Depuis l’intérieur de la gare, au rez-de-chaussée, on découvre Yvette de dos, assise sur le quai, face aux rails. Elle fume. Près d’elle, Julia joue.

Kévin est installé plus loin au milieu des herbes qui recouvrent plus ou moins la vieille voie de chemin de fer. L’intensité de la lumière le fait grimacer.

Il s’amuse à faire rouler une petite voiture sur un rail en simulant le bruit du moteur. Son regard s’approche de l’arrière du jouet.

Nous découvrons la fuite des deux rails mais aussi leur limite : une barrière est au milieu de la voie à une dizaine de mètres, derrière laquelle la nature a ré-envahit les lieux.

Yvette se lève, regarde Kévin puis soulève sa fille. Elle monte sur la voie et la dépose sur les rails tout près de son fils.

YVETTE (à Kévin)
Surveill’ ta sœur !

Le garçon se retourne furtivement et acquiesce, ronchon. Yvette disparaît.


SEQ. 15 COUR DE LA FERME EXT / JOUR

A l’aide d’un tuyau d’arrosage Georges nettoie méticuleusement une brouette.

De l’eau s’accumule dedans. Il la retourne, la vide puis agite à nouveau le jet d’eau.
Le regard fixe, Georges semble hypnotisé par ce qu’il fait.

Un temps.

La roue de la brouette tourne inlassablement au contact du jet.

Comme satisfait de lui-même, il remet sa brouette droite : elle apparaît comme neuve.

L’inox ruisselant reflète le soleil écrasant.

Il attrape sa pelle et une pioche auxquelles il fait subir le même sort de propreté.



SEQ 16 CUISINE / VOIE INT / EXT / JOUR

Yvette rince les dernières grosses gamelles de la vaisselle. Les empile sur le coté du bac de l’évier.

De vagues conversations d’enfants progressent.

Elle s’approche de la fenêtre ouverte et observe longuement Kévin et Julia.

Ils s’amusent, s’échangent des pierres et des jouets sur les vieux rails.

SEQ. 17 COUR DE LA FERME EXT / JOUR

Désormais vêtu d’une veste en jean délavé, Georges attend, debout, près de sa mobylette qu’il maintient en équilibre devant la porte d’une ferme.

L’AGRICULTEUR de la séquence 6 en sort, il glisse des pièces dans la main de Georges puis lui tapote amicalement sur l’épaule.

Ils se saluent.

Georges enfile son vieux casque orange et pédale à vive allure sur sa mobylette qui finit par pétarader.

Il disparaît de la cour.

SEQ 18 LA GARE DESAFFECTEE COTE VOIE EXT / SOIRÉE

Vue d’ensemble de la gare désaffectée. Tout est calme.


FONDU AU NOIR
SEQ. 19A SALLE A MANGER INT / JOUR

La vieille télévision d’Yvette diffuse plein écran, un dessin animé japonais.

Installé autour de la table en formica, Kévin prend son petit déjeuner en dessinant, torse nu, et en jetant quelques regards vers l’écran de TV.

Il termine de boire son chocolat et pose son bol au milieu de ses feutres et de plein de miettes de pain.

YVETTE passe devant le poste, baisse le son et vient s’asseoir près de son fils. Elle allume une cigarette.

YVETTE
T’as fini ?

La bouche pleine, le garçon fait signe que « oui, il a terminé ». Yvette fait glisser toutes les miettes dans le bol et disparaît vers une autre pièce.

Kévin soulève ses dessins moitié trempés par son petit déjeuner.


SEQ. 19B ESCALIER / COULOIR CUISINE INT / JOUR

Yvette monte les escaliers, traverse le couloir puis dépose le bol dans l’évier.

SEQ. 20 ROUTE DE CAMPAGNE EXT / JOUR

Du fond d’une petite vallée, Georges apparaît sur sa mobylette qui serpente une petite départementale.

Des vrombissements de moteur se font de plus en plus présents.

Une voiture déboule à vive allure et croise une autre fourgonnette qui le klaxonne.

Les deux automobilistes se connaissent. Ils se saluent et disparaissent.

Georges poursuit sa route.

SEQ. 21A SALLE A MANGER INT / JOUR

Un drap tendu devant la porte fenêtre du rez-de-chaussée semble lutter contre la chaleur. Une petite brise le fait onduler.

La télévision diffuse le journal régional de France 3.

Depuis l’intérieur de la salle à manger, on distingue Kévin qui passe sur les rails avec un petit vélo.

