Le dernier tango à Paris revu par ceux qui l'ont fait et replacé dans l'effervescence du début des années 70 : un passionnant documentaire signé Serge July et Bruno Nuytten.

L'odeur de soufre, le scandale, l'aura de Marlon Brando ont fait la notoriété du Dernier tango à Paris. Mais qu'en est-il du film ? Le journaliste Serge July et le réalisateur Bruno Nuytten (Camille Claudel) ont interrogé ceux qui ont participé à l'aventure : Bernardo Bertolucci, Maria Schneider, le chef opérateur Vittorio Storaro, les assistants... Tous se souviennent d'un tournage éprouvant, d'une expérience folle et douloureuse. Personne ne pensait que le film deviendrait un phénomène de société. Personne n'en est sorti indemne. Le documentaire revient sur la manière dont il a été fait et le replace dans son contexte social et culturel : Le dernier tango à Paris serait "la face noire de la révolution sexuelle", reflet des changements et des contradictions du début des années 70.
Histoires de culte
Le dernier tango à Paris était-il un film machiste, ou au contraire une oeuvre qui marqua la fin du monde ancien qu'incarna Brando ? Les interventions de l'écrivaine féministe Germaine Greer éclairent les malentendus qu'il a pu susciter. Trente ans plus tard, il s'agit de prendre du recul. Le dernier tango est présenté comme une oeuvre à la croisée des chemins : c'est la fin de la Nouvelle Vague, le cinéma italien est en vogue, le cinéma classique américain s'éteint doucement et une nouvelle génération arrive à Hollywood ; dans cette période de transition, Jean-Pierre Léaud et Marlon Brando peuvent se croiser et être rivaux à l'écran. Le documentaire s'attache aussi à décrire les secrets de fabrication du film : les techniques de jeu de Brando, le travail du chef opérateur sur la couleur orange (celle des seventies)... On y voit Maria Schneider très amère, gardant surtout le souvenir d'une humiliation. On y entend dire que Brando s'était senti violé. Bernardo Bertolucci, quant à lui, se livre avec plus de distance, à travers des anecdotes, et porte un regard apaisé sur un film où chacun mit beaucoup de lui-même.