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CINEMA SUR ARTE - 26/08/09

Le deuxième souffle

Un film de Jean-Pierre Melville


Un truand en cavale, accusé d'avoir donné ses complices, se bat pour laver son honneur. Du pur Melville et du pur Ventura.

  • Le deuxième souffle

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L’histoire
Gustave Minda, surnommé "Gu", condamné à perpétuité, s'échappe au cours d’une évasion risquée de la Prison de la Centrale. Arrivé à Paris à temps, il aide ses deux amis fidèles, Manouche et Alban, aux prises avec des hommes de main envoyés par un mafieux sans scrupule Joe Ricci. Gu se planque chez eux en attendant de pouvoir s’enfuir en Italie via Marseille. Pour pouvoir financer sa fuite, il accepte un dernier coup avec Paul Ricci, le frère de Joe et vieil ami de Gu : un holdup juteux et meurtrier sur un fourgon de transport de fonds près de Marseille. Pendant ce temps, le commissaire Blot (Paul Meurisse) part à la chasse à l’homme sur les traces de Gu…

Melville le franc tireur
Avec le « Deuxième Souffle », Melville affirme son goût pour le film noir et affine son style déjà ébauché dans « Le Doulos » ou « Bob Le Flambeur ». Et quel style ! Minimaliste, épuré, avec des images cadrées à l’extrême, composées au cordeau et des dialogues ad hoc. Intransigeant et esthète, Melville suit des idées très précises et refuse tout compromis artistique. Indépendant à tout prix, il finance la construction de ses propres studios en 1955 dans un entrepôt désaffecté : les studios Jenner situés dans le 13ème arrondissement (au 25 Bis rue Jenner) qui seront ravagés par un incendie lors du tournage du « Samouraï » en 67. Les scénarii qui lui sont proposés par les producteurs finissent eux aussi la plupart du temps à la poubelle. Il explique dans le magnifique entretien avec François Chalais (voir lien sur le site de l’INA) enregistré à l’époque du « Deuxième Souffle » : « Je n'ai pas fait de films depuis trois ans, j'ai refusé beaucoup de scénarios. Pourquoi ? Je ne suis pas un affolé de la pellicule. Il faut que je puisse aimer un sujet pendant 70 jours, le temps que dure un tournage ». Excentrique et amoureux d’une Amérique de pellicule, il roule en Ford mustang, porte constamment des lunettes noires et un Stetson. Noctambule depuis son adolescence, Melville aime travailler la nuit, solitaire. Quand Chalais lui demande s’il est misanthrope, Melville lui répond : « Oh oui terriblement ! vous connaissez mes animaux ! »

Un « littéraire » au cinéma
De son vrai nom Jean-Pierre Grumbach, Ie cinéaste a choisi son pseudonyme en hommage à l'écrivain américain Herman Melville. Dans la même interview Melville explique qu’il rêve qu’il y ait de « la place pour un cinéma un peu particulier, intellectuel… Un peu littéraire ». Et en effet, ces débuts de réalisateur ont été marqués par des adaptations littéraires étonnantes : depuis le " Silence de la mer" de Vercors en 1947 avec peu sinon pas de moyens, en passant par une collaboration étrange avec Jean Cocteau pour "Les Enfants terribles » en 1950, l’adaptation du roman de Beatrice Beck "Léon Morin, prêtre" en 1961 jusqu’au polar de Simenon « L’Aîné des Ferchaux » en 63. Le « Deuxième Souffle » est lui adapté du roman de José Giovanni, paru dans la collection Série noire en 1958 et encensé par Cocteau. Giovanni a eu un parcours atypique : condamné à mort très jeune il a passé trois ans dans le couloir de la mort (dont il a écrit « Le Trou »), une peine commuée plus tard en perpétuité, avant d’être gracié. Cette histoire lui a été inspirée par un fait divers réel qui impliquait un truand nommé Gustave Méla, dit « Gu le terrible». Giovanni change ce nom en Gustave « Minda ».
Trois ans après ce film, Melville tournera "L'armée des ombres" d’après le roman de Joseph Kessel toujours avec Ventura et Meurisse, sans doute le plus film le plus poignant réalisé sur la Résistance.

Gu ou la fin d’un monde
Gustave Minda dit « Gu », symbolise le hors-la-loi doté d’une conscience, d’une morale d’acier. Homme d’honneur, il ne balance jamais, pas même sous la torture ; c’est un homme dont la réputation a été injustement salie dans le Milieu et qui, va se démener pour prouver son innocence (il est accusé d’avoir donné ses complices). Paradoxalement, un carton annonce avant le film que les auteurs du film ne prônent ni ne partagent cette « morale » de truand. Pourtant c’est cette volonté d’airain, ces codes moraux venus d’un autre temps et bientôt disparus qui paraissent fasciner Melville et presque l’obséder.

Des acteurs uniques
Blindé de personnages secondaires tous plus savoureux les uns que les autres, ce film tourne néanmoins autour de trois caractères : Gu, Manouche et le commissaire Blot. La Femme inaccessible, Manouche, est incarnée non pas par une actrice mais par Christine Fabréga, speakerine à l’ORTF, blonde, gironde et hiératique. C’est l’incroyable Paul Meurisse, un des meilleurs acteurs français de l’époque qui joue Blot, un flic brillant sans pitié, aux méthodes peu usuelles. Dans le film, les répliques acérées, plutôt rares, font mouche à tout coup. On retiendra par exemple la merveilleuse tirade de Blot quand il arrive sur les lieux du crime et explique aux témoins ce qu’ils pensent (voir le lien ci-dessous).

Une influence majeure dans le cinéma d’aujourd’hui
Cinéaste de l’idéal malmené, Melville excelle dans le genre noir : il expose le Fatum en y insufflant de la mélancolie, des grands espaces par besoin d’infini, des silences coupants. Sa singularité en a fait un « père de la Nouvelle Vague » malgré lui. À Chalais, il explique : "Je m'en suis désolidarisé car je n'aime pas faire partie d'une école, d'une secte. J'aime être seul. » Il a néanmoins joué pour Jean Luc Godard dans « À bout de souffle » le rôle d’un cinéaste, Barbulesco en pleine interview. Influencé par le cinéma américain depuis son enfance (il cite souvent Chaplin ou Cavalcade de Frank Lloyd), sa manière de filmer évoque certains films noirs américains : « Force of Evil » d’Abraham Polonsky (1947) ou encore « La Dame de Shanghai » d’Orson Welles (1948) avec qui il partage une esthétique sans concession et un goût prononcé pour l’ellipse.
Aujourd’hui ce sont les cinéastes américains qui sont à leur tour fascinés par Melville et notamment par « Le Samourai » : de Jim Jarmusch en passant par Quentin Tarantino, les frères Coen et Michael Mann. L’Asie n’est pas en reste avec des admirateurs comme John Woo ou Takeshi Kitano. 35 ans après sa mort, le mystérieux Melville et ses films diamants noirs continuent encore et toujours à faire rêver…

Delphine Valloire


Video



L’attaque dans le bar et l’entrée du commissaire (à voir la tirade très drôle du merveilleux Paul Meurisse « le commissaire Blot ») :



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Le deuxième souffle
jeudi, 10 septembre 2009 à 14:45
Pas de rediffusion
(France, 1966, 144mn)
ARTE F

Edité le : 14-08-09
Dernière mise à jour le : 26-08-09