Yvette jette des regards dans la pièce en épluchant des légumes, lentement.

Sur la table, sa main glisse le long des courgettes, une fine peau s’en détache. Plusieurs carottes se râpent énergiquement. Emplissent une assiettes creuse.

Yvette semble absente puis observe ses mains, machinales, qui épluchent.

Des pleurs de Julia sont à peine perceptibles.


SEQ. 21B CUISNE INT / JOUR

De l’eau boue dans une grande casserole. Les légumes s’enfoncent brutalement dedans.

Yvette jette les épluchures qui tombent dans et autour du grand sac poubelle.

Les pleurs de Julia sont désormais tout proches.


SEQ. 22 PLACE DU VILLAGE EXT / JOUR

La mobylette de Georges vient se poser contre un mur. Il coupe le moteur et disparaît.


SEQ. 23 BOULANGERIE INT / JOUR

La main de LA BOULANGERE prend un pain dans les étagères, se retourne et le pose sur son comptoir.

On ne voit pas son visage. Elle ouvre un carnet.

La main de Georges dépose quelques pièces dessus et prend le pain.

Georges disparaît dans la profondeur, la porte de la boulangerie se referme lentement.


SEQ. 24 SALLE A MANGER INT / JOUR

La famille est à table devant le journal télévisé national.

La petite Julia se met à hurler après son frère, qui hilare, vient de lui voler son pain.

Yvette lui arrache des mains et redonne à sa fille son morceau de pain. Elle se tourne vers son mari.

Les yeux absorbés par le tube de télévision, Georges reste impassible : il n’a pas remarqué la petite « scène » autour de ses enfants.

YVETTE (en se levant)

Où que t’es, tantôt ?

GEORGES (sans la regarder)
Je retourne chez Rubillard.

YVETTE (disparaissant dans la cuisine)
Encore des clôtures…

D’un léger mouvement de tête, Georges acquiesce. Il regarde ses enfants tous les deux tournés vers la télévision.

Yvette revient avec un plat chaud qu’elle pose sur la table.

Son mari se sert machinalement et mange.

Le journal télévisé se poursuit.

En sueur, Georges se ressert un verre de vin rouge. Continue de manger.

Yvette le dévisage longuement : son visage est fatigué, ses yeux cernés.

Il boit. Toujours sans regarder ce qu’il fait, il se sert encore de son pain comme d’une fourchette qu’il porte à la bouche.

Kévin mange de la même façon que son père, comme s’il l’imitait.

SEQ. 25 CUISINE INT / JOUR

Les mains d’Yvette sont plongées dans le bac de l’évier. Son éponge passe lentement sur quelques assiettes puis s’immobilise. Elle ne parvient pas à faire sa vaisselle.

Le bruit de la mobylette de Georges filtre.

Au fond du couloir dans la cuisine, on distingue Yvette s’essuyer les mains. Elle se retourne, regarde vers l’extérieur.

Le moteur du « deux roues » se fait de plus en plus lointain.

Elle baisse la tête et s’appuie contre l’évier.

Ses bras longe lentement son corps.

Elle reste immobile, prostrée. Son regard fixe le sol.

SEQ 26 Début GARE DESAFFECTEE (côté voie) EXT / JOUR

Kévin traverse la voie et se dirige vers l’ancien abri où il semble chercher quelque chose, il fait tomber plusieurs bouteilles vides.

Il en ressort avec une petite planche.

Julia se tient en équilibre entre les deux rails. Son frère le remarque et l’aide à aller jusqu'à ses jouets.

Il installe sa petite planche sur la voie pour relier les deux rails en vérifiant que sa sœur ne rate rien au spectacle qu’il prépare.

Une petite voiture dans chaque main, il les fait traverser sur ce nouveau « pont » en simulant des klaxons.

Un vrai klaxon retentit au même instant.


SEQ. 27 UN CHAMP EXT / JOUR

D’une petite route qui longe des terrains cultivés, le conducteur d’une fourgonnette fait des grands signes de la main sans s’arrêter.

A l’extrémité d’un champ, RUBILLARD un agriculteur lui répond avec les mêmes gestes. Il se retourne vers Georges, torse nu, qui déroule du fil barbelé.


SEQ. 28 GARE DESAFFECTEE (Côté façade) EXT / JOUR

A une vingtaine de mètres de la gare désaffectée, un homme d’une cinquantaine d’année, L’EMPLOYE DES EAUX, se tient debout près de sa fourgonnette.

