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11/05/09

Les Climats

Un film de Nuri Bilge Ceylan


Un film bouleversant du réalisateur Nuri Bilge Ceylan, qui poursuit son 'enquête' sur la solitude et l'incapacité à communiquer de certains hommes turques.

  • Nuri Bilge Ceylan - partie 1
  • Nuri Bilge Ceylan - Partie 2
  • Extrait "Les Climats"

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(Les climats)
(Turquie, 2006, 98 min.)
Avec Nuri Bilge Ceylan, Ebru Ceylan, Nazan Kesal


Entretien avec Nuri Bilge Ceylan (1)
Entretien avec Nuri Bilge Ceylan (2)
Bande-annonce du film



Synopsis : Après plusieurs années de vie commune, Isa et Bahar se séparent.

Critique : Après Uzak (2004), Nuri Bilge Ceylan signe « Les climats » (Iklimler) un film voué au raffinement esthétique pour une histoire simple illustrant magnifiquement l’exergue philosophique que le cinéaste turc pose dès les premières images: « L’homme est fait pour être heureux pour des simples raisons et malheureux pour des raisons encore plus simples ». Isa et Bahar sont au bord du précipice: leur rupture amoureuse. Tous deux cherchent à retrouver le bonheur des sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre mais sont bouleversés par leur constat d’échec. Malgré leurs efforts, Isa et Bahar ne sont que deux âmes solitaires exaspérées qui s’épient, sur le qui vive d’une dissolution complète du fil ténu qui les relient encore.

Nuri Bilge Ceylan et sa femme Ebru Ceylan, incarnent l’intimité de ce couple dont la sincérité est chevillée au corps, une force qu’ils puisent du réel pour mieux la projeter à l’écran. Pour servir son récit, le cinéaste a choisi l’image numérique et obtient un rendu d’une beauté et d’un relief stupéfiant. Jouant de très gros plans (des macros rendues possibles par ce format spécifique) et usant habilement du flou en second plan, Nuri Bilge Ceylan capte de manière totalement inédite et spectaculaire la matière organique et les éléments naturels soumis aux déclinaisons de différents climats. Le prodige de ces tableaux vivants successifs composés dans un cadre toujours strict, soumet l’œil du spectateur à une vision nouvelle du monde fait de détails fixes ou en mouvement : les grains de sables d’une plage bordant au loin la mer filante, les pores de la peau du visage d’Isa, la longue chevelure de Bahar, des gouttes de sueur irradiées de soleil sur son front ou encore un ballet de flocons de neige qui l’isole dans les scènes finales. Nuri Bilge Ceylan utilise ainsi tel un pionnier, le champ lexical de sa caméra haute définition qui lui ouvre des contrées visuelles vierges que seuls, à un bien moindre niveau, Georges Lucas ou Alexandr Sokurov avait goûté. Dans cette exploration, Ceylan recrée notamment un des plans à l’identique de son précédent film en 35mm "Uzak", un paysage de ville sous un ciel tumultueux qui transcrit toujours de manière splendide la solitude de l’homme mais aussi ici, apparaît comme moyen objectif de comparer les différent supports. Parce que le récit est en tant que tel d’une exceptionnelle humanité et qu’il est porté par ce formalisme saisissant, « Iklimer » demeure l’un des événements cinématographiques les plus bouleversants de ce festival de Cannes.

Olivier Bombarda


Synopsis: Le professeur d'archéologie Isa (Nuri Bilge Ceylan) et Bahar (Ebru Ceylan), qui travaille pour une chaîne de télévision spécialisée dans les soap-opéras, passent leurs vacances sur la côte méditerranéenne turque. Leur relation a perdu toute sa passion et Isa se sépare de Bahar. Des années après, Isa regrette sa décision et tente de sauver son amour.

