
Depuis Chenaï, anciennement Madras, nous longeons la côte sur quelque 350 km en direction du sud, dans la région de Nagapattinam qui a été frappée le plus durement par la catastrophe : 73 villages sont sinistrés, 6.063 personnes ont péri, 36.860 maisons ont été balayées par les flots. Pendant le trajet qui dure plus de six heures, nous voyons régulièrement des camps accueillant les victimes.
2e jour : La détresse des paysans

Au milieu d’un village ravagé, un homme vient vers nous, des photos à la main. Il est paysan et ses champs sont brûlés par le sel laissé par le raz-de-marée, qui a en outre détruit trois des bâtiments occupés par la famille élargie. Nous le suivons sur l’exploitation où ses proches sont en train d’évacuer les décombres. Ils ne savent pas du tout comment les choses vont évoluer. Le gouvernement indien a concentré en priorité l’aide sur les pêcheurs, les plus touchés par la catastrophe. Les agriculteurs de la région côtière se sentent floués. La famille craint que les plus jeunes ne soient obligés de louer leurs services à la journée comme coolies.
3e jour : Les soucis des pêcheurs

Dans le port de Keechankuppam, c’est un peu comme si des géants avaient joué aux billes avec les bateaux. 618 personnes ont péri ici, la plupart des 863 maisons sont détruites. Mais les pêcheurs ne baissent pas les bras. Ils déblaient les décombres, récupèrent ce qui est réutilisable et souhaitent reprendre la mer le plus tôt possible pour assurer leur subsistance. Toutefois, ils sont déçus par les premières propositions de l’Etat qui ne souhaitait rembourser qu’une partie de la valeur des bateaux et accorder des prêts pour le reste. Or les pêcheurs exigent d’être intégralement indemnisés. Pour cela, ils réclament des négociations et menacent de faire grève.
4e jour : Personne ne pense aux Dalits

En longeant une plage qui fut paradisiaque, nous découvrons l’enfer : un village de Dalits, des coolies qui appartiennent à la caste des intouchables. Le village comptait 65 cabanes et maisons éparpillées sur la plage, à l’ombre des palmiers. Seules quatre d’entre elles sont encore debout, les 61 autres ont été englouties par les flots. Nous discutons avec une famille qui avait emménagé dans sa jolie petite maison un mois à peine avant la catastrophe. Quelques murs sont encore debout, mais les fondations ont été balayées et un coin a disparu. Les Dalits n’ont plus de travail car les pêcheurs du port voisin et les paysans de la région sont eux-mêmes dans la détresse. Mais les pêcheurs sont organisés, ce qui n’est pas le cas des Dalits. L’idée a été lancée de faire appel à ceux-ci pour reconstruire les maisons, mais cela peut prendre encore plusieurs mois.
5e jour : Retour et réflexions

Le courage des Indiens est admirable ! Ils font face au malheur un peu comme si c’était une épreuve, remontent leurs manches et préparent l’après-catastrophe sans se laisser abattre. Qu’est-ce qui motive un tel comportement : leur religion, leur mentalité ou l’expérience de l’adversité dès le plus jeune âge ? Les Dalits sont les plus pauvres parmi les pauvres. A l’issue du tournage, nous leur avons donné 1000 roupies, l’équivalent de 18 euros. Au départ, ils n’ont pas accepté notre argent. Pour eux, mille roupies correspondent à un demi-mois de salaire et ils ont décliné notre offre au motif qu’ils n’avaient pas travaillé en contrepartie. Nous avons pratiquement dû leur imposer notre « don ».







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