Il regarde vers la gare désaffectée en s’essuyant le front en sueur avec un mouchoir.

Il passe son bras à l’intérieur du véhicule et klaxonne, comme pour une deuxième fois.


SEQ. 29 SUPPRIMEE


SEQ. 30 GARE DESAFFECTEE (Côté façade) EXT / JOUR

Yvette sort vers cet inconnu qui klaxonne en restant devant la porte de la gare.

Une vingtaine de mètres les séparent : ce qui fait qu’elle reste à l’ombre tandis que lui est en plein soleil.

L’EMPLOYE
Buron Georges, c’est bien ici qu’il habite ?
Yvette fait signe que « oui » d’un geste sec et craintif.

L’EMPLOYE
Vous êtes sa femme ?

Yvette fixe longuement son interlocuteur sans lui répondre.

SEQ. 31 CHAMP EXT / JOUR

Georges prend les outils que RUBILLARD sort de sa voiture. Il les dépose près d’un arbre, salue l’homme et le regarde disparaître avec son véhicule.


SEQ. 32 GARE DESAFFECTEE (Côté façade) EXT / JOUR

Yvette fait signe qu’elle est bien la femme de Georges.

L’EMPLOYE
Conformément à l’article 27 du syndicat d’adduction d’eau, je suis obligé de résilier votre abonnement ainsi que les fournitures.
Yvette reste totalement muette en le fixant dans les yeux.

Une sonnerie de téléphone portable retentit. L’employé cherche autour de son ceinturon. Coupe la sonnerie.

Son front redevient ruisselant et brille au contact du soleil. Il cherche dans ses papiers puis

L’EMPLOYE
Vous avez reçu trois rappels de notre syndicat des eaux et deux de la perception en recommandé … factures impayées depuis plus de deux ans… Je suis désolé…
Un double bip de messagerie retentit à son tour.

SEQ. 33 GARE DESAFFECTEE (côté voie) EXT / JOUR

Julia vient s’asseoir sur la planche en bois qui sert de pont aux petites voitures de son frère.

Kévin grogne, la pousse puis fait rouler à nouveau ses voitures sur le rail.

Julia se redresse, croise les bras et ferme les yeux en poussant une énorme grimace sous un sourire contenu.

Kévin finit par céder en lui laissant une petite voiture.

Il lui montre comment charger de pierre la remorque d’un petit tracteur qu’il fait maintenant rouler.

Elle s’exécute tandis que lui, simule le bruit du tracteur qui manœuvre.


SEQ. 34 GARE DESAFFECTEE (côté façade) EXT / JOUR

Toujours immobile et silencieuse, Yvette observe les moindres gestes de l’employé qui retourne vers son véhicule en se passant la main sur le front.

Il ouvre la porte arrière. En sort une trousse à outils.

Il fait une dizaine de pas autour de sa fourgonnette. Regarde le sol. S’immobilise à un endroit. S’accroupit. Arrache des mauvaises herbes qui cachaient une petite plaque métallique.

Il prend un outil et enlève avec difficulté cette petite plaque qui sert de fermeture au regard.

Ses gestes sont tremblotants. Un trou apparaît.

L’homme regarde en direction d’Yvette. Elle n’a pas bougé.

Des rires d’enfants s’élèvent, très lointains, puis disparaissent.

L’employé retourne à son véhicule. Sort une longue clef métallique de plus d’un mètre.

Il l’enfonce presque entièrement dans le sol. La tourne violemment d’un quart de tour à gauche.

Il replace la petite plaque métallique. Met un coup de pied dessus.


SEQ. 35 CHAMPS / CLOTURES EXT / JOUR

Georges est à nouveau près de la clôture.

Il frappe à grands coups de marteau sur des cavaliers.

Le barbelé se fixe sur des pieux en bois.


SEQ. 36 GARE DESAFFECTEE (Côté façade) EXT / JOUR

L’employé range ses outils. Ferme son coffre. Jette un dernier regard vers Yvette.

L’homme s’apprête à prononcer quelque chose, hésite un moment puis

L’EMPLOYE
Si vous réglez demain matin, je peux repasser demain après-midi…C’est un logement qui appartient à la mairie… voyez avec eux…si…

Face au mutisme d’Yvette, il se remet au volant de son véhicule. Ferme lentement la porte et démarre.

La fourgonnette cale. Redémarre à nouveau.

L’employé enclenche une vitesse et embraye brutalement. Les roues dérapent.

