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Tracks fait le tour des sons et des cultures qui dépassent les bornes, tous les samedis à partir de 23h.

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12.09.2008 - 22.35 : tracks - 11/09/08

Les Returnees

Le Cambodge fait sa révolution rap! Les Returnees, ces exilés rescapés du génocide réinventent la musique Khmère.

Pas facile d'être un jeune Khmer! Le long des rives du Mékong, au cœur de l'Asie du Sud-Est, le Cambodge est à la traîne. Contrairement à ses voisins vietnamiens et thaïlandais qui connaissent une relative embellie économique, au Cambodge un tiers des 14 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté. Les vestiges de l'ancien empire Khmer attirent près de deux millions de touristes par an, mais le Royaume du Cambodge a du mal à se projeter dans l'avenir.

La "Teenager Zone" de DJ Cake

Tous les samedis soir pourtant, les ados de Phnom Penh allument TV9. Dans "Teenager Zone", l'animateur et DJ Cake ouvrent depuis cinq ans une fenêtre sur un autre Cambodge. Cette vitrine hip-hop doit sa survie à ses sponsors qui truffent l'émission de publicités kitsch.
En 2002, l'Unicef a payé un stage américain à Cake, alors jeune animateur radio. Aujourd'hui, les stars du rap cambodgien, comme Poukhlaing, défilent dans son émission.



Des Khmericans aux Returnees

Il y a 45 ans, la pop cambodgienne rêvait déjà d'Amérique. Même son roi Norodom Sihanouk poussait la chansonnette! Inspirés par le rock'n roll et le psychédélisme, les tubes made in Cambodgia s'exportaient dans tout l'Asie du Sud Est.

Compilations
Radio Phnom Penh
&
Cambodian Cassette Archives: Khmer Folk & Pop music Vol. 1
- Sublime Frequencies

DVD
"S21, la machine de mort khmère rouge" de Rithy Pahn
Editions Montparnasse
La plus grande star des sixties s'appelait Sinn Sisamouth. Surnommé "l'Empereur de la musique Khmère", parfois accompagné comme ici de la diva pop Ros Serey Sothea, il a écrit des milliers de chansons. Mais en 75, comme des millions de cambodgiens, il est assassiné par Pol Pot.

À la tête de ses Khmers rouges, ce tyran nationaliste et maoïste vide la capitale cambodgienne de ses habitants et les envoie dans les campagnes. Sous prétexte de "rééducation", il traque les intellectuels et les artistes, bientôt envoyés dans des camps comme le terrifiant centre de torture S-21. Deux millions de cambodgiens, soit un tiers de la population du pays, n'en reviendront pas…

Certains auront eu la chance de fuir à temps vers l'Occident. Au milieu des années 90, dans les grandes villes américaines, leurs enfants gagnent un surnom: les "Khmericans". Beaucoup fréquentent des gangs asiatiques. Quand la police les rattrape, une loi spéciale votée en 2002, dite des "Returnees", les renvoie illico au Cambodge. Ces Returnees ramènent la street-culture à Phnom Penh.

Des samples de musiques khmères

Si le hip-hop explose aujourd'hui au Cambodge, c'est grâce aux Returnees. Ramenant dans leur pays les modes occidentales, mais aussi les techniques modernes de production et de marketing, ils ont donné naissance à une musique hybride.
Et la sauce finit par prendre. En avril 2008, un concert de hip-hop a réuni plus 100 000 spectateurs à Phnom Penh.
Derrière ce coup d'éclat, KlapYaHandz, un label monté en 2005 par un Returnee de 34 ans, Sok Visal, alias Cream. Avant Cream, personne n’avait eu l’idée de sampler les musiques khmères. Désormais, les rappers ressuscitent des chanteurs dont les rares disques ont survécu à l'hécatombe. Un vrai miracle quand on sait que la simple possession de l'un de ces vinyles sous les khmers rouges pouvait déclencher la déportation immédiate pour "déviance impérialiste".

KlapYaHandz, ainsi que les américains du label Straight Returneez règnent sur le hip hop de Phnom Penh. Aujourd'hui, les Khmer Rap Boyz, protégés de Sok Visal, enregistrent un morceau de 12 minutes dans ce studio aménagé au fond d'un restaurant. D'autres rappers de la diaspora Khmère y poseront aussi leur voix.

A peine né, le hip hop cambodgien invente les moyens de sa propre survie. Dans les marchés les CD piratés se vendent à 50 centimes! Du coup, pour trouver son indépendance, le rap se vend aux multinationales, la "street credibility" se mesurent au nombre de sponsors.


Edité le : 10-09-08
Dernière mise à jour le : 11-09-08