Comment le Kremlin a remis la main sur la plus florissante des compagnies pétrolières en jetant en prison son ambitieux et "trop critique" PDG, Mikhaïl Khodorkovsky.
Le 19 février 2003, sous l'oeil des caméras, et devant le gotha des hommes d'affaires russes réuni autour du président Poutine, le plus jeune milliardaire du pays, Mikhaïl Khodorkovsky, PDG du groupe pétrolier Yukos, pourfend la corruption qui gangrène la Russie à son sommet. Il accuse nommément des hauts fonctionnaires proches du chef de l'État. L'ambiance est électrique, la réponse du président cinglante et ironique. À 40 ans, Khodorkovsky est alors l'homme le plus riche de Russie. Il ne le restera pas longtemps : huit mois plus tard, il est arrêté, puis condamné à huit ans de prison pour fraude fiscale, une peine qu'il purge en Sibérie. Démantelé, son empire tombe pour l'essentiel dans l'escarcelle de l'État, par l'intermédiaire de la compagnie Rosneft. Aujourd'hui, les journalistes, aux ordres, ne mentionnent même plus le nom de Yukos. Et un nouveau procès s'annonce pour Mikhaïl Khodorkovsky, qui pourrait alourdir sa peine de quinze années supplémentaires.
INFORMATIONS SUPPLÉMENTAIRES
Realpolitik
Aux côtés d'acteurs de premier plan, comme certains des anciens proches de Khodorkovsky - dont l'un est en exil à Londres et l'autre a rejoint l'hétéroclite coalition de l'opposition menée par Gary Kasparov -, des témoins privilégiés, comme l'ancien Premier ministre Egor Gaidar ou le journaliste indépendant de Kommersant Andrei Kolisnikov, relatent et analysent la chute de celui qui, pour Vladimir Poutine, était devenu un traître. Une passionnante incursion dans la realpolitik russe, menée tambour battant.