Yvette observe le véhicule disparaître derrière les arbres puis réapparaître au loin avant de disparaître complètement.


SEQ. 37 CHAMP EXT / JOUR

A l’ombre d’un chêne sur lequel repose sa mobylette, Georges est assis, seul, éreinté, une bière à la main.

Il observe son travail : la partie clôturée du champ paraît ridicule à coté de ce qui reste à faire.

Il regarde sa bière. L’engloutit presque d’un seul trait.


SEQ. 38 A ESCALIER INT / JOUR

Yvette entre lentement au pied de l’escalier. Jette un regard vers le premier étage puis monte.


SEQ. 38 B CUISINE / COULOIR INT / JOUR

Yvette apparaît dans le couloir et se dirige dans la cuisine.

Elle entre dans la pièce. On entend dehors la voix des enfants.

Elle s’approche de la fenêtre. Les observe en train de jouer. S’attarde un instant sur la petite partie de terre qui sert de « potager ».

Elle s’approche expressément de l’évier. Ouvre énergiquement les robinets : l’eau coule normalement puis se met à crachoter.

Des bruits sinistres retentissent dans les tuyaux de la maison.

Elle traverse le couloir en courant vers la salle de bain.


SEQ. 38 C SALLE DE BAIN INT / JOUR

Yvette ouvre le robinet du lavabo puis celui de la petite baignoire.

L’eau ne coule plus.

On entend des pas s’éloigner (en courant).


SEQ. 38 D COULOIR / ESCALIER INT / JOUR

Le couloir est vide. Dans la profondeur, la cuisine

Toute la plomberie de la maison se met à résonner. On entend les pas d’Yvette dévaler les escaliers.

Depuis le premier étage, on découvre l’escalier vide.

SEQ. 39 ROUTE DU VILLAGE EXT / JOUR

Sa fille dans les bras, Yvette marche sur la petite route qui mène dans le bourg du village.

A moins de deux mètres d’elle, Kévin s’amuse à faucher des herbes hautes avec un bâton.

La pesante chaleur rend cette marche difficile.

Yvette semble ne plus pouvoir porter sa fille. Son visage transpire. Son souffle de grande fumeuse est lourd.

A l’approche d’un arbre au bord de la route, Yvette fait un dernier effort avant de déposer Julia à l’ombre.

Elle remarque son fils au milieu de la route faisant dos à une voiture qui déboule à vive allure.

Elle attrape violement Kévin et le pousse sur le talus.

La voiture freine en klaxonnant. Le conducteur fait signe à Yvette qu’elle est folle.

Effrayés, les deux enfants se mettent à pleurer.

Yvette les enlace chaleureusement. Elle les rassure.

La voiture s’éloigne.

SEQ. 40 CAFE INT / JOUR

Un VIEIL HOMME est au comptoir du bar, un verre à la main, à l’affût du moindre passage ou bruit de moteur.

Derrière lui, LA PATRONNE DU CAFE, prépare un plateau avec des consommations.

Yvette est installée à une table devant Julia, dos au bar. Elle a le visage de quelqu’un qui voudrait dire quelque chose mais n’y arrive pas.

Dans la profondeur, Kévin s’amuse à faire tourner les poignées d’un baby-foot.

Le café est désert.

Silencieuse, la patronne dépose les trois verres sur leur table puis disparaît.

Yvette contemple longuement sa bière, la prend, boit. Julia trempe une madeleine dans un verre de lait.

Kévin s’approche et avale une longue gorgée de jus d’orange. Il a le visage rouge écarlate de coups de soleil.

De nouveau derrière son bar, la patronne observe Yvette et ses enfants. Elle essuie nerveusement quelques verres puis rompt ce lourd silence :

LA PATRONNE
Et ben dis donc, t’es pas causante, t’en fait une tête… !?

Sans relever le regard de la table, Yvette reste silencieuse un instant, hésite puis se retourne vers le bar.

YVETTE
Y’a plus d’eau !

La patronne pose son torchon, regarde vers la porte d’entrée et soupire.

LA PATRONNE
Ca c’est sûr, si ça continue, ça va devenir inquiétant…

LE VIEIL HOMME
Et ils ont dit que ça allait durer !

Yvette les observe sans rien répondre puis se tourne à nouveau vers son verre. Elle remarque Kévin debout sur une chaise près du baby-foot, la main enfoncée dans un des « buts ».

