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La course aux matières premières

Avec les besoins de la Chine, du Brésil et de l'Inde, ajoutés à ceux des anciens pays industrialisés, la demande mondiale en matières premières a explosé.

La course aux matières premières

15/09/08

Le pétrole - une matière première limitée

Les avis des experts divergent sur le pic pétrolier. Qu’en est-il réellement ? Et quelles sont les réserves potentielles du sous-sol au niveau mondial ? Pour les besoins de l’enquête, ARTE a interviewé Hans Georg Babies, du BGR, l’Institut fédéral des géoscienses et des ressources naturelles de Hanovre.

ARTE : Quand on parle de réserves pétrolières, on distingue entre réserves prouvées, probables et possibles. Qu’entend-on par là ?

Hans Georg Babies : D’abord, on entend par ‘réserves’ l'ensemble d’une source d’énergie que l'on considère raisonnablement pouvoir extraire et rentabiliser à l’avenir à partir des ressources physiques connues, compte tenu des conditions techniques du moment. A contrario, les ‘ressources’ recouvrent les quantités de matière première qui sont prouvées, mais ne sont pas encore récupérables aux conditions économiques du moment, ou dont l’existence sous terre est considérée comme possible. On distingue enfin entre réserves (physiquement) prouvées, probables et (seulement) possibles.

Le Proche-Orient est actuellement le principal fournisseur de pétrole. Mais le sous-sol canadien contient des réserves énormes qui ne sont pas encore exploitées. Quel est le potentiel des ressources mondiales non découvertes ?

En fait, 62 % des réserves se trouvent dans les pays du Golfe, les 10 % restants en mer Caspienne et dans l’ouest de la Russie, une région politiquement plutôt instable que l’on appelle « l’ellipse stratégique ». Les pays de l’Opep disposent de près de 73 % des réserves, ce qui explique leur rôle majeur pour l’approvisionnement pétrolier futur– notre dépendance en fait. Les quantités de sables bitumeux du Canada, souvent assimilées à des réserves mais que le BGR continue de classer dans les réserves non conventionnelles, sont effectivement énormes et, toutes catégories pétrolières confondues, hisseraient le pays au 2e rang des pays producteurs, juste derrière l’Arabie Saoudite. Le hic est que si les coûts d’exploitation sont comparables à ceux du pétrole conventionnel, la capacité d’extraction ne dépassera pas les 5 % de la production mondiale à terme, soit jusqu’en 2015 environ, car il faudra d’abord procéder à des investissements très lourds. A cela s’ajoutent les problèmes de pollution, comme les émissions de CO2, et des besoins considérables en terrains, en eau et en gaz naturel.

On nous dit que les réserves seront épuisées dans 45 ans environ. Les plus optimistes parlent de réserves encore à découvrir. Quelle est votre position ?

Cela fait des années que le pic pétrolier tourne autour de 40 années. Pour le calculer, on divise la consommation mondiale annuelle par les réserves actuellement connues. Ce qui conduit généralement à des malentendus, car soit les gens croient qu’il n’y aura pas de problème pendant la période donnée, soit ils en concluent qu’il n’y aura plus de pétrole dès demain. Les deux conclusions sont erronées. Il y aura encore du pétrole dans cent ans, simplement, on ne pourra plus le gaspiller comme on le fait aujourd’hui.
Finalement, ce qu’on veut, c’est faire croire que les réserves mondiales sont inépuisables. Il est donc capital à nos yeux de pointer le caractère limité du pétrole comme matière première et, vu le temps de réaction dans le secteur énergétique, de trouver des alternatives au pétrole. Les réserves pétrolières non découvertes – les ressources – représentent environ la moitié des réserves actuelles, et la plupart se trouveraient elles aussi dans les pays du Proche Orient.
Trouver et exploiter ces ressources a en outre un coût technique et financier plus important que ce n’est le cas actuellement, ce qui se répercutera sur les prix pour le consommateur. Le temps du pétrole bon marché est bel et bien révolu. La hausse du prix du baril entraîne une intensification des recherches de nouveaux gisements fossiles, tout en favorisant la rentabilité d’énergies non conventionnelles comme les énergies renouvelables – éolienne et solaire – et les sables bitumeux canadiens, ces derniers présentant toutefois un risque environnemental élevé dont il faudra tenir compte.

Le pétrole n’est pas seulement utilisé comme carburant – quel rôle joue-t-il dans notre vie quotidienne et quelles seraient pour le consommateur les autres conséquences de sa disparition ?

Quelque 50 % (soit 60 millions de tonnes/an) de pétrole consommés en Allemagne sont utilisés comme carburant routier et aérien. Vingt-cinq pour-cent sont utilisés pour le chauffage, et 16 % (soit 20 millions de tonnes/an) sont consommés par l’industrie pétrochimique. Il faut s’attendre à ce que les carburants d’aujourd’hui soient progressivement abandonnés au profit d’autres énergies. L’industrie pétrochimique peut d’ores et déjà se rabattre en partie sur le gaz naturel. Bien sûr, une fin brutale de pétrole ferait des ravages, mais le recul de la production étant programmé à long terme, il faut s’y préparer. D’où les réflexions actuelles pour trouver d’autres ressources.

Propos recueillis par Catherine Knopf

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Edité le : 29-08-08
Dernière mise à jour le : 15-09-08


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