Taille du texte: + -
Accueil > Berlinale 2005 > Tous les films > Les Temps qui changent

Berlnale 2005 - Compétition - 14/02/05

Les Temps qui changent

Un film d’André Téchiné


Retrouvailles au sommet
d'un couple de cinéma mythique...



Synopsis : Antoine (Gérard Depardieu) est envoyé à Tanger pour superviser un chantier, mais cette mission n’est que le prétexte pour retrouver Cécile (Catherine Deneuve). Il y a trente ans, ils se sont aimés à la folie, se sont quittés et ne se sont jamais revus. Toutefois, Cécile s’est mariée, vit au Maroc et a refait sa vie. Antoine n’a jamais su oublier, ni guérir. Il est resté seul, à penser à elle. Il n’a plus qu’une idée en tête : la reconquérir. A Tanger, Cécile retrouve aussi son fils Sami (Malik Zidi), venu lui rendre visite en compagnie de son amie Nadia (Lubna Azabal). Mais pour la jeune génération, les relations ne semblent pas non plus très claires, Nadia se drogue et Sami vit son homosexualité de manière incertaine…

Critique : Ces temps qui changent, ce ne sont pas seulement ceux où se meuvent les nouveaux personnages imaginés par André Téchiné avec le concours du scénariste Pascal Bonitzer, ceux dont les doutes vont s’entrechoquer dans cet espace lui-même en mouvement qu’est Tanger, où une population chaque jour plus grande attend, près des côtes, de pouvoir partir vers l’Europe vers un avenir également nébuleux. Les temps qui changent, ce sont aussi ceux qui obligent des cinéastes comme Téchiné, mais aussi Patrice Chéreau (passé d’une production pharaonique comme « La Reine Margot » à un téléfilm économe baptisé « Son frère ») à modifier leurs habitudes. Représentant du cinéma français dominant dans les années 1990, Téchiné doit aujourd’hui œuvrer dans un paysage où les modèles se nomment « Taxi » ou « Le Pacte des loups ».

Pour cela, le cinéaste a choisi de travailler avec le producteur indépendant Paulo Branco et de tenter lui-même un saut dans l’incertitude, en réalisant un film au budget nettement réduit, où le récit et les situations se nourriraient en quelque sorte de cette précarité. Le pari semble aussi aléatoire qu’intriguant, obligeant un cinéma se développant traditionnellement dans le confort et la patience à se confronter à un contexte plus heurté mais aussi plus actuel. Pourtant, la mosaïque de situations redevables à ce postulat ne convainc qu’à moitié. Le précepte de l’immédiateté ne justifie pas entièrement une sorte de digest des figures les plus familières du cinéma de Téchiné (romantisme à fleur de peau, survivance de l’amour, figures homosexuelles), comme jetées en pâture, d’une manière qui apparaît parfois très décorative (notamment avec le personnage de Sami).

Néanmoins, l’idée de reformer le couple du « Dernier métro », un Gérard Depardieu au jeu enfin renouvelé et une Catherine Deneuve présentée sans fard, contribue assez brillamment à véhiculer cette force romantique et cabossée que le cinéaste recherche avec insistance.

Julien Welter


Synopsis: Antoine, un riche ingénieur, est envoyé à Tanger pour superviser la construction d'un grand centre audiovisuel. En fait, cette mission a un tout autre but, qu'Antoine est seul à connaître : il veut reconquérir Cécile (Catherine Deneuve), le premier et unique amour de sa vie. Seulement voilà, au Maroc, Cécile a refait sa vie. Elle est mariée avec Nathan (Gilbert Melki), un médecin juif marocain.

Critique: Les temps changent. Á Tanger aussi, cette zone franche depuis longtemps rattrapée par la mondialisation, où des multinationales comme celle d'Antoine font pousser entre autres choses des centres audiovisuels pour la diffusion d'un Islam modéré. Là aussi, à la charnière entre l'Orient et l'Occident, le stress et la frénésie se sont emparés des gens, tous leurs repères semblent voler en éclats.

D'emblée, le montage saccadé et dépouillé du générique annonce l'ambiance trépidante et nerveuse du film, captée par la caméra portative, accentuée par le jeu laconique des acteurs et le rythme haché du montage. Tandis que certains personnages cachent leur désarroi derrière un activisme fébrile, la carrière fulgurante mais solitaire d'Antoine dissimule une motivation purement personnelle et sentimentale : son amour pour une femme qu'il n'a plus revue depuis trente ans, mais qui reste l'expérience la plus forte et la plus précieuse de sa vie. Cet homme triste n'a qu'une idée en tête, reconquérir une place dans la vie de Cécile. Mais Téchiné évite d'insister sur la dimension romantique de ce voyage sentimental : à l'instant des retrouvailles, Antoine dans son trouble fonce tête baissée dans la vitre qui le sépare de sa dulcinée. Téchiné se plaît à souligner le côté direct et maladroit de ces retrouvailles tant attendues, comme en écho à Cécile qui, en épouse et mère réaliste, ne voit pas d'issue heureuse à ce « tête-à-tête » intempestif. Avec un sens profond de l'ironie, Téchiné campe deux protagonistes un brin décalés, entre deux chaises, ce qui fait aussi le charme du film. Dans son ardeur, Antoine va même jusqu'à recourir à la sorcellerie pour envoûter sa bien-aimée : discrètement, il colle sous le lit de Cécile une photo datant des temps bénis où ils étaient ensemble, en réalité un arrêt sur image de Deneuve et Depardieu dans un film plutôt moyen tourné par Claude Berri dans les années 70.

Face à l'histoire de ces deux protagonistes au comportement un peu gauche, d'autres intrigues s'entremêlent dans une nébuleuse diffuse autour de l'intrigue centrale. Ainsi, le fils de Cécile se protège derrière la sollicitude de sa « compagne » Nadia, jeune mère marocaine émigrée à Paris, pour aller retrouver son ancien amant. Nadia, elle, tente désespérément de reprendre contact avec sa sœur jumelle qui vit dans un autre monde, celui de l'islamisme pur et dur. Et Nathan, le mari un peu paumé de Cécile, passe son temps à se poser des questions sur l'état de son couple.

Ces épisodes qui s'enchaînent de façon abrupte peuvent laisser indifférents, toujours est-il qu'ils sont au cœur même d'un procédé narratif qui souligne le caractère inachevé et éphémère de la vie, tout en s'appuyant sur le talent d'improvisation de ses personnages. Lesquels lui doivent finalement de pouvoir échapper à l'inertie trépidante de leur existence.

Martin Rosefeldt
Les Temps qui changent
D’André Téchiné
(France, 2004, 1h40)
Avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Gilbert Melki, Lubna Azabal…

Sortie du 15 décembre 2004

Edité le : 13-02-05
Dernière mise à jour le : 14-02-05