Elle finit la bière d’une traite. Prend sa fille dans ses bras qui renverse son verre de lait. Elle fait un signe à Kévin, puis sort du bar sans rien dire.

La patronne observe, incrédule, leur passage puis se tourne vers son dernier client. Elle jette un dernier regard furtif vers l’extérieur, pleine d’incompréhension.

Le silence se réinstalle.

Le vieil homme paye sa consommation, salue et sort.

La patronne se dirige vers la table d’Yvette, ramasse les verres et passe l’éponge sur le lait renversé de la petite Julia.

SEQ. 40 BIS VILLAGE EXT / JOUR

Yvette et ses enfants disparaissent dans la profondeur d’une rue du village. Le soleil est toujours aussi cru.

SEQ. 41 CHEMIN ET ROUTE DE CAMPAGNE EXT / JOUR

Du silence de la séquence précédente succède un bruit violent de moteur de mobylette.
Du point de vue subjectif de son conducteur des paysages de campagne défilent.
Le long chemin caillouteux traversé rend l’horizon et l’équilibre du deux roues très approximatif.
Un virage à angle droit se négocie à coup de dérapage, avant d’arriver à la fin du chemin qui se transforme en petite route départementale.

SEQ. 42 COULOIR / CHAMBRE D’YVETTE ET GEORGES INT / JOUR

Yvette apparaît dans le couloir, entre expressément dans sa chambre et referme la porte derrière elle.

En sueur, elle s’assoie sur le rebord du lit. Elle a du mal à reprendre son souffle, lourd.

Elle se passe la main dans le cou comme si elle étouffait, puis dans un geste de rage, arrache sa robe légère qu’elle jette à travers la pièce.

Elle est quasiment nue, assise, le regard fixe, dur.

Elle se lève, contourne le lit puis s’immobilise devant le grand miroir de la vieille armoire de la chambre.

Elle reste figée, son regard parcourt le reflet de son corps plus ou moins déformé par les défauts du miroir.

Elle touche sa peau moite, ce corps ne semble plus lui appartenir.

On entend au loin les enfants, la télévision.

SEQ. 43 A CROISEMENT ROUTES DE CAMPAGNE EXT / JOUR

Georges débouche avec sa mobylette au croisement de quatre routes sans s’arrêter.

SEQ. 43 B PLACE DU VILLAGE EXT / JOUR

Georges traverse la place du village et se gare près d’un café.

SEQ. 44 SALLE A MANGER INT / JOUR

Installé devant la télévision éteinte, Kévin joue. On ne voit pas son visage.
On entend des pas dans la pièce et reconnaît les voix d’Yvette et Julia.
Le jeune garçon se retourne et les observe. Une expression étrange envahit son visage.
Yvette est toujours à moitié nue, en culotte.
Elle soulève Julia et l’assoit sur le rebord de la table. Elle la déshabille puis lui enfile une nouvelle petite robe fleurie.
Kévin n’a rien raté à la scène mais finit par se retourner vers la télévision.
Yvette s’approche de son fils, lui caresse lentement la tête. Il la regarde. Elle lui sourit, tendrement.
Elle est beaucoup plus calme.
Elle jette quelques regards dans la pièce.
Le drap tendu devant la porte fenêtre lutte toujours contre la chaleur. .
La télévision est éteinte.
Une vieille horloge sur la commode indique 19h30.

SEQ. 45 UNE RUE DU VILLAGE EXT / JOUR

La mobylette de Georges, toujours garée contre un mur.

SEQ. 46 A SALLE A MANGER INT / JOUR

Kévin ronchonne à l’idée d’enfiler la nouvelle tenue que lui tend sa mère.
Elle le force en le faisant rire, le chatouillant. Elle le boutonne, lui ajuste sa chemise puis lui enfile une veste.
Il a l’air gêné de cet accoutrement inhabituel, presque chic.

SEQ. 46 B CHAMBRE YVETTE ET GEORGES INT / JOUR

Yvette entre dans sa chambre et ouvre le placard. Elle observe ses vêtements et ceux de son mari.
Son visage est attiré par le bruit de la mobylette qui se fait de plus en plus présent.
Elle sort une veste et un pantalon de costume pour homme, ainsi qu’une cravate.
Elle dépose soigneusement le tout sur le lit.
Dehors, le moteur du deux roues se coupe, tout près.
Yvette prend une robe, la plus belle semble t-il, même si cette dernière dénote d’un chic un peu démodé.
Elle la passe.