Critique: 'L'homme est destiné pour des motifs simples à être heureux, et pour des motifs encore plus simples à être malheureux - de la même manière qu'il naît pour des motifs simples et meurt pour des motifs encore plus banaux'. Trois ans après avoir remporté le Grand Prix du Jury pour son film "Uzak", c'est en ces termes teintés de stoïcisme que Nuri Bilge Ceylan a présenté son nouveau film. En quelques scènes méditatives et statiques, qui nous montrent les vacances des protagonistes aux abords de ruines grecques antiques - symbolisant la décrépitude de leur relation-, Ceylan évoque cette atmosphère bourgeoise qui imprègne les relations entre une productrice de télévision et un archéologue, qui -comme un des personnages de "Uzak"- appartient à cette séculaire et intellectuelle classe moyenne d'Istanbul. Pendant que Bahar -incarnée par Ebru, la femme de Ceylan-, est adossée à un pilier et que les larmes coulent sur son visage illuminé par un soleil de fin d'après-midi, son mari continue, indifférent à sa peine, à prendre des photos au milieu des ruines. Le silence dans le couple perdure, d'abord à l'hôtel, puis lors d'un dîner avec des amis venus de la ville, durant lequel Bahar fait un scandale. La tension accumulée atteint son paroxysme le jour suivant à la plage: une scène que Ceylan filme de façon magistrale. Le rêve et la réalité se mêlent, de manière grandiose, dans l'esprit aliéné des personnages: Isa avoue son amour à sa femme, puis la recouvre de sable pour finalement l'étouffer. Tout cela n'était qu'un vilain rêve, mais peu après, leur séparation est devenue une réalité.

On est fasciné à nouveau par le talent de Ceylan: la pertinence avec laquelle il compose ses images, la précision millimétrique avec laquelle il poste sa caméra, la subtilité avec laquelle il évoque les états d'âmes de ses personnages, et sa faculté d'intégrer les saisons, la nature, et ses jeux de lumières comme de véritables protagonistes. Par exemple, au moment de la rupture, lorsque les rayons du soleil déjà couché irradient la couronne de feuilles d'un arbre lointain. Plus tard encore, lorsque Isa traverse l' Anatolie orientale à la recherche de son amour perdu et que la neige tombe en si grande quantité qu'elle en étouffe la douleur que lui cause son incapacité à exprimer ses sentiments. La nature indifférente apparaît comme la seule consolation face à l'incapacité des hommes à être heureux.

Nuri Bilge Ceylan est un acteur remarquable qui incarne, cette fois, lui-même toute la misère morale de son protagoniste. Son apparence ne trahit en rien son état intérieur. Son désarroi se manifeste par des paroles acerbes et cruelles à l'égard de sa femme, ou par des gestes anodins qui révèlent à quel point cet homme est pris dans le carcan du rôle traditionnel de l'époux, chef de famille et patriarche, bien qu'il donne par ailleurs l'impression d'un homme moderne acceptant l'égalité de droit de son épouse.

La scène la plus fascinante de « Iklimler » se passe chez Serap, l'ancienne amante de Isa, auprès de laquelle il est retourné après la séparation. Et au centre de cette scène se trouve une noisette – une noisette que Isa, vieillissant, a prélevé dans une coupelle, qu'il essaye sans succès de lancer dans sa bouche, et qu'il veut ensuite glisser dans la bouche de son amante: lorsque celle-ci refuse et se moque de lui, il tente pendant de longues minutes de la violer, puis quand Serap finit par capituler, il lui enfonce de force, en signe de victoire, la noisette dans la bouche. Aussi longtemps que les hommes turques - c'est ce que semble vouloir leur dire Ceylan- auront recours à de tels actes de violence, qui sont autant d'aveux d'impuissance, l'échec de leurs relations sera inéluctable.

Martin Rosefeldt

Les climats
jeudi, 28 mai 2009 à 03:00
Pas de rediffusion
(Turquie, 2006, 98mn)
ARTE F

Edité le : 05-05-09
Dernière mise à jour le : 11-05-09