Avant Merci pour le chocolat, Claude Chabrol a fixé le climat sordide de la France à fin du XXe siècle avec le glacis d'un épais brouillard breton : un thriller intense et un de ses meilleurs films.En traversant une forêt des enfants découvrent le corps d'Éloïse, dix ans. La dernière personne à avoir vu la petite fille est son professeur de dessin René Sterne. Tandis que tous les soupçons se portent sur ce personnage fragile et secret, sa femme Viviane est séduite par la célébrité locale Germain Desmot, un écrivain à succès…
Malaise à St-Malo. Cinéaste à la filmographie démesurée, Claude Chabrol a réalisé de très bons films et d'autres. Inspiré par sa veine flaubertienne, démangée par son amour du polar, le vétéran du cinéma français signe ici, après Rien ne va plus (1997) et avant Merci pour le chocolat (2000), l'un de ses meilleurs films. Servi par une interprétation inhabituelle, tourné l'hiver en Bretagne, ce long métrage portait, sur la première version de son scénario, un titre légèrement différent : la couleur du mensonge. Avec ses tableaux de la cote cancalaise où les jaunes, les bleus et les gris s'entrelacent, avec ses deux personnages hauts en couleurs, celui de René, le peintre traumatisé par son passé devenu étranger au monde – René ne demande qu'à renaître – et celui de Germain Desmot, le journaliste excentrique grand manipulateur du verbe qui ne s'appelle pas Desmot pour rien ; Chabrol livre un trompe-l'œil bigarré, à l'intérieur duquel chacun – le spectateur mais aussi les protagonistes – cherche à trier le vrai du faux. "On n'a beau porter des gants, explique Viviane Sterne au cours d'une séance de jardinage, on n'a toujours les mains sales". Dans le tapis des idées reçues, Chabrol agence brillamment une intrigue intense à la tonalité badine, des mots d'auteurs dans des scènes impertinentes. Derrière le rire de l'ogre se cache une description au vitriol du climat sordide de la France à fin du XXe siècle où le chômage flambe et les magouilles vont bon train…






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