SEQ. 47 SALLE A MANGER INT / JOUR

Georges entre dans la pièce. Sa démarche est incertaine. Son visage tiré. Ses yeux sont rouges. Il a bu.
Il observe que la table n’est pas mise. Dubitatif, il s’approche de Kévin, remarque sa tenue, touche sa chemise, ses cheveux.
Yvette entre dans la pièce. « Apprêtée ». Un maquillage souligne ses traits légèrement boursouflés. Elle a mis du rouge à lèvre et porte un collier.
Elle le dévisage.
Georges s’approche lentement d’elle et la regarde, de la tête au pied. Il semble vouloir la toucher mais n’y parvient pas.

GEORGES
Qu’est-ce qu’il y’a … ?
Yvette détourne le regard vers l’horloge qui affiche désormais 20h05.
Elle s’approche de la table. Vide le reste d’une bouteille de vin dans un petit verre.
Elle le boit lentement. Ils se regardent, sans rien dire.
Georges touche les vêtements inhabituels que porte Yvette. La robe donne à sa femme une silhouette beaucoup plus féminine et avantageuse.
Elle éprouve avec plaisir le regard que lui porte son mari.
Il lui passe la main dans le cou. Elle ferme les yeux, se laisse faire. Georges tourne autour d’elle. Son visage se dévoile, ses yeux brillent.
Ils s’enlacent, se serrent, de plus en plus fort.

SEQ. 48 A VILLAGE EXT / SOIR

Aux abords du village, on distingue le clocher de l’église. Le toit de quelques maisons. La place déserte.

SEQ. 48 B PRAIRIE EXT / SOIR

Yvette et Georges apparaissent derrière un haut buisson. Ils traversent une prairie.
Yvette porte sa petite fille dans ses bras tandis que le jeune garçon marche quelques mètres devant son père.
Georges porte désormais son costume un peu désuet avec une cravate classique. Comme s’ils avaient sorti leurs « habits du dimanche ».
Ils poursuivent leur marche à travers un petit bois. Kévin vient donner la main à son père.

SEQ. 49 PRAIRIE / VOIE DE CHEMIN DE FER EXT / SOIR

La famille débouche d’une prairie et s’approche d’une voie de chemin de fer légèrement surélevée par un long tapis de pierre et entourée d’un long grillage.
Yvette dépose sa fille entre la prairie et la voie puis sort quelques jouets d’un sac en plastique.
Georges observe sa femme.
Elle le regarde, déterminée, puis donne à son fils ses petites voitures.
Kévin s’approche des rails en regardant ses parents, comme s’il vérifiait qu’il est autorisé à y aller.
Les parents se taisent.
Kévin dépose ses voitures miniatures sur les rails mais ne joue pas. Comme dans la séquence 14, son regard s’approche de l’arrière de son jouet.
Nous découvrons la fuite des rails, infinie.
Yvette s’approche de son mari. Lui prend le bras. Le tire vers les rails.
Il résiste fermement mais elle insiste, en l’enlaçant.
Ils montent sur la voie. Yvette est très douce. Attentionnée. Elle le fait s’asseoir sur les rails.
L’air et la lumière ont la douceur d’un soir d’été.
La petite Julia manifeste le désir de rejoindre son frère.
Yvette et Georges se fixe à nouveau du regard. Leurs expressions ont changé. Ils dégagent plus d’assurance, presque de la fierté.

Un bruit.
Ils se retournent. Au loin un point grossit de plus en plus.
Georges se lève brutalement. Yvette lui touche le bras puis la main. Il se rassoit.
Elle regarde rapidement son fils qui a les yeux rivés derrière eux. Elle se retourne. L’avant d’un TGV est parfaitement reconnaissable.
Le vrombissement du train est de plus en plus présent.
Yvette se lève rapidement, quitte les rails. Kévin s’apprête à la suivre quand son père le retient.
Yvette revient avec Julia dans les bras. Elle s’assoie près de Georges. Il tient toujours fermement le bras de son fils qui commence à hurler de peur.
Les visages tremblent. Se déforment. Comme envahis par une folie soudaine.
Le bruit du TGV est extrêmement fort.
Yvette se retourne vers le train.
L’avancée pointue de la cabine du TGV est à une centaine de mètres puis s’approche définitivement jusqu’au très gros plan, jusqu’au NOIR
Accompagné d’un silence total et soudain le GENERIQUE DE FIN

Edité le : 14-06-04
Dernière mise à jour le : 14-06-04