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Cultures Electroniques

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transmediale 09 - 11/03/09

Le progrès qui venait du froid – Fonte des neiges dans un frigo

Un article de Jens Hauser


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Un homme marche péniblement dans la neige où il laisse des traces sinueuses, suivi de près par un brise-glace menaçant qui fait éclater la banquise juste derrière lui. Le court métrage « Nummer Acht – Everything is going to be alright? » (2007) du Néerlandais Guido van der Werve est réalisé en un seul plan séquence qui étend ce moment d’introspection hautement symbolique sur plus de dix minutes. Comme lui, l’homme moderne avance résolument et imperturbablement, malgré la situation périlleuse dans laquelle il se trouve. Mais que se produira-t-il lorsqu’il sera rattrapé par les revers de la technologie ? Le rafraîchissant film « Fonte des neiges dans un frigo » (Eisschmelze im Kühlschrank) mêle des extraits de films d’entreprise, publicitaires, documentaires, mais aussi d’art et d’essai, pour illustrer cinquante années de progrès technologiques. Les images qui symbolisent la prospérité de notre société de consommation s’y enchaînent et forment un étonnant bilan écologique.

Le film passe au crible les gros consommateurs d’énergie et les pollueurs : trajets individuels en voiture, frénésie de la vitesse, énergie nucléaire, chaînes du froid… Dans le dessin animé Automania 2000 (1963), John Halas anticipe avec humour le flot incontrôlable de la circulation. Une décennie plus tard (années 1970 et 80), une publicité autrichienne pour les chaussures, conçue par des poètes, montre l’impossibilité de marcher sur les trottoirs envahis par les voitures en stationnement – seule la qualité des chaussures reste inchangée. C’était l’époque des « simulateurs d’oxygène que nos pères appelaient des arbres ». En 1962, Edgar Reitz utilise dans « Geschwindigkeit » (« Vitesse ») de rapides mouvements de travelling pour traduire une accélération généralisée – un « essai » du Nouveau Cinéma allemand doublement intéressant puisque sa bande son a été réalisé dans un studio Siemens : les innovations culturelles et technologique seraient-elles compatibles ? Dans les années 1980, les cinéastes déchantent : c’est le temps du film d’art et d’essai Sky Light (1988) de Chris Welsby, ou du clip MTV « Acid Rain » de Bill Plympton, tournés en réaction aux pluies acides de Tchernobyl.

En l’occurrence, c’est un film d’entreprise, « Lebensmittel im Eisschlaf » (« Aliments ensommeillés par le gel »), qui démontre avec le plus de force la manière dont on a, en 1960, promu auprès du public les idéologies du progrès et les biens de consommation qui leur sont associés, comme la voiture, le téléviseur, la machine à laver - et le réfrigérateur. Le paradoxe qui sous-tend l’actuel débat sur le climat est alimenté par l’image récurrente de ce dernier : on refroidit ce qui est à l’intérieur au moyen d’un apport massif d’énergie qui, en retour, réchauffe l’extérieur. Le swing d’un orgue de Hammond aide à inscrire dans la tête des consommateurs la « zone polaire du foyer », car « tant que le froid ne vient pas au beurre, le beurre doit se mettre au froid ». La métaphore est illustrée par un bloc de glace embarqué vers l’Afrique ; des enfants noirs sucent une crème glacée. Dans la chaîne du froid, le tri, le lavage et l’épluchage sont toujours réalisés par des auxiliaires en blouses blanches, il y a des « épinards frais en janvier », on est « indépendant de l’heure de fermeture » et le week-end a déjà commencé pour les uns quand les autres font encore la queue. Lorsque tous les arguments rationnels sont épuisés, le réfrigérateur devient le produit à la mode : dans « Match Your Mood » (1968), il est proposé dans toute une gamme de styles, en imitation noyer ou dans un look psychédélique – do it yourself ! Un véritable ballet de façades interchangeables pour vous séduire : que pensez-vous d’un partnerlook pour vous et votre frigo ? Hélas ! Le saumon toujours frais nourrit-il aussi le « Perfect Human » (1967), donne-t-il plus de sens à l’existence ? Le Danois Jørgen Leth met en scène le couple moderne : une abstraction d’une blancheur épurée qui mange, danse, aime, se vernit les ongles, fume la pipe ; et où tout est toujours parfaitement isolé d’un environnement qui a disparu.

Les films de la séance

Dieter Werner for AEG, Lebensmittel im Eisschlaf, RFA, 1960
Jorgen Leth, The Perfect Human, DK, 1967
Jam Handy for Westinghouse Electric Corporation, Match Your Mood, EU, 1968
Chris Welsby, Sky Light, UK, 1988
Acid Rain, EU, 1989
Guido van der Werve, Nummer acht - Everything is going to be alright, NL, 2007
Edgar Reitz, Geschwindigkeit, RFA, 1962
Roland Goeschl & Otto M. Zykan for Humanic, Umweltschutzmauer?, AUT, 1972
John Halas, Automania 2000, UK, 1963
Gerhard Ruehm for Humanic, Wachstum, AUT, 1983

Vidéos

Jorgen Leth - "The Perfect Human" (dk, 1967)


Jam Handy for Westinghouse Electric Corporation - "Match Your Mood" (us, 1968)


Edité le : 11-03-09
Dernière mise à jour le : 11-03-09